Laval - Le maire se dit «100 % légitime»

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	Le maire par intérim de Laval, Alexandre Duplessis, a accepté de répondre aux questions journalistes, mardi, à l’occasion de l’entrée en vigueur de la mise sous tutelle de la Ville, qui coïncidait avec le jour de la séance mensuelle du conseil municipal.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Le maire par intérim de Laval, Alexandre Duplessis, a accepté de répondre aux questions journalistes, mardi, à l’occasion de l’entrée en vigueur de la mise sous tutelle de la Ville, qui coïncidait avec le jour de la séance mensuelle du conseil municipal.

« Cent pour cent légitime. » Alexandre Duplessis compte bien terminer son mandat à la mairie de Laval, en dépit de la mise sous tutelle de la Ville officialisée lundi midi par le Conseil des ministres.

L’ancien directeur général de la Sûreté du Québec (SQ) Florent Gagné et les juges administratives Sandra Bilodeau et Sylvie Pierard ont pris la direction de la troisième ville en importance au Québec. Ils seront épaulés par les deux vérificateurs spéciaux nommés en novembre dernier par le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT), Sylvain Gaudreault.


Pour le ministre Gaudreault, la mise sous tutelle va permettre à la Ville de continuer à fonctionner jusqu’aux prochaines élections municipales ou jusqu’à ce que la Commission municipale décide de se retirer. D’ici là, « il est très important que les affaires se poursuivent normalement », a soutenu le ministre. « Cette décision du Conseil des ministres est donc essentiellement motivée par l’intérêt de la Ville de Laval, l’intérêt de sa population et l’intérêt des institutions municipales. »


Désormais, les élus lavallois ne peuvent plus prendre une seule décision sans obtenir l’accord de leurs tuteurs. « Nous ne sommes pas là pour remplacer le conseil, ni le comité exécutif », a précisé Florent Gagné.


Les trois administrateurs nommés par la Commission municipale comptent s’appuyer sur l’expertise de la fonction publique lavalloise durant la tutelle, qui se prolongera fort probablement au-delà des élections de novembre prochain. À brève échéance, ils devront statuer sur le sort du directeur général, Gaétan Turbide, et de son adjoint, Jean Roberge, suspendus avec solde depuis le 3 mai dernier.


Le maire Duplessis semblait soulagé dans les circonstances. « Je continuerai donc à exercer mon rôle de maire de Laval avec mes collègues, en collaborant bien sûr avec les gens de la commission », a-t-il dit.


« Je suis 100 % légitime. Le ministre Gaudreault l’a réitéré, et M. Gagné l’a réitéré », a-t-il ajouté.


M. Duplessis a accepté de répondre aux questions des journalistes, ce qu’il avait refusé de faire lors de sa sortie publique de vendredi dernier.

 

Il n’a pas voulu commenter les révélations accablantes de l’agent officiel du PRO des Lavallois, Jean Bertrand, devant la commission Charbonneau. L’avocat a déclaré que M. Duplessis et tous les conseillers du PRO, à trois exceptions, avaient servi de prête-noms. « L’ancien agent officiel du parti a donné sa version des faits. Je considère que c’est sa vérité à lui. Nous aurons, nous aussi, l’occasion de donner notre version des faits aux commissaires lors de notre participation à ces travaux », a dit M. Duplessis.


Le maire a profité de l’occasion pour redorer son blason, en rappelant qu’il avait entrepris les démarches pour que le gouvernement Marois mette sa ville en tutelle. « En novembre dernier, j’ai ramassé par terre le flambeau de la mairie de Laval. Je savais alors que cette tâche ne serait pas facile. C’est avec courage et fierté que j’ai relevé le défi », a-t-il déclaré.


À Montréal, la première ministre Pauline Marois a dit trouver « terrible » et « triste » à la fois la situation qui prévaut à Laval. « Mais, en même temps, je crois que c’était une sage décision de [sa] part qu’il demande de l’aide du gouvernement, ce à quoi nous répondons positivement », a-t-elle commenté.


Un conseil convenu


La mise sous tutelle coïncidait avec la tenue de la séance mensuelle du conseil municipal, en soirée. Plus de 175 personnes ont investi le 1, place du Souvenir pour l’occasion. Curieusement, rares furent les interventions des citoyens portant sur le thème de l’intégrité, de l’éthique, de la tutelle ou même de la commission Charbonneau.


Au moment de mettre sous presse, les citoyens présents avaient posé des questions sur l’installation de compteurs intelligents d’Hydro-Québec, la disparition d’un boisé, les délais dans l’adoption du nouveau schéma d’aménagement, les négociations avec les employés du Service du sport et loisir, etc.


Quand le candidat pressenti à la mairie pour le Mouvement lavallois, Marc Demers, a abordé le sujet de l’intégrité d’Alexandre Duplessis, son intervention a été accueillie par des soupirs indignés par certains membres de l’auditoire.


Le président du Mouvement lavallois, David De Cotis, a préféré retirer sa question sur la commission Charbonneau devant l’intransigeance du président de l’assemblée, Benoit Fradet. « Aucune question sur les témoignages à la commission Charbonneau ne va être acceptée ce soir », a prévenu M. Fradet.


L’administration Duplessis s’est réfugiée derrière une excuse commode - « le processus judiciaire suit son cours » - pour éviter tout débat à ce sujet. M. Fradet a présidé la séance sur le mode impératif : « posez votre question, votre tour est terminé, aucune manifestation ne sera tolérée », répétait-il sans cesse.


