Magog - Deux petits tours et puis s’en ira

Provenant du monde de l’entreprenariat et du développement économique, la mairesse de Magog croit au potentiel de sa ville.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Provenant du monde de l’entreprenariat et du développement économique, la mairesse de Magog croit au potentiel de sa ville.

S’il n’en tenait qu’à Vicki May Hamm, le projet du Parti québécois de limiter à trois le nombre de mandats que le maire d’une municipalité de plus de 5000 habitants peut accomplir aurait été adopté. Et peut-être même renforcé : aux yeux de la mairesse de Magog, les maires devraient s’en tenir à deux mandats. Et elle promet de donner l’exemple.

 

Élue à la tête de Magog en 2009, Mme May Hamm sollicitera en novembre un deuxième mandat pour diriger cette ville de 25 500 habitants. Si elle l’obtient, ce sera donc le dernier, dit-elle en entretien.

 

« Je me suis fait élire en promettant de m’en tenir à deux mandats, et j’ai bien l’intention de respecter cette promesse. C’est une opinion personnelle, mais je trouve que les élus municipaux sont souvent en place trop longtemps. À mon avis, c’est peut-être à la source de plusieurs des problèmes au Québec », glisse-t-elle en faisant référence aux travaux de la commission Charbonneau.

 

Vicki May Hamm ne sait pas si la règle devrait être fixée à deux ou trois mandats - ou encore 10 ans au total. Mais elle se dit convaincue que la démocratie serait mieux servie si les maires se succédaient plus rapidement. « Le problème, c’est qu’on ne se renouvelle plus au fil des ans et qu’il y a un risque de devenir déconnecté de la réalité des citoyens, avance-t-elle. Il y a aussi que de plus en plus de gens qui nous ont soutenus pendant plusieurs campagnes peuvent avoir l’impression qu’on leur doit quelque chose. »

 

Un mandat serait trop court, dit Mme May Hamm (le Chili observe cette règle pour les mandats présidentiels). « Ça prend un moment avant d’être bien installé, d’apporter des changements, de trouver sa vitesse de croisière. Mes quatre premières années ont passé très vite. » D’autant que les débuts n’ont pas été simples pour elle.

 

« Non, ce n’est pas facile d’arriver dans ce genre de fauteuil. Tu déranges. Et j’ai beaucoup dérangé durant ce mandat. Quand je suis arrivée en poste, j’étais jeune, naïve, dynamique et avec plein d’idées. Mais je me suis fait asseoir une couple de fois par les gens en place. Quand tu dis : “Pourquoi on ne ferait pas ça comme ça ?” et qu’on te répond : “Parce qu’on le fait de même”, ce n’est pas évident. »

 

La difficulté vaut aussi pour les conseillers, dit celle qui a d’abord fait ses armes à ce titre entre 2005 et 2009. « Les gens arrivent au conseil avec vraiment plein de bonne volonté. Ils ont envie que ça change, ils ont entendu des choses sur le terrain, ils ont de bonnes idées… Or, si on n’est pas ouverts à recevoir ces idées et à revoir nos façons de faire, on va les décourager. Ou ils vont faire comme moi et tenter de se présenter à la mairie pour que ça change pour de vrai. »

 

Le choix d’investir le champ politique, la consultante en services aux entreprises (elle a fondé son groupe-conseil en 2002) l’a fait par « désir que les choses bougent dans [sa] ville. Je viens du développement économique, et Magog a connu des coups très difficiles. Je voyais que ça ne fonctionnait pas, et comme entrepreneure, je me suis dit que mon expertise en développement, démarrage et réorganisation pourrait servir. Magog a beaucoup de potentiel. Je n’ai pas envie que mes quatre enfants quittent la région parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi. »

 

Son rôle de mairesse, elle le voit aussi largement. Ainsi a-t-elle été élue en mai dernier représentante québécoise à l’Association internationale des maires francophones. « Je pense qu’on peut s’inspirer des succès d’ailleurs, même dans une ville de taille moyenne », explique Vicki May Hamm.

 

Ainsi a-t-elle également passé quelques semaines à faire du travail humanitaire en Haïti dans les mois suivant le tremblement de terre en 2010. « Une façon de rester bien groundée » pour elle.

 

Un peu d’opposition, c’est bon

 

À titre de mairesse, elle gagne 77 000 $ par année, « incluant l’allocation de dépenses ». Elle estime travailler près de 70 heures par semaine. « C’est un salaire décent, mais moins élevé qu’au privé. Dans certaines villes plus petites, toutefois, je vois des collègues travailler autant et être carrément sous-payés. »

 

Ce sont là des conditions peu propices pour encourager à attirer une relève, avance Vicki May Hamm. « Ça n’a pas de bon sens que des gens soient élus par acclamation. Ce n’est pas bon pour la démocratie. Mais en même temps, quand tu es dans une petite municipalité et que la job te donne 4000 $ par année, ce n’est pas intéressant pour grand monde. »

 

De son côté, elle ne manque pas d’opposition - ce qu’elle dit apprécier. « C’est sain. » Une controverse entourant la nomination du directeur général et de son adjoint a notamment marqué son mandat. Au moins deux candidats sérieux lui feront la lutte cet automne, dont le conseiller Michel Bombardier, déjà appuyé par trois des dix membres du conseil municipal.

 

L’élection du 3 novembre indiquera quel bilan les Magogois dresseront du mandat de Vicki May Hamm, qui soutient avoir voulu offrir une gouvernance « d’équipe, loin de certains one man shows ». Mais surtout, elle souhaite que la grande campagne électorale qui s’amorce soit marquée d’une plus forte participation citoyenne - notamment des femmes - un peu partout au Québec. « Ce serait déjà un premier héritage intéressant de la commission Charbonneau. »

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