Laval suspend ses deux plus hauts fonctionnaires

L’administration du maire Alexandre Duplessis (notre photo) a fait savoir que le directeur général de la Ville de Laval, Gaétan Turbide, et son adjoint, Jean Roberge, seront suspendus avec solde pour une période indéterminée.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’administration du maire Alexandre Duplessis (notre photo) a fait savoir que le directeur général de la Ville de Laval, Gaétan Turbide, et son adjoint, Jean Roberge, seront suspendus avec solde pour une période indéterminée.

En attendant leur passage devant la commission Charbonneau, le directeur général de la Ville de Laval, Gaétan Turbide, et son adjoint, Jean Roberge, devront rester à la maison. L’administration du maire Alexandre Duplessis a fait savoir, vendredi, que les deux hauts fonctionnaires seront suspendus avec solde pour une période indéterminée afin, a-t-on dit, d’assurer un climat de « sérénité » à l’Hôtel de Ville.

Par voie de communiqué, le maire a indiqué avoir pris cette décision à la suite d’une récente rencontre avec MM. Turbide et Roberge. Au cours de cet entretien, les deux hommes ont informé Alexandre Duplessis qu’ils devraient sous peu témoigner devant la commission Charbonneau. « Ils pourraient être appelés à dévoiler certains faits. Dans ce contexte, sans connaître exactement la nature et la véracité de ces faits, M. Duplessis a jugé préférable de soumettre cette question au comité exécutif afin d’assurer la sérénité dans la poursuite des activités de la Ville », a indiqué son cabinet sans vouloir en dévoiler davantage.


Lors d’une réunion tenue vendredi midi, le comité exécutif a donné son aval à cette suspension, qui devra être entérinée lundi soir par le conseil municipal.


Directeur général de la Société de transport de Laval (STL) pendant sept ans, Gaétan Turbide avait été nommé directeur général de la Ville en 2006. Deux ans plus tard, soit en octobre 2008, il a donné sa démission afin de se tourner vers le secteur privé. M. Turbide s’est ensuite associé à l’homme d’affaires Benoît Galland pour se porter acquéreur de l’entreprise Aqua-Rehab par l’entremise du fonds Octopus. Spécialisée dans la réparation de conduites d’eau, Aqua-Rehab était une sous-traitante de la Ville de Laval. M. Turbide est revenu à la Ville en 2010 pour reprendre son poste de directeur général. « M. Turbide est un administrateur chevronné doublé d’un homme d’action », avait souligné l’administration lors de son retour à l’Hôtel de Ville.


Surprise et déception


La nouvelle de la suspension des deux plus hauts fonctionnaires de la Ville a suscité un certain émoi chez les élus qui, depuis des mois, ont dû naviguer dans des eaux agitées à la suite de la démission de Gilles Vaillancourt et des multiples perquisitions tant à l’hôtel de ville qu’aux résidences personnelles de l’ex-maire. Les policiers ont même visité les institutions financières où se trouvent les coffrets de sûreté de M. Vaillancourt.


« C’est sûr et certain qu’il y a eu de la collusion et de la corruption à la Ville, mais je ne pensais pas que Gaétan Turbide était mêlé à ça », a commenté à la conseillère Michèle des Trois Maisons qui, jusqu’à l’automne dernier, était membre du Pro des Lavallois, l’ancien parti de Gilles Vaillancourt.


« Gaétan Turbide, c’est un très bon gestionnaire. Je suis déçue qu’il soit suspendu », a-t-elle ajouté. Les explications que lui a données le maire Duplessis au téléphone en matinée ne lui ont pas permis d’éclaircir la nature des révélations que pourraient faire MM. Turbide et Roberge devant la commission Charbonneau. Laval devrait être au menu des audiences de la commission à la mi-mai. « Laval, ça s’en vient à la commission Charbonneau. Ça ne sera pas beau à voir », avance Mme des Trois Maisons.


De son côté, la conseillère Claire Le Bel ne sait pas encore si elle votera en faveur de la suspension des deux fonctionnaires. « Il faut savoir les raisons de cette suspension. Est-ce parce qu’ils collaborent avec la commission Charbonneau, qu’ils ont des choses à dire ou parce qu’ils sont déjà jugés [par l’administration] ? Je trouve ça embarrassant. D’ailleurs, je vais réfléchir concernant la position à prendre lundi », a-t-elle indiqué.