Pas de politique à l’Hôtel de Ville


En début de séance, M. Duplessis a lu une courte allocution confirmant la mise sous tutelle de Laval, dont le texte était calqué sur son intervention devant les médias. Sur un ton de défiance, il a enjoint aux candidats de l’opposition de ne pas parasiter la période de questions, réservée aux citoyens, pour faire avancer leur programme politique. « Une campagne électorale, ça ne se gagne pas à l’hôtel de ville, mais dans les quartiers auprès des citoyens », a-t-il lancé.


Les trois partis d’opposition, non représentés à l’hôtel de ville, accueillent avec satisfaction la mise sous tutelle de Laval. Robert Bordeleau (chef du Parti au service des citoyens), Jean-Claude Gobé (chef d’Action Laval) et Marc Demers (chef probable du Mouvement lavallois) ne s’arrêtent pas là. Ils demandent tous trois la démission de M. Duplessis et des membres restants de son équipe. Un des membres du comité exécutif, Sylvie Clermont, a annoncé sa démission pour des « raisons de santé », dit-on.


Selon Jean-Claude Gobé, le maire et son équipe n’ont plus « aucune crédibilité ». « C’est un tuteur qui va gérer les affaires courantes de la Ville, point à la ligne », a dit M. Gobé.


M. Bordeleau considère pour sa part le maire Duplessis comme « une marionnette ». « Pourquoi les garder à notre service ? Il faut devancer la date des élections », clame-t-il.


M. Demers estime enfin que le maire a trahi les électeurs en leur promettant plus de transparence lors de son élection. « Quel est l’intérêt qu’il reste en poste jusqu’en novembre ? Le lien de confiance est brisé », estime-t-il.


 

Avec la collaboration de Jessica Nadeau et La Presse canadienne

20 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 juin 2013 00 h 32

    En principe,

    Il aurait dû démissionner mais comme il y a bien pensé, il ne se représentera pas aux prochasines élections et il pourra continuer à recevoir son salaire de mairejusqu'en novembre 2013. Bof...

    Aie. Il parait que les conseillers s'étaient déjà voter un abri de $200,000 chacun pour payer un avocat au cas ou...

  • Roland Guerre - Inscrit 4 juin 2013 03 h 04

    Tutelle

    Le maire, chargé de l'intérim avant le prochain scrutin, a un seul devoir, celui de rester discret, pour laisser le tuteur de la ville faire l'inventaire des difficultés, lancer le programme d'assainissement approprié, avant de remettre les clés de l'hôtel de ville à la nouvelle assemblée communale.

  • Josette Allard - Inscrite 4 juin 2013 05 h 57

    Un chausson avec çà!

    Vous connaissez l'expression. La seule chose honorable qu'il lui restait à faire était de démissionner, mais en est- il seulement capable.

  • Guy Desjardins - Inscrit 4 juin 2013 06 h 15

    100% légitime.

    Il a servi de prête-noms et les échevins dans le même bain. Ils vont recevoir leur salaire même s'ils ont fraudé le peuple et le fisc. Leur salaire devrait être payés par Vaillancourt, selon les témoins il était le chef de fille, si non dehors, et passons à autres choses. Nous en sommes rendu là. Fraudons et c'est payant. Pour le peuple...niet. Payer tant qu'il en restera.

  • Nicole Bernier - Inscrite 4 juin 2013 06 h 33

    Le chacun pour soi dans sa petite cour a atteint des sommets

    Je ne pouvais pas imaginer que, dans une ville aussi grande que Laval, les trois partis d’opposition soient non représentés à l’hôtel de ville. Je ne comprends pas que le maire actuel soit fier de mettre son parti sous tutelle...Quel leader accueille la tutelle comme une solution géniale? Mais à voir la réaction des citoyens présents à ce conseil de ville, il est clair que la capacité de défendre les intérêts généraux de leurs concitoyens et l'éthique de leurs élus ne semblent pas une priorité. Où sont les chartes de responsabilités où un élu ne pourrait pas affirmer qu'il est fier d'avoir mis sa ville sous tutelle quand son parti est responsable de cette catastrophe?

    Dans le journal Metro, hier, Madame Harel, expliquait comment le choix des élus de développer une coalition non partisane d'élus pour gérer la crise avait permis à Montréal d'éviter la tutelle et démontre que les élus de Montréal avaient à coeur le bien-être de tous leurs concitoyens... J'ai été agréablement surprise par son commentaire puisque j'ai arrêté de suivre les concerts d'orgue dans une des Églises du quartier et de travailler dans le quartier parce que la partisanerie de Madame Harel était étouffante... Je me demande quelles sont les principes qui gèrent sa vision de la politique... Pourquoi affirme-t-elle qu'au municipal : "Je crois que l'époque où un seul parti contrôle la ville est révolue et qu'il faut introduire la diversité au sein même du comité exécutif"..

    Chaque fois que j'ai travaillé dans un climat de diversité, la performance s'est améliorée.. Comment peut-on rester aveugle, comme société, à la nécessité de rétablir une mise en valeur des droits et devoirs collectifs pour contrebalancer la trop grande valorisation des droits individuels... Quand va-t-on valoriser les efforts des peuples qui, au niveau international, ne cessent de rappeller que les Peuples ont des droits et des responsabilités de la même manière que les individus ont des droits et des responsabilités...

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 juin 2013 08 h 14

      Diversité au sein du comité exécutif... ça avait été l'idée géniale de G. Tremblay après la dernière élection. Ça a tenu autour d'un an, si je me souviens bien.