Unies pour améliorer la sécurité ferroviaire

Un convoi ferroviaire du Canadien Pacifique comptant sept wagons-citernes qui transportaient du pétrole a déraillé vendredi dernier à Lloydminster, une municipalité chevauchant la Saskatchewan et l’Alberta. Aucun hydrocarbure n’a toutefois été déversé.
Photo: Jason Franson Un convoi ferroviaire du Canadien Pacifique comptant sept wagons-citernes qui transportaient du pétrole a déraillé vendredi dernier à Lloydminster, une municipalité chevauchant la Saskatchewan et l’Alberta. Aucun hydrocarbure n’a toutefois été déversé.

Le monde municipal canadien se regroupe sous le parapluie de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) pour faire pression sur Ottawa afin d’améliorer la sécurité ferroviaire à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic.

 

Un groupe de travail sur la sécurité ferroviaire a été créé lundi par la FCM lors d’une conférence téléphonique avec la plupart des instances provinciales. « Nous voulons mettre en place un canal de communication unique avec le fédéral, qui est la FCM. Il faut éviter de multiplier les lieux de communication », a expliqué le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, à l’issue de la conférence téléphonique.

 

Transparence

 

L’objectif du groupe de travail est d’obtenir en tout premier lieu une transparence accrue des compagnies de chemin de fer du Canada relativement aux produits qui transitent sur les territoires des municipalités. « Si on doit être les premiers intervenants en matière de sinistre, il faut savoir à quoi se préparer. La connaissance de ce qui transite dans nos municipalités est essentielle », a fait valoir M. Généreux, ajoutant qu’il est difficile de préparer des plans d’urgence en cas d’accident quand on n’a aucune idée des produits qui se trouvent dans un convoi.

 

Les municipalités, qui ont exprimé à maintes reprises leur frustration devant le refus des transporteurs de leur dire quelles sont les matières dangereuses qui traversent leurs villes, estiment que cette époque est maintenant révolue. « Nous sommes dans une culture du silence sur cette question et c’est complètement inacceptable », a déploré M. Généreux, tout en avertissant que les municipalités ne se laisseront pas attirer dans le piège de la responsabilité.

 

« La connaissance n’induit pas la responsabilité. Ce n’est pas à la municipalité d’être responsable de ce qui transite sur son territoire. La responsabilité est à l’entreprise, mais nous, notre responsabilité, c’est d’être capables d’intervenir en cas de sinistre. »

 

Le fédéral complice?

 

Le président de la FQM lance au passage une première flèche au gouvernement fédéral, qu’il juge complice de cette situation. « Même l’appareil politique a intégré des éléments de concurrence, de secret d’industrie, et on invoque régulièrement des éléments de compétitivité, de concurrence pour justifier le fait que des informations doivent être traitées confidentiellement », a-t-il dit.

 

La mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, qui copréside le groupe de travail, précise que les municipalités ne demandent pas de savoir en tout temps quelles sont les matières dangereuses qui se trouvent dans chaque convoi qui traverse leur territoire. Il s’agit plutôt d’avoir un inventaire général des matières dangereuses qui passent régulièrement dans une région et un registre qui permette d’intervenir rapidement et avec précision en cas d’urgence. « Les instances régionales - par exemple les MRC - pourraient être en lien avec les compagnies ferroviaires et [il faudrait] qu’on puisse immédiatement nous dire, lorsqu’il y a un accident : voici les produits qui transitent dans ce convoi », dit-elle.

 

Lois et règlements

 

Par ailleurs, le groupe de travail entend se pencher sur les lois et règlements qui régissent le secteur du rail et le rôle du gouvernement fédéral. « Est-ce que les lois sont encore appropriées ? Est-ce qu’on a fait évoluer le volet législatif au fil des ans ? Quel est le droit de regard que le gouvernement fédéral doit exercer sur ces entreprises ? », s’interroge à voix haute Mme Quinlan.

 

Son collègue Bernard Généreux se montre beaucoup plus dur à l’endroit d’Ottawa. « Il y a une culture de déréglementation qui est en train de percoler dans l’appareil politique et bureaucratique qu’il faut absolument renverser, dit-il. On voit jusqu’où peut nous mener l’autorégulation. Il faut remettre en question cette façon de faire qui consiste à confier à l’entreprise la responsabilité de gérer ses risques. »

 

Les leaders municipaux rappellent malgré tout qu’on ne peut pas tourner la page sur le rail. « On s’entend tous pour dire qu’il est essentiel qu’on soit desservis par le rail, notre économie en dépend, mais il faut s’assurer que tout ça se fait en grande sécurité », indique Mme Quinlan.