Le traitement accordé au directeur général n’étonne pas Robert Bordeleau, candidat à la mairie et chef du Parti au service du citoyen. « Lors du conseil municipal du mois de mars dernier, j’ai demandé la démission de M. Turbide, parce qu’il aurait omis de divulguer aux élus et aux citoyens le fait que [la contribution de la Ville] pour la Place Bell passait de 42 à 74 millions », a-t-il souligné au Devoir.


David De Cotis, du Mouvement lavallois, a plutôt critiqué la décision de l’administration. Il doute que le maire Duplessis envoie le message approprié en suspendant deux employés qui ont accepté de lever le voile sur ce qui s’est passé à Laval. « Nous voulons que la vérité sorte et M. Duplessis doit les encourager aussi. Mais nous ne savons pas quel message il cherche à envoyer avec ces suspensions. Essaie-t-il de décourager des employés à aller devant la commission ? », s’interroge M. De Cotis.


Jean-Claude Gobé, chef d’Action Laval, estime que cette suspension n’est pas de nature à rassurer les Lavallois. « C’est un secret de polichinelle que d’autres proches de l’administration lavalloise auraient été intimés de se tenir à la disposition de la commission Charbonneau au cours des prochaines semaines. Pourquoi ne sont-ils pas suspendus également ? Serait-ce que, quand on est élu, on a droit à un traitement différent selon M. Duplessis ? », a-t-il indiqué dans un communiqué diffusé en après-midi.


M. Turbide continuera de toucher son salaire, qui s’élève à environ 250 000 $ par année. C’est le directeur adjoint Gaétan Vandal qui prendra le relais en attendant qu’un d.g. par intérim soit désigné.


Avec La Presse canadienne

5 commentaires
  • Pierre Bourassa - Inscrit 4 mai 2013 07 h 25

    Ils pourraient être appelés à dévoiler certains faits.

    Mieux vaut pas prendre de chance et donner l'exemple au cas où d'autres décideraient de parler après eux.Une suspension préventive quoi.

    ...''afin d’assurer la sérénité dans la poursuite des activités de la Ville ''...

    Bien oui, Laval est sereine quand çà sort pas.

    Le maire Duplessis?

  • Guy Desjardins - Inscrit 4 mai 2013 07 h 54

    Avec solde?

    Une belle vacance pour ces deux hauts fonctionnaires. Pourquoi ont les paient pour rester à la maison, serait il plus favorable aux yeux des citoyens qui se sentent lésés et pas de solde? Ce n'est pas pour rien qu'ils sont convoqués à la commission Charbonneau. Pourquoi ne pas attendre que tous les enquêtes soient fini et si ils ne sont pas déclaré coupable, payer leur salaire rétroactivement ? Par contre, si, ils sont déclarés coupable de collusion, au moins ont auraient sauver leur salaire. Car il est fort possible tous les argents volés ne soint récupérable.

  • Carole Dionne - Inscrite 4 mai 2013 08 h 00

    Les élus ont peurs?

    Drôle de raison pour suspendre quelqu'un.

  • Claude Wallet - Abonné 4 mai 2013 11 h 35

    Turbide

    Si non comprend bien, nous allons être confrontés à de nouvelles turbitudes...

  • stéphane barbe - Inscrit 5 mai 2013 07 h 44

    Duplessis et Vaillancourt = blanc bonnet, bonnet blanc!

    Comment un maire qui n'a pas été élu par la population peut-il prendre d'aussi graves décisions que de relever de leurs fonctions, les deux plus hauts fonctionnaires de la ville? C'est lui qui devrait être relevé de ces fonctions car si le maire Vaillacourt a démissionné a cause de graves allégations d'irrégularités et d'exactions, il en a été le témoin et sans doute le complice, car il a été pendant 8 ans le ''bras droit'' du maire. Il a de plus siégé au Comité Exécutif de la ville depuis 8 ans!
    L'administration politique de cette ville est une vrai farce depuis que Vaillancourt a quitté en novembre dernier. Le maire ''tout puissant'' quitte son poste. Qui le remplace? Son ''dauphin'', son ''bras droit'', un de ces complices au Comité Exécutif!?! Bref, ça ''continue comme avant''... D'ailleurs tout le monde raconte à Laval que c'est toujours Vaillancourt qui ''tire les ficelles'' via son pantin ''Duplessis''!
    Qu'attend le ministre des affaires municipale pour mettre Laval sous tutelle?
    Sans doute les révélations futures de la Commission Charboneau sur la corruption à Laval...
    Stéphane Barbe.