Élections municipales - Pendant ce temps, à Lévis

Sur 179 villes québécoises, Lévis se classe 139e pour le transport en commun, rappelle un des candidats à la mairie de la municipalité.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Sur 179 villes québécoises, Lévis se classe 139e pour le transport en commun, rappelle un des candidats à la mairie de la municipalité.

Québec — Alors qu’à Québec le maire sortant prend toute la place, la campagne à Lévis se joue autour de six candidats plus ou moins connus. Les électeurs sauront-ils s’y retrouver ? Et surtout, iront-ils voter cette fois ?

 

« Je ne connais pas vraiment les candidats, résumait mercredi une résidante, Isabelle Chouinard. Il va falloir que je me mette à jour. » À deux pas de là, dans le stationnement du supermarché, Carole Lemieux disait plus ou moins la même chose. « Je ne suis au courant de rien. Ça m’intéresse, mais je cherche où trouver de l’info. »

 

Un grand vide

 

Dire que le départ de la mairesse Danielle Roy-Marinelli a laissé un grand vide relève de l’euphémisme. Aux dernières élections, en 2009, elle avait même été élue par acclamation, un cas unique parmi les grandes villes du Québec.

 

Dans les circonstances, à peine le quart des Lévisiens s’étaient déplacés pour l’élection dans les postes de districts (27 %). C’est très en dessous de la moyenne québécoise (45 %), que le Directeur général des élections (DGE) trouve déjà préoccupante.

 

À cela s’ajoute l’effet de la commission Charbonneau. Donnera-t-elle aux citoyens le désir de participer davantage ou le contraire ? L’un des candidats à Lévis, Antoine Dubé, a été frappé par l’ampleur du traumatisme. « On sent un cynisme à cause de la commission. On a beaucoup à travailler là-dessus. Plus que je m’y attendais. »

 

À Lévis, ils sont six à briguer le poste de maire. Trois avec un parti, trois comme indépendants. L’un d’eux dit même s’être lancé en politique à cause de la commission Charbonneau. « Il faut que les gens cessent de voter pour les partis politiques traditionnels et les politiciens carriéristes », plaide Stéphane Blais, un comptable qui se présente comme indépendant. « Tous ceux qui se présentent veulent en faire une carrière ; moi, j’y vais juste pour quatre ans. »

 

Le plus connu des six candidats est Gilles Lehouiller, un ancien député libéral qui s’était présenté sans succès à la mairie en 2005. Soucieux de faire campagne autrement, le politicien dit avoir troqué les cocktails de financement pour un porte-à-porte intensif. Son équipe dit avoir déjà frappé à pas moins de 20 000 portes. « On pense qu’en accélérant la rencontre avec les gens, on va les intéresser à aller voter le 3 novembre », dit-il.

 

Cette semaine, M. Lehouiller avait convié les médias à un point de presse sur le transport et le trafic, un enjeu clé à Lévis comme à Québec. « Il y a 70 000 emplois à Lévis, ça fait beaucoup de travailleurs ! dit-il. Il faut désengorger l’autoroute. »

 

M. Lehouiller défend les couleurs de l’ancien parti de Mme Marinelli, Force 10. Or il n’a rien d’un dauphin, note Antoine Dubé, de Renouveau Lévis. « Ils se sont combattus en 2005 ; alors, elle ne peut pas voter pour lui. Il n’avait pas été tendre envers elle. »

 

Ancien député bloquiste, M. Dubé s’est associé aux opposants traditionnels de l’ancienne mairesse, dont Gaston Cadrin et les adversaires du projet Rabaska. Lui aussi parle beaucoup de transport. « Sur 179 villes canadiennes, on se classe 139e pour le transport en commun, dit-il. C’est presque gênant. »

 

À Mme Marinelli, il reproche son style. « Toute l’attention médiatique est sur le maire Labeaume et moins sur Lévis. Mme Marinelli avait un style plus discret et effacé. »

 

La participation électorale comme sport municipal?

 

Le troisième parti est représenté quant à lui par André Jean, qui joue la carte de la compétitivité. Pour convaincre les Lévisiens d’aller voter, il propose carrément d’en faire un concours. « Moi, je parie que Lévis va être l’endroit où il y a le plus de participation. Je lance le défi à toutes les municipalités au Québec de prendre ce défi-là au bond ! »

 

Moins confiant que les autres en ce qui a trait au potentiel du transport en commun, il a notamment plaidé pour la venue d’une équipe de hockey junior dans sa ville. On l’a vu à Québec, ce genre d’idée plaît beaucoup même si ce domaine ne relève pas vraiment des élus municipaux.

 

« Il n’y a pas de projet qui vient chercher le monde », constate « l’incroyable Luc Cauchon », un animateur de radio qui est lui aussi de la course et ne cache pas en tirer un bénéfice promotionnel.

 

Dans le passé, M. Cauchon s’est fait tatouer le visage de Régis Labeaume sur une fesse pour rire. Sans les coups d’éclat, il voit mal comment intéresser les gens à la campagne. « J’ai l’impression que les gens s’en foutent énormément », dit l’animateur, dont le public cible a entre 25 et 45 ans.

 

Et pourtant, il y a beaucoup à faire dans cette ville de plus de 140 000 habitants au développement accéléré. « On a 42 kilomètres de façade sur le fleuve. C’est très étendu, note Isabelle Demers, une autre candidate indépendante. Les infrastructures de nos routes ne suivent pas les nouveaux développements. »

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