Laval : le maire suggère la mise en veilleuse de la commission Charbonneau

Alexandre Duplessis, maire de Laval par intérim
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Alexandre Duplessis, maire de Laval par intérim

Le maire par intérim de Laval, Alexandre Duplessis, fait l’objet de vives critiques pour avoir suggéré de suspendre les travaux de la commission Charbonneau dans les semaines précédant les élections municipales de novembre prochain.

M. Duplessis a tenté sans succès de convaincre le conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) de réclamer la mise en veilleuse de la commission Charbonneau pour une partie de l’automne. Le candidat à la mairie de Laval souhaitait que la commission prolonge sa pause d’été jusqu’après les élections du 3 novembre, pour permettre aux citoyens de « faire leur choix en toute quiétude ».


Les représentants de l’opposition à Laval ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme le « manque de jugement » et de « maturité » de l’aspirant-maire, qui a remis en cause l’indépendance de la commission Charbonneau.


« Alexandre Duplessis est l’héritier de l’administration Vaillancourt, on peut comprendre qu’il soit embarrassé par la commission Charbonneau. Mais qu’il tente de faire suspendre les travaux de la commission dénote un degré d’immaturité », a réagi Jean-Claude Gobé, chef du parti Action Laval et candidat à la mairie.


« Quand on n’a rien à se reprocher, on ne fait pas ce genre de demande là, a ajouté Robert Bordeleau, chef du Parti au service du citoyen, lui aussi candidat au poste de maire. M. Duplessis était le plus près de l’ex-maire Vaillancourt. Il sent que la soupe est chaude. »


Scandales éthiques


Alexandre Duplessis siège depuis 2005 au conseil municipal de Laval, où il était considéré comme le dauphin de l’ex-maire Gilles Vaillancourt. M. Duplessis a succédé à M. Vaillancourt à l’Hôtel de Ville lorsque celui-ci a démissionné, l’automne dernier, dans la foulée des scandales éthiques qui secouent Laval. Gilles Vaillancourt a depuis été accusé d’être la tête dirigeante d’un réseau de gangstérisme qui contrôlait l’attribution des contrats publics à Laval ; 37 personnes ont été arrêtées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), il y a deux semaines, en lien avec ce que la police considère comme un système de collusion et de corruption bien huilé.


Parallèlement, des témoins racontent depuis des semaines à la commission Charbonneau comment des entrepreneurs, des firmes de génie, des organisateurs politiques et l’administration Vaillancourt se sont rempli les poches d’argent sale.


Climat explosif


Il peut être difficile de mener une campagne électorale dans ce contexte explosif, reconnaît Éric Forest, maire de Rimouski et président de l’UMQ. Mais il a refusé sans hésiter de s’immiscer dans la gestion de la commission Charbonneau, comme le lui a demandé son collègue de Laval au congrès de l’UMQ, il y a deux semaines.


« M. Duplessis s’est adressé à moi pour que le conseil d’administration de l’UMQ demande à la commission Charbonneau de suspendre ses travaux cet automne. Je lui ai répondu qu’il n’est pas question d’aller dans ce sens-là », explique Éric Forest au Devoir.


« C’est à la commission de décider où et quand elle mène ses travaux, ajoute-t-il. L’autonomie des municipalités est un principe fondamental pour nous, alors nous respectons l’autonomie de la commission. »


La première ministre Pauline Marois avait été entraînée dans une controverse semblable après avoir appelé publiquement la commission Charbonneau à la « prudence », au début du mois de mai. Les partis de l’opposition avaient dénoncé cette apparence d’ingérence dans l’indépendance de la commission.


Cynisme des électeurs


L’ombre de la commission Charbonneau plane non seulement sur Laval et sur Montréal - montrées du doigt pour la corruption et la collusion -, mais sur toutes les municipalités du Québec, qui iront aux urnes le 3 novembre. La campagne s’annonce comme un défi dans les 1113 villes, parce que les scandales ont alimenté le cynisme des électeurs, explique le président de l’UMQ.


Le maire Alexandre Duplessis souhaitait mettre une pause sur les audiences de la commission Charbonneau pour ramener un climat plus propice aux débats électoraux non seulement à Laval, mais dans tout le Québec, explique son porte-parole, Pierre-Philippe Lortie.


« M. Duplessis voulait en discuter aux assises de l’UMQ, mais sa proposition n’a pas été retenue. On comprend que la commission est maître de son ordre du jour », a-t-il indiqué.

11 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2013 01 h 16

    Ha ha ha!

    Il fait l'objet de vives critiques. Elle est bien bonne.

    Est-ce qu'il reste un politicien au Québec dans le monde municipal qui ne tremble pas (un euphémisme on l'aura compris) dans son pantalon au fur et à mesure que la Commission Charbonneau avance plus en profondeur dans nos merveilleuses municipalitées?

    Qui dit qu'il pourra se représenter lui, quand le ménage sera terminé à Laval...?

  • Francois Cossette - Inscrit 23 mai 2013 06 h 35

    Une autre belle occasion manquée, celle de se taire !!!!

    Moi je confierais meme pas une vieille cent noire a alexandre duplessis. Pour moi tous les élues de laval sont dans le meme sac que vaillancourt tout simplement parce qu'ils ne pouvaient pas ne pas savoir ce qui se passait. Ils ont tous décidé de participer ou de fermer les yeux on ne peut donc pas avoir confiance en aucun d'eux.

  • Josette Allard - Inscrite 23 mai 2013 06 h 57

    Laval

    Ce maire n'était- il pas de l'ancienne équipe Vaillancourt?

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 mai 2013 09 h 44

      TOUS les politiciens municipaux de Laval était de l'équipe Vaillancourt.

  • Daniel Vézina - Inscrit 23 mai 2013 08 h 18

    Wow! Rien à se reprocher à ce que l'on peut voir...

    Hmmm... attendez que je réfléchisse un peu. Ajournement = silence = rien de rendu public.
    Son calcul était assez évident merci.

    En tout cas, il me semble que ça "parait" que Laval n'aura plus d'extra pour un p'tit bout de temps; les "donneux de tickets" s'en donne à coeur joie cette année.

    Ils ont passé toute la dernière semaine d'Avril (période de non stationnement dans les rues du 1 Octore au 30 Avril) pour en distribuer en outrance, alors que c'est bizarre, mais on ne les voit jamais durant l'hiver et même les années passées...

  • Hugo Séguin-Noël - Abonné 23 mai 2013 08 h 50

    Toujours la même chose

    Il y a toujours, au coeur des problèmes éthiques et politiques que nous vivons, un seul et même réflexe : le mépris de la vérité.