Commission Charbonneau - L’ex-d.g. de Laval savait et a laissé faire

Claude Asselin
Photo: - Le Devoir Claude Asselin

Les rumeurs de collusion et de corruption planent sur Laval depuis au moins 1997, selon l’ancien directeur général de la Ville, Claude Asselin, qui a laissé passer le train aveuglément.


M. Asselin s’est dit à court de ressources pour s’attaquer au problème. « C’était pas dans mon mandat d’agir. Je n’avais pas à intervenir. Ce n’était pas ma job », a-t-il dit mardi pour se justifier, à la commission Charbonneau.


M. Asselin est accusé de fraude et de gangstérisme dans le projet Honorer. Il a été décrit comme l’un des principaux responsables du partage des contrats entre les entrepreneurs et les firmes de génie-conseil, en échange de ristournes. Il a passé 38 ans dans la fonction publique lavalloise (dont 18 à titre de directeur général).


M. Asselin a décrit l’ex-maire Gilles Vaillancourt (un coaccusé) comme un homme omnipuissant et omniprésent. « Le maire, c’était le chef incontesté de cette administration. C’était un vendeur, un manipulateur », a-t-il dit d’un ton admiratif.


À l’inverse, il s’est présenté comme un fonctionnaire effacé et impuissant à freiner la collusion. « J’avais une espèce de réserve et de subordination », a-t-il dit. C’est pourquoi il n’a pas dénoncé les dérives dont il était parfaitement conscient.


Dès 1996, M. Vaillancourt lui a demandé de favoriser un entrepreneur dans l’octroi d’un contrat. Il ne lui a cependant jamais parlé de l’existence d’un système de ristournes.


Jusqu’à l’adoption de la loi 106, en 2002, M. Vaillancourt décidait personnellement de la répartition des contrats entre les firmes de génie-conseil, en fonction de leur taille et de leur expertise. « C’était sa décision, c’était son choix », a relaté M. Asselin, en précisant que la pratique était légale à l’époque.


Les firmes de génie en menaient large. Dès les fusions qui ont donné naissance à Laval, en 1965, la confection des plans, l’estimation des travaux et la surveillance des chantiers leur ont été confiées, par souci « de faire des économies ». Le service de l’ingénierie était pour ainsi dire une coquille vide. « C’est un service de gestion et de suivi des dossiers », a dit M. Asselin.


Son témoignage se poursuivra mercredi.

 

Gauthier malmené


Auparavant, le notaire Jean Gauthier a rejeté le titre peu enviable d’argentier occulte du PRO des Lavallois. Son pouvoir de persuasion s’est heurté au scepticisme manifeste de la commission.


Avant qu’il ne quitte la barre des témoins, le commissaire Renaud Lachance lui a suggéré de relire attentivement son témoignage. S’il faut croire la version de M. Gauthier, quatre témoins (Jean Bertrand, Roger Desbois, Jean Roberge et Pierre Lambert) ont raconté au moins 11 mensonges à son sujet.


Le retraité de 74 ans n’y voit qu’une seule explication possible : les principaux acteurs de la collusion et de la corruption à Laval qui ont témoigné à la commission Charbonneau l’ont utilisé comme bouc émissaire.


« On m’en met beaucoup, beaucoup, beaucoup sur les épaules », a déploré le notaire, accusé de fraude et de recyclage des produits de la criminalité. « C’est un vaste complot contre vous ? », a demandé la juge France Charbonneau.

 

National en eaux troubles


M. Gauthier a imputé le rôle d’argentier occulte du PRO à l’avocat Pierre Lambert. Pourtant, il reconnaît qu’il exerçait assez d’influence pour autoriser le paiement de « certaines dépenses » à même la caisse occulte. Il a ainsi envoyé le conseiller politique de M. Vaillancourt et du PRO, Pierre Desjardins, du cabinet National, frapper à la porte de Me Lambert pour se faire payer à même ce trésor de guerre illicite. « Pierre Desjardins était payé toujours par la caisse occulte », a-t-il précisé.


National a résilié son contrat avec Laval la semaine dernière à la suite des révélations de Jean Bertrand, selon lequel tous les élus (à trois exceptions près) ont servi de prête-noms. Le cabinet a précisé par voie de communiqué que M. Desjardins était un contractuel. Son travail au PRO a été exécuté «à l’extérieur du mandat» de la firme à Laval.

 

Mauvais quart d’heure pour Gauthier


M. Gauthier a passé un mauvais quart d’heure à la commission en étant forcé d’expliquer en quoi il pouvait se sentir flatté de tenir la caisse occulte du PRO des Lavallois. « À l’époque, malheureusement, c’était banal ou c’était banalisé », a-t-il répondu.


M. Gauthier a avoué lundi qu’il avait perçu des ristournes auprès des firmes de génie-conseil entre 2000 et 2005, se décrivant comme une simple « courroie de transmission ». Il avait accepté ce rôle par « orgueil » et « flatterie » pour rendre service à la formation de l’ex-maire Gilles Vaillancourt.


Me Gallant a mis en doute plusieurs réponses du témoin, entre autres sur la durée de son implication dans le financement illicite du PRO des Lavallois, qui s’étendrait de 1995 à 2009, selon Jean Bertrand.


La juge Charbonneau a aussi du mal à accepter les explications de M. Gauthier. Il a dit qu’il était loin de Gilles Vaillancourt. Pourtant, le maire lui faisait assez confiance pour lui confier la gestion de la caisse occulte du PRO, a-t-elle souligné. « Est-ce que vous continuez de protéger des gens ? », lui a-t-elle demandé. « Qui voulez-vous que je protège ? », a répondu le témoin, visiblement embarrassé à plus d’une reprise.

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