Victoriaville, prosélyte de l’habitation verte

Le concept d’habitation durable gagne du terrain au Québec.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le concept d’habitation durable gagne du terrain au Québec.

Pendant que les autres villes s’emballent pour les écoquartiers et les quartiers verts, Victoriaville a entrepris de verdir ses constructions une par une. Et ça ne s’arrête pas là : elle invite les autres villes à faire la même chose.

Depuis l’an dernier, les gens qui font des demandes de permis de construire à Victoriaville reçoivent un drôle de téléphone de la ville. Une conseillère en marketing les appelle pour leur dire qu’ils sont admissibles à une subvention… si leur résidence respecte des critères environnementaux.


« C’est rare qu’ils répondent que ça ne les intéresse pas du tout », note la jeune femme du nom de Joëlle Ouellette.


Les participants peuvent recevoir entre 3000 $ et 8000 $, selon le nombre de points verts qu’ils récoltent. La ville exige qu’ils se dotent d’appareils Energy Star et qu’ils utilisent de la peinture sans composés organiques volatils. Ils doivent aussi tenir compte des besoins des personnes à mobilité réduite, limiter les changements d’air et recycler au moins 80 % de leurs déchets de construction. S’ils en font davantage, ils récoltent plus de points et la subvention augmente.


Selon le maire Alain Rayes, l’idée est venue des citoyens eux-mêmes. « Des gens me disaient qu’ils voulaient se construire une maison plus verte, mais qu’il n’y avait pas d’expertise ici. » Les gens que ça intéressait « tournaient en rond », raconte-t-il. En attendant « que le marché s’adapte et que les prix de produits baissent », la Ville a donc décidé de « supporter le changement ».


Mais pourquoi ne pas faire des écoquartiers ? « On a remarqué que les écoquartiers étaient basés sur des aménagements des municipalités et qu’il n’y avait pas nécessairement de changements dans le type de construction », dit-il. « On s’est dit qu’avant de se lancer dans les écoquartiers, on allait commencer par travailler avec nos entrepreneurs, nos techniciens, les ingénieurs, les architectes, […] pour voir quelles sont les bonnes méthodes de construction. » Les écoquartiers seraient « l’étape suivante », selon lui. « On a décidé de commencer à la base. […] Les gens ont embarqué, mais c’est quand même des changements assez importants que nous avons insérés. »


Tous les types d’habitations sont touchés, de la maison unifamiliale à l’immeuble d’habitation. L’an dernier, 16 constructeurs ont participé au programme, et en 2012, leur nombre a plus que doublé pour atteindre 8 % de toutes les nouvelles résidences sur le territoire. « Au rythme où vont les choses, d’ici un an ou deux, on devrait atteindre entre 25 et 30 % des résidences », poursuit M. Rayes.


« À 100 habitations, on pense qu’on aura atteint le point de bascule. Tous les constructeurs en auront déjà construit, les gens vont s’être habitués d’en entendre parler […]. Après, on ne peut qu’espérer que ça devienne une habitude et que tout le monde veuille embarquer. »


M. Rayes ne s’en cache pas : l’environnement est aussi une image de marque à Victoriaville. Alors que le compostage commence à peine à s’imposer ailleurs, la Ville fait la collecte des matières organiques depuis déjà 15 ans et est une véritable pionnière du recyclage.


Récemment, elle a lancé un nouveau service de nettoyage des bacs bruns. Toutes les deux semaines, un camion nettoyeur sillonne le territoire pour offrir le service et encourager les citoyens à composter.


Exigences


Mais rien n’est parfait. Malgré son succès, le programme d’habitation durable a déjà dû être modifié. Des entrepreneurs s’étaient plaints parce qu’on imposait des équipements de plomberie Water Sense, explique Joëlle Ouellette. « C’était des produits difficiles à trouver, il n’y avait pas beaucoup de choix et c’était plus dispendieux ». Dès lors, le préalable est devenu une « option ». Même chose pour le recours au bois FSC dans la structure. « On veut provoquer des choses, on veut créer des initiatives, mais on ne veut pas imposer des changements », explique le maire, qui refuse d’y voir un recul. « Nous, on veut que le projet fonctionne. […] Ça faisait que des gens refusaient d’embarquer dans le projet à cause de ça. »


Le programme reste toutefois très exigeant dans ses mesures pour personnes à mobilité réduite. On encourage les constructeurs à poser des interrupteurs plus bas sur les murs et à aménager au moins une salle de bain au rez-de-chaussée. L’absence de sous-sol apporte aussi des points, tout comme les portes plus larges. Ces mesures ne visent pas nécessairement à attirer des particuliers à mobilité réduite, mais plutôt à faciliter la revente et éviter la reconstruction, explique-t-on.


Et quelles sont les technologies les plus populaires ? L’isolation, parce qu’elle mène à des économies d’énergie, explique Mme Ouellete. À ce titre, les participants marquent ainsi des points s’ils recourent à de la fibre de roche plutôt que de la fibre de verre. Ils sont également nombreux à miser sur le bois franc plutôt que sur les planchers flottants parce qu’ils sont jugés plus durables.


Prosélyte, Victoriaville souhaite que son programme soit repris partout au Québec. Déjà deux villes l’ont sollicitée dans ce but. « Une fois qu’on développe une chose à laquelle on croit, on cherche à le partager avec un maximum de gens, dit le maire. Les gens sont fiers de pouvoir dire qu’ils ont construit leur maison d’une façon plus verte. C’est devenu une valeur que les jeunes, en particulier, s’approprient. »


Et ce n’est pas tout, Victoriaville prévoit lancer en 2013 un autre programme du genre ciblant les rénovations, cette fois. « Ça va faire en sorte que tous les citoyens vont avoir accès au programme d’une manière ou d’une autre. »