Portrait-robot du maire québécois

Les candidats exubérants, populistes, semblent avoir la cote récemment. Les maires comme Régis Labeaume (Québec), Jean Tremblay (Saguenay), et les candidats comme Denis Coderre (Montréal) misent sur leur «proximité» avec les gens pour se faire élire.
Photo: Tiffet Les candidats exubérants, populistes, semblent avoir la cote récemment. Les maires comme Régis Labeaume (Québec), Jean Tremblay (Saguenay), et les candidats comme Denis Coderre (Montréal) misent sur leur «proximité» avec les gens pour se faire élire.

Les candidats à la mairie des 1104 municipalités du Québec se lancent en campagne électorale en vue du scrutin du 3 novembre. À en juger par l’histoire récente du Québec, les candidats exubérants, populistes, à la forte personnalité, semblent avoir la cote. Les maires comme Régis Labeaume (Québec), Jean Tremblay (Saguenay), et les candidats comme Denis Coderre (Montréal) misent sur leur «proximité» avec les gens pour se faire élire.

Les électeurs recherchent-ils à ce point des candidats colorés, qui ressemblent parfois à des caricatures ? Les 5 913 638 électeurs québécois conviés aux urnes en novembre peuvent-ils se montrer sensibles à des qualités plus cérébrales de gestionnaire, de visionnaire ou même de compétence ? Bien sûr, croient des analystes de la scène municipale. Mais les aspirants leaders municipaux dotés d’une forte personnalité partent avec une longueur d’avance.

 

« Les Québécois aiment le type de maire qui va se tenir debout face à la fonction publique municipale et face à toutes les contraintes qu’il rencontre. Les gens veulent un boss, et les politiciens qui exercent ce type de leadership ont une cote de popularité élevée », dit Raynald Harvey, président de la firme de sondages Segma.

 

Ce dernier suit de près la carrière du maire Jean Tremblay, à Saguenay, qui s’est fait un nom avec son « franc-parler ». Le maire Tremblay « a une poigne et un leadership très affirmés, il est populiste, voire démagogue, il joue la carte de la main de fer et il a réussi à installer un conseil municipal sans aucune contestation », note Raynald Harvey.

 

Il compare la cote de popularité du maire de Saguenay à celle de Marc Bureau, leader d’une municipalité de taille comparable, Gatineau. « M. Bureau a un leadership moins dictatorial et plus collégial, mais c’est un gars effacé qui donne l’impression d’avoir un leadership moins fort - notamment parce qu’il a de l’opposition au conseil. »

 

Mesuré par Segma en octobre 2012, le niveau de satisfaction à l’égard du travail de M. Bureau donnait un résultat enviable de 57 %. N’importe quel parti provincial ou fédéral serait plus qu’heureux d’un tel score, mais Marc Bureau ne fait pas le poids devant Jean Tremblay. La popularité de ce dernier atteint en effet des niveaux associés aux élections de l’ère soviétique.

 

En janvier 2013, le Progrès-Dimanche a publié un sondage Segma Recherche révélant que le maire Tremblay « remonte la pente » avec un taux d’approbation quasi unanime de 87 %. Or, la pente évoquée par l’hebdomadaire référait à un « creux historique » de 73 % d’opinion positive atteint par M. Tremblay en octobre 2011 !

 

Entre les deux coups de sonde, le maire a pourtant été impliqué dans deux importantes controverses médiatiques - autour de sa bataille pour entamer les réunions du conseil municipal par une prière, et à cause de ses propos sur la candidate péquiste Djemila Benhabib. Sa remontée indique donc que les Saguenéens étaient d’accord avec les combats du maire… ou simplement indifférents.

 

Prière de ne pas déranger

 

Raynald Harvey soutient ainsi que les citoyens se préoccupent peu de l’idéologie de leurs élus municipaux. « Les gens s’attendent surtout à ce qu’ils gèrent les services de base de façon efficace et sans que ça coûte trop cher. La mission des municipalités n’est pas suffisamment élaborée pour que les lignes gauche-droite ou nationaliste-fédéraliste interviennent vraiment. »

 

Une analyse récente faite par Laurence Bherer, professeure de science politique à l’Université de Montréal, et Sandra Breux, du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, parvient à des conclusions similaires. Les Québécois veulent d’abord avoir la paix et ne pas trop se faire déranger par leurs élus municipaux, indique l’étude.

 

« Dans un livre récent, deux auteurs états-uniens démontrent que les citoyens aiment et approuvent la démocratie… surtout s’ils ne la voient pas et n’en entendent pas parler. À l’image des missiles furtifs qui sont difficilement repérables par les radars traditionnels, les citoyens préféreraient une démocratie furtive, c’est-à-dire qui est invisible dans leur vie quotidienne. Bien sûr, ils adhèrent aux principes démocratiques et s’attendent à une concurrence électorale régulière, mais ils ne désirent tout simplement pas en faire l’expérience très souvent », écrivent les politologues.

 

« Cela s’expliquerait par le fait que la plupart des gens sont inconfortables avec le conflit et ses manifestations, telles que la partisanerie, le débat d’idées, les oppositions idéologiques. En ce sens, la démocratie municipale québécoise est marquée du sceau de la démocratie furtive depuis longtemps », ajoutent-elles.

