Sorel-Tracy - Raviver une ville en manque de jeunesse

La candidate à la mairie de Sorel-Tracy Corina Bastiani se distingue de ses adversaires politiques en étant la seule à avoir fondé un parti. Elle croit que l’obligation qui incombe au maire de rallier tous les indépendants a mené à l’immobilisme.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La candidate à la mairie de Sorel-Tracy Corina Bastiani se distingue de ses adversaires politiques en étant la seule à avoir fondé un parti. Elle croit que l’obligation qui incombe au maire de rallier tous les indépendants a mené à l’immobilisme.

Corina Bastiani garde un pénible souvenir de la destruction de la librairie de ses parents, rue du Roi à Sorel-Tracy, en 1988. Les ruines des maisons Saint-Louis se sont offertes à ses yeux chagrinés lorsqu’elle est sortie de la maison pour prendre l’autobus scolaire.

 

Un assassinat patrimonial comme il y a tant au Québec. Au petit matin, les démolisseurs de la Ville s’étaient précipités pour détruire en catimini ces belles et rares demeures jugées historiques par Québec.

 

« Un bulldozer dans notre patrimoine », soupire-t-elle. Mme Bastiani a gardé les coupures de journaux de l’époque. De là lui vient peut-être sa passion pour le patrimoine, l’architecture et l’aménagement urbain, les pierres d’assise de sa campagne à la mairie.

 

Après huitannées à titre de conseillère, la jeune trentenaire a fait le grand saut. Elle affrontera le maire sortant, Réjean Dauplaise, et cinq autres candidats lors de l’élection du 3 novembre.

 

La politique, c’est la vie

 

On la dit prometteuse, brillante et bien réseautée. Peu après son élection, elle a fondé la commission Jeunes et démocratie de l’Union des municipalités (UMQ), visant à favoriser l’implication des jeunes en politique municipale.

 

Lors de ses dernières assises annuelles, l’UMQ lui a d’ailleurs remis le prix de la Personnalité de la relève.

 

Corina Bastiani est courtisée par les partis politiques provinciaux et fédéraux, mais son coeur est à Sorel-Tracy, une ville de près de 50 000 habitants qu’elle veut «rendre belle» pour son 375e anniversaire de fondation, qui sera fêté en 2017… en même temps que celui de Montréal.

 

«J’aime le municipal parce que les décisions qu’on prend ont un impact sur notre quotidien», dit-elle dans son bureau électoral de l’avenue du Sacré-Coeur.

 

La politique des égouts et aqueducs, très peu pour elle. « Je crois en l’aménagement du territoire et son impact sur la vie des gens. Je viens d’une génération née dans le développement durable. On n’a plus le droit de gâcher l’espace dans nos villes », estime-t-elle.

 

Sorel-Tracy, une ville industrielle sur le déclin, ne manque pas de défis. On y vieillit plus vite qu’ailleurs au Québec : plus du quart de la population est dans la tranche des 50 à 64 ans.

 

La croissance démographique est anémique, et les jeunes désertent la région faute de perspectives d’emploi une fois leurs études achevées. « On manque de relève, on manque d’employés. D’ici 2015, 40 % de la fonction publique municipale pourrait prendre sa retraite », dit-elle.

 

Sorel-Tracy est à la fois trop proche et trop loin de Montréal. La ville est située à 80 kilomètres de la métropole. Un service de navettes met environ une heure à relier Longueuil à intervalles réguliers tous les jours. La ville est cependant assez loin pour être exclue de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Elle est tout sauf une banlieue de Montréal. Son statut de pôle régional la plonge dans un isolement paradoxal pour une ville si près d’un grand centre.

 

Corina Bastiani se distingue de ses adversaires. Elle est la seule à avoir formé un parti, le Parti d’aujourd’hui. Historiquement, à Sorel-Tracy, les conseillers se sont présentés comme des indépendants. Ils défendaient les intérêts de leurs commettants, en laissant au maire l’impossible mission de rallier tout le monde autour d’enjeux régionaux.

 

Selon Mme Bastiani, cette façon de faire a mené à l’immobilisme dont elle impute l’ultime responsabilité au maire, Réjean Dauplaise. Elle a d’ailleurs demandé sa démission au conseil. « Il a fait un mandat dans la discorde, et nos réussites sont mineures, déplore-t-elle. Avec un parti, on va avoir plus de cohésion et une vision d’ensemble à l’hôtel de ville. »

 

Le maire Dauplaise n’y croit pas. « Les indépendants, au moins, ils sont libres. Dans un parti, il y a toujours une ligne de parti à suivre. Il y a toujours des “ti-coqs” qui tirent de leur côté. Il y a un danger d’avoir les mains attachées », dit-il.

 

M. Dauplaise est à l’aise avec son bilan. Sorel-Tracy ne roule pas sur l’or, et il a pallié les urgences comme la réfection des rues, des égouts et de la caserne des pompiers.

 

« Certains disent que je n’ai pas de vision. Il faut toujours bien réparer ce qu’il faut réparer. Et l’argent ne tombe pas du ciel », lance-t-il.

 

M. Dauplaise n’est pas homme à faire de vaines promesses. Pendant que Corina Bastiani rêve de revitaliser la ville, le maire propose une tranquille stabilité. « C’est bien beau de faire des projets, mais on n’a pas d’argent », dit-il.

 

Le contraste entre la jeune figure montante et le maire grisonnant ne saurait être plus marqué.

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