Le roi de Laval capitule

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	Gilles Vaillancourt est la cible d’une enquête sans précédent de l'UPAC. Ci-dessus, le maire démissionnaire de Laval pose en compagnie de Gérald Tremblay et Jean Charest, le 16 septembre 2009.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Gilles Vaillancourt est la cible d’une enquête sans précédent de l'UPAC. Ci-dessus, le maire démissionnaire de Laval pose en compagnie de Gérald Tremblay et Jean Charest, le 16 septembre 2009.

Miné par une enquête majeure de l’UPAC et la multiplication des révélations sur son rôle névralgique dans la corruption et la collusion à Laval, Gilles Vaillancourt tourne définitivement le dos à la vie politique.

M. Vaillancourt était en parfait contrôle de ses émotions au moment de dire adieu à ses concitoyens. « Aujourd’hui, je m’adresse à vous pour la dernière fois comme maire de Laval, a-t-il dit. J’ai en effet décidé de quitter mon poste et de me retirer définitivement de la vie politique. »

Il avait le ton et l’assurance de la bête politique qu’il fut pendant 40 ans. Il a commencé son discours en déclarant qu’il s’était présenté devant les médias contre les recommandations de son médecin, une remarque qui donnait de la vraisemblance à son absence de plus de deux semaines pour un congé de maladie.

Ce congé a débuté le 24 octobre dernier, quelques heures après que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) eut saisi le contenu de ses coffrets de sûreté dans des institutions bancaires. Cette troisième perquisition en moins d’un mois a eu raison de la ténacité du maire en téflon, sur lequel le scandale ne collait jamais.
 
Le maire démissionnaire a passé l’essentiel de son discours à vanter les mérites et l’évolution de sa ville, qu’il a façonnée et qu’il aime au plus profond de son cœur. « Je n’avais qu’une seule passion, celle de réussir Laval », a-t-il dit.
 
Il a très peu commenté les allégations et les enquêtes dont il est la cible, assurant qu’il a toujours agi dans l’intérêt des Lavallois.
 
M. Vaillancourt s’est dit « profondément blessé », tout comme l’est d’ailleurs Gérald Tremblay, qui a démissionné de la mairie de Montréal lundi.
 
En moins d’une semaine, les allégations de corruption et de collusion ont fait tomber les maires de la première et de la troisième ville du Québec, un précédent dans les annales politiques.
 
Moments pénibles

À l’image du maire déchu de Montréal, Gérald Tremblay, M. Vaillancourt a lu une courte déclaration en français et en anglais avant de disparaître à tout jamais de la vie publique, sous le regard approbateur de vieux ennemis politiques qui avaient réussi à entrer dans la salle du conseil.
 
Robert Bordeleau, chef du Parti au service du citoyen (PSC), demandait la démission de M. Vaillancourt depuis 2006. « C’est une consécration pour nous. On se réjouit », a-t-il dit.

L’atmosphère était tendue à l’hôtel de ville, où les policiers montaient la garde à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice, craignant que des citoyens ne viennent manifester leur mécontentement. Il n’y a cependant eu aucun incident.

M. Vaillancourt s’est plaint du climat inquisitoire qui refroidit les élus depuis le début des travaux de la commission Charbonneau. Il se range dans la catégorie des personnalités publiques marquées au fer rouge par des allégations contre lesquelles il est incapable de se défendre.
 
« Comme société, nous vivons actuellement des moments très difficiles, voire pénibles, alors que tous les élus, à quelque niveau que ce soit, sont accusés de tous les maux, a-t-il dit. Nous entendons toutes sortes de choses, nous faisons face à des allégations, qui sans être prouvées, altèrent de façon irrémédiable la réputation des gens en qui vous aviez placé votre confiance. »
 
Âgé de 71 ans, M. Vaillancourt est la cible d’une enquête sans précédent de UPAC, qui a mené des perquisitions dans ses bureaux de l’hôtel de ville, à ses deux résidences et dans des institutions financières où il détenait une demi-douzaine de coffrets de sûreté.
 