 

Concours de personnalité

 

La perte de valeur des partis politiques municipaux explique en bonne partie le culte de la personnalité autour des maires, explique Laurence Bherer en entrevue au Devoir. Sur la scène municipale, les partis sont éphémères, peu solides, et finissent par tous se ressembler. « Sans partis qui se distinguent, les courses à la mairie peuvent se transformer en concours de personnalité. C’est la stratégie de Denis Coderre pour la mairie de Montréal », dit-elle.

 

Depuis la commission Gomery (et la commission Charbonneau), la population se méfie des partis, perçus comme des machines électorales et non des machines à idées, note Mme Bherer. Les candidats eux-mêmes prennent leurs distances des partis et créent des « coalitions » sans colonne vertébrale, ce qui ne fait qu’amplifier les pouvoirs du maire, souligne la professeure. « Le système électoral devient quasi présidentiel. L’élection directe du maire encourage l’idée d’un homme providentiel qui viendra nous sauver », dit Laurence Bherer.

 

Jean Doré, maire de Montréal de 1986 à 1994, était tout le contraire d’un sauveur charismatique. C’était un « gars de gang » qui s’appuyait sur l’équipe du RCM (Rassemblement des citoyens de Montréal), note Benoit Gignac, auteur, consultant en communication et ex-attaché de presse de Jean Doré. Ce dernier incarnait ainsi une espèce répandue dans la faune municipale, mais qui ne fait pas les manchettes : le maire plus discret, moins flamboyant, mais capable de gérer une ville de façon efficace, fait valoir M. Gignac. Et il suffit parfois d’un événement inattendu pour révéler les qualités d’un leader.

 

« On l’a vu avec la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche. Ça prend une personnalité capable de rallier les électeurs. Ça prend plus qu’un rassembleur, c’est plus fort que ça. Les gens veulent quelqu’un qui connecte avec le monde et qui défend ses citoyens. »

11 commentaires
  • Dominic Lamontagne - Inscrit 7 septembre 2013 00 h 47

    Les journalistes

    C'est les journaliste qui promouvoient les maires... ne chercher pas plus loin.... les électeurs québécois vote pour ceux qu'on leur dit de voter...

    • Isabelle Martineau - Abonnée 8 septembre 2013 08 h 40

      À mon avis, c'est un peu court comme explication. Il est vrai cependant que des personnes au tempérament théâtrale qui veulent attirer l'attention sont plus faciles à médiatiser. Et certains medias sont sctructurellement paresseux. De plus, comme on dit parfois, parlez-en, en bien ou en mal, mais parlez-en! Il est vrai aussi que les textes qui aident vraiment à la décision sont moins sont sexy et demande un effort intellectuel que les lecteurs n'ont pas toujours envie de fournir et les raisons sont nombreuses. Bref, les journalistes ont certainement un impact, un un impact certain même, mais ils œuvrent dans un contexte qui biaise et s'adresse à des lecteurs qui ont aussi des responsabilités à exercer et des choix à effectuer.

  • Denyse Côté - Abonnée 7 septembre 2013 07 h 07

    Saguenay a la même taille que Gatineau?

    attention! Gatineau a le double de population de Saguenay, il ne s'agit pas de "villes de même taille!

  • Mireille Langevin - Inscrite 7 septembre 2013 08 h 05

    les maires

    C'est simple, les gens veulent un maire ou mairesse qui se tienne debout et qui fait ce pour quoi il a été élu mais pas nécessairement quelqu'un qui passe plus de temps à twitter qu'à travailler.

  • Christian Fleitz - Inscrit 7 septembre 2013 09 h 05

    Des ''zorros'' et des ''gros bras''....

    Le populisme, avatar inepte de la démagogie, ravit les naïfs pour lesquels le spectacle de la politique vaut pour la pertinence de celle-ci. Haro sur les administrations urbaines, illusion et facilité qui occultent la réalité du pouvoir d'un maire et de ses conseillers sur une administration qui, certes à ses logiques, mais ne peut pas échapper à l'attention et aux volontés des élus. Il est vrai que ces derniers doivent avoir conscience de leurs responsabilités de contrôle sur les services administratifs et techniques de leurs villes. Cela implique des exigences et des efforts pour dépasser les apparences édifiées parfois par des fonctionnaires voulant échapper à ce contrôle.
    Mais les électeurs devraient plutôt se préoccuper de la cohérence et de la pertinence des projets présentés par les différents candidats et non des spectacles que ces derniers peuvent donner et des connivences plus ou moins respectables dont ils peuvent se prévaloir.

  • Johanne Bédard - Inscrite 7 septembre 2013 09 h 28

    Bravo ! Tout est dit.

    À Monsieur Fleitz

    Bravo Monsieur Fleitz ! Vous voyez juste ! C'est déplorable cette absence d'effort d'analyse de la population envers celles et ceux qui sont en liste pour gouverner Montréal, qui a tellement besoin d'une personne compétente en la matière. D'une part on risque de se retrouver avec un maire adepte du chapeau de cowboy, et de l'autre on est dans l'inconnu... Ce n'est pas rassurant pour nous, payeurs de taxes !