 

Le président de la FCM, Claude Dauphin, a donc appelé le gouvernement Harper à prendre la balle au bond puisque le moment est propice. « Le gouvernement fédéral doit s’associer étroitement aux municipalités afin d’intervenir efficacement en matière de sécurité ferroviaire, a-t-il dit. Assurer la sécurité du système ferroviaire canadien est incontestablement une responsabilité fédérale, mais cela exige également une coordination minutieuse avec les autres ordres de gouvernement. »

 

Le groupe de travail doit faire rapport à la FCM en novembre prochain.

 

***

États-Unis: opposition des industries pétrolière et ferroviaire

Washington - L’industrie pétrolière et les transporteurs ferroviaires américains résistent aux efforts de l’administration Obama visant à accroître les normes de sécurité pour les wagons comme ceux qui ont été impliqués dans la catastrophe de Lac-Mégantic, justifiant leur position par une question de coûts et de défis techniques.

Des groupes de l’industrie affirment qu’il n’est pas réaliste de vouloir modifier des dizaines de milliers de wagons servant au transport de pétrole - il en coûterait au moins un milliard $ US, selon eux - alors qu’ils viennent d’adopter des normes devant assurer que les wagons commandés après octobre 2011 répondent aux exigences formulées par des spécialistes fédéraux du transport. La réglementation finale visant à améliorer la sécurité des wagons n’est toutefois pas attendue avant l’année prochaine.

Les autorités cherchent à corriger un défaut de conception des wagons utilisés afin de transporter du pétrole et d’autres liquides dangereux d’une côte à l’autre. Les véhicules en forme de canette de boisson gazeuse connus sous le nom de DOT-111 - et impliqués dans le drame de Lac-Mégantic - ont tendance à se fendre en deux lors de déraillements et d’autres accidents. Ce problème de conception est connu depuis 1991.

De plus, le poids supplémentaire qui résulterait de modifications apportées aux wagons existants pourrait même rendre ceux-ci plus dangereux, a soutenu le regroupement.


Associates Press

 

5 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 30 juillet 2013 06 h 43

    « Le poids supplémentaire qui résulterait de modifications apportées aux wagons existants pourrait même rendre ceux-ci plus dangereux, a soutenu le regroupement. »

    Si la conception est mauvaise, oui. Si les modifications sont bien conçues, non.

    « La mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, qui copréside le groupe de travail, précise que les municipalités ne demandent pas de savoir en tout temps quelles sont les matières dangereuses qui se trouvent dans chaque convoi qui traverse leur territoire. »

    Pourquoi pas ? Quand ils passent la frontière, ne faut-il pas que les conducteurs de camions informent les douaniers du contenu de leur camion ?

  • Francois Parent - Inscrit 30 juillet 2013 08 h 08

    La sécurité, non seulement pour les wagons

    On oublie aussi les camions citerne, la sécurité doit aussi être améliorée. Ce n'est pas en connaissant le contenu des wagons que les dégâts seront moindres. Ce dont a besoin c'est de renforcer la sécurité des wagons. Si les pétrolières étaient reconnus responsables à 100% des déversements, ils trouveraient plus économique de sécuriser leur flotte de wagons, mais comme ce n'est pas le cas et bien... tant pis pour les sinistrés se disent-ils. Les pétrolières s'en lavent les mains auprès des gouvernements concernés qui sont complices de cette mascarade et dès lors jouent les vierges offensées lors des sinistres, de la pure hypocrisie. Les gouvernements étaient au courant des risques et ils n'ont pas exigé des mesures appropriées afin d'asssurer la sécurité des citoyens. Un gros laxisme et incompétence et irresponsabilités de toute part.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 juillet 2013 08 h 09

    Encourageons-les

    Que ce mouvement ne soit pas qu'un feu de paille. Souvenons-nous en aux prochaines élections fédérales. Conservateurs, libéraux et NPD auront-ils des propositions sérieuses à faire ? Et j'espère que le Bloc et les Verts les talonneront sur cet enjeu.

  • Claude Smith - Abonné 30 juillet 2013 08 h 34

    Il en coûterait un milliard

    Drôle de calcul. Il en coûterait un milliard pour modifier les wagons servant au
    transport du pétrole. Combien va coûter la tragédie de Mégantic en plus des 47
    pertes de vie?

    Claude Smith

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 juillet 2013 10 h 36

      Sans doute bien plus. Mais je doute qu'au final, ce soient les compagnies ferroviaires qui paient.