L’UPAC enquête sur la corruption et la collusion dans l’octroi des contrats publics à Laval. Des entreprises de construction choyées par l’administration Vaillancourt, de même que des firmes de génie-conseil, ont aussi reçu la visite des enquêteurs dans les dernières semaines.
 
Si l’on se fie au témoignage de Lino Zambito à la commission Charbonneau, M. Vaillancourt empochait une ristourne de 2,5 % sur la valeur des contrats. Un homme d’affaires a déclaré au Devoir cette semaine qu’il remettait 15 000 $ par année au maire. « Si tu ne paies pas, tu n’as pas de contrats », a résumé cet homme. Le cabinet du maire a nié les deux révélations, mais M. Vaillancourt lui-même ne l’a jamais fait.

Il conserve un droit précieux dans sa retraite : le droit au silence.
 
Et la suite?

Les partis d’opposition, non représentés à l’Hôtel de Ville, savouraient leur triomphe tout en se demandant ce qui adviendra de Laval. Depuis le début du congé de maladie de M. Vaillancourt, le président du comité exécutif, Basile Angelopoulos, assurait l’intérim.

Avec 21 conseillers sur 21, le PRO n’aura aucun mal à trouver un remplaçant à M. Vaillancourt.
 
Selon Lydia Aboulian, candidate à la mairie pour le Mouvement lavallois, les membres du comité exécutif devront être surveillés de près. « La seule chose qu’on peut faire, c’est de foncer avec nos questions. On veut savoir qui est impliqué, et depuis quand il y a de la corruption », a-t-elle dit.

***
 
Avec la collaboration de Jessica Nadeau
43 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 10 novembre 2012 00 h 02

    Photo révélatrice

    Quand même curieux de voir les principaux instigateurs des scandales actuels poser ensemble sur la même photographie.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 novembre 2012 10 h 25

      Il ne semble pas y avoir de hasard, juste une concordance de temps, qui n'est peut-être pas aussi révolue qu'on le souhaiterait ? Des "objets" non négligeables traînent quelque part, là où on ne s'y attendrait pas ! Faudra voir !

  • François Lauzon - Inscrit 10 novembre 2012 00 h 34

    Beau trio..

    Belle photo de famille...
    Qui se ressemble s'assemble?

    • Nasser Boumenna - Abonné 10 novembre 2012 14 h 14

      Oui mais il y en a un que la Commission Charbonneau n'a pas encore atteint...

  • Luc Grégoire - Inscrit 10 novembre 2012 01 h 32

    Déshonneur!

    Ces deux maires après de si longs règnes quittent dans le déshonneur. Cela doit sûrement affecter leur égo personnel, car malgré toutes ces années à la direction de leur ville leur sortie est pitoyable. C'est une forme de justice pour nous contribuables qui leur avons fait confiance. Quitter dans un tel déshonneur, c'est déjà leur infliger une peine méritée.

  • Bernard Gervais - Inscrit 10 novembre 2012 01 h 40

    Une photo qui en dit long !

    Bravo au Devoir d'avoir, pour le présent reportage, publié à nouveau cette photo prise par son photographe J. Nadeau en 2009 !

    Une photo, c'est le cas de le dire, qui nous indique qu'une époque vient de se terminer !

    Charest, Tremblay et Vaillancourt : le triumvirat libéral par excellence ! Dire que les 3 ne sont plus désormais au pouvoir !

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 10 novembre 2012 07 h 12

      Heureusement pour nous tous!L'urgence d'une commission d'enquête est clairement démontrée et la C.C. ne fait que débuter,nous ne sommes pas au bout de nos peines..((Ce sont les questions qui sont le sel de la vie.Les réponses,il faut s'en garder:elles peuvent tuer.'Benoîte Groult'.))Ces tribuns libéraux devaient quelque peu,s'en douter..

    • Raymond Chalifoux - Abonné 10 novembre 2012 07 h 55

      Ouais! Absolument superbe! Quelle image, ma foi!

      Je vais l'imprimer et la mettre au mur, bien en vue, pour en jouir encore et encore pendant tout le temps que durera cette commission...

