Fièvre électorale à Laval

«Les nouveaux partis poussent comme des champignons parce qu’on se sent mal représentés par les partis existants», dit Cecilia Macedo, une candidate indépendante appuyée par le Centre des femmes de Laval.
Photo: - Le Devoir «Les nouveaux partis poussent comme des champignons parce qu’on se sent mal représentés par les partis existants», dit Cecilia Macedo, une candidate indépendante appuyée par le Centre des femmes de Laval.

Après lui, le déluge. Au lendemain du coup de tonnerre qui a frappé l’ex-maire Gilles Vaillancourt et 36 notables lavallois, la fièvre électorale s’est emparée de la ville : pas moins de sept partis ou mouvements politiques se lancent dans la course à la mairie.

La chute de l’ex-homme fort de Laval, qui a régné sans partage durant 23 ans, provoque une frénésie démocratique sans précédent dans la troisième ville en importance du Québec. Le maire par intérim Alexandre Duplessis, ex-membre du parti de Vaillancourt, fera face à une rude concurrence aux élections du 3 novembre - et il s’en réjouit : il a confié à des proches que le foisonnement et la division des partis d’opposition peuvent lui permettre de sortir vainqueur du scrutin.


« J’ai l’impression que les gens veulent se réapproprier la politique après le départ de Gilles Vaillancourt », dit Raynald Adams, organisateur pour le Mouvement lavallois (ML), jeune parti d’opposition qui a terminé deuxième à l’élection de 2009, avec 22,6 % des voix.


Après avoir mordu la poussière avec Lydia Aboulian comme chef, le ML désignera son prochain candidat à la mairie lors d’un congrès le mois prochain. Marc Demers, ex-candidat du Parti québécois et ex-policier à Laval, a confirmé au Devoir qu’il envisage de plonger dans la course.


Les partisans de M. Demers au sein du Mouvement lavallois sont convaincus que la présence d’un ex-policier représente un atout de taille, parce que l’intégrité sera au centre de la campagne électorale. Les Lavallois sont encore sonnés par l’onde de choc qui a balayé la ville jeudi : l’ex-maire Vaillancourt a été accusé de diriger un véritable réseau de gangstérisme qui a fait main basse sur les contrats publics de la Ville. Corruption, collusion, pots-de-vin : l’ex-maire et ses complices de l’appareil municipal, des firmes de génie et chez les entrepreneurs ont comploté pour s’en mettre plein les poches, selon la police.

 

Un grand ménage


Le maire intérimaire Alexandre Duplessis met tout en oeuvre pour prendre ses distances de l’administration Vaillancourt, même s’il a fait partie de son équipe durant sept ans. Des sources estiment que la majorité des 20 conseillers indépendants (anciens de l’ex-parti PRO des Lavallois de Gilles Vaillancourt, dissous l’automne dernier) sera exclue du nouveau parti de M. Duplessis, baptisé Avenir Laval. Certains conseillers prendront leur retraite, et d’autres se feront suggérer de réorienter leur carrière, croient des membres du parti. Alexandre Duplessis et son entourage ont refusé de commenter, vendredi.


Martine Beaugrand, conseillère indépendante et ancienne de l’équipe Vaillancourt, affirme que les indépendants sont unis derrière Alexandre Duplessis. Élue en 2009, elle envisageait de ne pas se représenter. Elle était déçue par le peu de possibilités de faire avancer ses idées sur la santé publique et sur l’environnement sous le règne de Gilles Vaillancourt.


« Il n’y avait pas beaucoup de place pour ça avec M. Vaillancourt. Je sens qu’il y a une ouverture pour aller de l’avant avec Alexandre [Duplessis]. On doit valoriser le rôle des élus municipaux », dit Mme Beaugrand, qui détient une maîtrise en administration de la santé. Elle a l’intention d’être candidate.


Raynald Adams, du Mouvement lavallois, affirme que l’ancienne équipe de Gilles Vaillancourt sera hantée par l’odeur de corruption qui plane sur la ville. « Les gens disent que l’opposition est divisée à Laval, mais le parti PRO avait monté une puissante machine électorale en se servant des budgets de recherche issus des fonds publics. En 2009, on ne se battait pas à armes égales avec eux. On espère que cette fois, il n’y aura pas de fonds cachés. »

 

Un spectacle couru


Le Mouvement lavallois, en tout cas, a commencé à remplir ses coffres en vue de la bataille électorale. Un gala d’humour, auquel ont participé Martin Petit et Sylvain Larocque, a fait salle comble le mois dernier ; 752 personnes ont payé 50 $ pour voir le spectacle. Les billets pour le cocktail se vendaient 200 $. Le parti dit avoir fait 32 000 $ en un soir.


Autre signe du réveil des Lavallois, un groupe de femmes lance un mouvement pour présenter des candidates indépendantes dans les quartiers. Trois candidates ont confirmé leur intention de se présenter - dans Marigot, Sainte-Dorothée et Sainte-Rose.


« Les nouveaux partis poussent comme des champignons parce qu’on se sent mal représentés par les partis existants, dit Cecilia Macedo, une des candidates au sein de ce mouvement appuyé par le Centre des femmes de Laval. On veut construire une nouvelle culture démocratique à Laval. Le départ de M. Vaillancourt est une belle occasion. »


Cecilia Macedo se montre très critique envers les conseillers actuels, qui ont assisté en silence à la prise en otage de la Ville par l’administration Vaillancourt, selon elle. « Les conseillers municipaux sont comme des marionnettes. Ils sont comme morts », dit-elle sans détour. Elle compte profiter de la campagne électorale qui s’annonce pour parler de lutte contre la pauvreté, un sujet oublié depuis des années à Laval.

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