«Réveillez-vous!»

Audrey Boisvert habite aujourd’hui la Gaspésie.
Photo: Source Audrey Boisvert Audrey Boisvert habite aujourd’hui la Gaspésie.

Au fond de la Gaspésie, Audrey Boisvert a poussé un soupir en regardant les nouvelles, jeudi soir. Elle croyait halluciner, mais c’était vrai : Gilles Vaillancourt portait des menottes en plein palais de justice de Laval.


« Il doit capoter, le pauvre monsieur », dit la jeune femme de 26 ans sur le ton sarcastique qui l’a fait connaître à Laval, en 2005. Vous vous rappelez peut-être : Audrey Boisvert est cette amazone qui a osé se présenter contre le roi Gilles à la mairie, cette année-là. À 18 ans, elle avait remporté 16 % des voix.


Huit ans plus tard, Audrey Boisvert a quitté son île pour aller vivre « dans la nature, loin du stress », à Bonaventure, en Gaspésie. Elle a mis de côté son engagement politique (après avoir milité pour Québec solidaire), mais s’anime avec autant de verve, de révolte et d’indignation en parlant de sa ville natale, où habitent toujours ses parents et ses soeurs.


Audrey avoue entretenir une « relation d’amour-haine » avec Laval. Ses souvenirs heureux d’enfance s’entrechoquent avec les images bétonnées de la grosse banlieue impersonnelle qu’est devenue Laval, à ses yeux. Une grosse banlieue impersonnelle qui était dominée par des corrompus, de surcroît. C’est elle qui le dit.

 

Brasser la cage


« Les gens disent que la banlieue est un lieu sécuritaire pour élever nos enfants à l’abri des bandits, mais on se rend compte que les bandits ne sont pas dans les rues, ils sont élus. »


Audrey Boisvert avait ressenti dès 2005 un profond besoin de brasser la cage, d’ébranler le confort et l’indifférence des Lavallois qui réélisaient sans cesse leur bon-maire-qui-n’augmentait-pas-les-taxes. Elle sentait que quelque chose clochait dans cette administration qui oubliait « les pauvres, ceux qui ne mangent pas à leur faim, qui ont un problème de santé mentale ». « Je rêve que Gilles Vaillancourt fasse des travaux communautaires. Il verrait toute la pauvreté qu’il y a à Laval. »


La pauvreté, pour elle, peut être plus qu’une question d’argent. Elle voit à Laval une pauvreté culturelle dans l’omniprésence des autoroutes, des voitures, des centres commerciaux, dans les maisons en rangée toutes identiques. Dans l’absence de trottoirs le long des grands boulevards.

 

Le paradis perdu


Elle rêve d’une ville plus verte où les gens se parlent, fraternisent, se font confiance. Ce paradis, Audrey Boisvert l’a trouvé à Bonaventure, où elle travaille comme travailleuse sociale dans un groupe communautaire. Elle fait aussi du slam, poésie des ruelles et des bars. Par un pur hasard, elle récitera un texte portant sur… Laval, au festival Les mots parleurs de Bonaventure, la semaine prochaine.


« Moi, j’viens d’un étalement urbain

Une banlieue qui étend ses concepts,

transformant le vert en gris,

hystérique, sans souci sans éthique », clamera-t-elle.


Audrey est contente de voir Gilles Vaillancourt et les 36 autres accusés tomber dans le filet de l’Unité permanente anticorruption. L’opération policière de jeudi l’a réconciliée avec la police, après la grosse désillusion du printemps érable, dit-elle.


Le plus important reste à faire, selon Audrey Boisvert : mobiliser les citoyens pour doter Laval d’une administration saine, après les 23 années de règne sans partage de Gilles Vaillancourt. Parce qu’elle l’aime, malgré tout, sa ville natale, où elle revient toujours. « Réveillez-vous ! Lâchez la télé et investissez-vous dans votre communauté ! dit-elle. L’opposition est tellement divisée après toutes ces années. Je trouve ça triste. »

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