      Et la madame du Parti Libéral, celle qui, hier, du "Far East" comme dans Anjou, questionnait l'approche du nouveau ministre Lisée et condamnait Lavallée "par association" devrait (et les Fournier, Bachand, Moreau et cie) se garder une tite gêne car il n'est pas fini, le ménage, il ne fait que commencer... alors faudrait peut-être y aller mollo (comme dans l’arroseur arrosé, mettons…).

      Et pourra-t-on enfin saisir les actifs "illégaux" de ces gens-là comme on le fait pour les biens du crime organisé?
      Ce serait la moindre des choses, il me semble: je roulais hier soir à Montréal sur la rue Drolet entre Jarry et Guizot : la qualité du pavage est digne du pire du Tiers Monde!! Or quand on pense que l’administration s’apprêtait à encore hausser les taxes, quelle honte! C’est à faire une crise de rage – pleinement justifiée – et les Québécois pour des raisons élémentaires d’HYGIÈNE.. ne devraient pas décolérer tant que ce grand nettoyage ne sera pas terminé!
      Y a toujours bien une limite...

    • France Marcotte - Abonnée 10 novembre 2012 08 h 53

      Triumvirat libéral...

      Et il n'y a pas autre chose qui vous saute aux yeux?

    • Jocelyn Gaudreault - Inscrit 10 novembre 2012 09 h 04

      Je suis totalement d'accord avec vous Bernard, j'espère que l'on trouvera les outils permettant un meilleur contrôle dans l'avenir.
      Je crois que la commission aurait intérêt à enquèter dans des municipalités moins importantes en terme de budget. Elle y trouverait probablement les mêmes magouilles dans plusieurs cas.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 novembre 2012 10 h 16

      Une libération vous croyez? Des souris dansent derrière , je crois !

    • Jean-Maurice Demers - Inscrit 11 novembre 2012 03 h 12

      Une petite précision m. Gervais. Dans ce cas, on doit dire un triumverrat.

  • Yves Claudé - Inscrit 10 novembre 2012 03 h 25

    Après la corruption municipale : au tour des “libéraux” !

    Alors que les spots de l’actualité et de la Commission Charbonneau sont braqués sur les affres de la corruption municipale, on a tendance à oublier la corruption et autres dérives éthiques qui ont marqué le régime “libéral”.

    Si les mafieux et autres corrompus qui ont fait partie de la mouvance de ce régime se font discrets, alors que les porte-parole du PLQ nous livrent un mauvais théâtre, fardés d’un blanc qui rappelle plus un certain blanchissage qu’une éthique sans taches, les citoyens ont quand même la mémoire longue, et ils attendent que Justice soit faite.

    Car les pistes policières et journalistiques ne mènent pas seulement au scandale des garderies, à la nomination de juges “partisans”, et autres scandales sectoriels, mais aussi à la même corruption globale, massivement orientée vers l’industrie de la construction, mais surtout intrinsèquement associée aux réseaux criminels actifs en particulier dans l’économie de la drogue et de la prostitution, dans le vol et le racket de la “protection”. Il s’agit donc, selon le lapsus célèbre de Monsieur Jean Charest, de l’«industrie de la corruption» !

    Madame la juge Charbonneau a certainement dans ses dossiers l’ouvrage très édifiant, Mafia Inc, de Messieurs André Noël et André Cédilot, mis à jour et réédité en juin dernier. Des liens explicites ou implicites (du fait de diverses interventions à l’encontre des auteurs) y documenent le financement “libéral”… Nul doute que les travaux à venir de la Commission Charbonneau amèneront une autre mise à jour de ce livre qui devrait faire partie des lectures édifiantes de tout citoyen averti !

    Yves Claudé

    • Jean-Maurice Demers - Inscrit 11 novembre 2012 03 h 20

      M. Claudé, ne croyez-vous pas qu'un jour on devra aussi regarder le monde scolaire, "Pointe-de-l'île", "Lanaudière", "Montréal" et les autres? Partout où on dispose de millions pour de la construction, on retrouve la mafia, la même et unique mafia.