Gilles Vaillancourt quitte son poste

Gilles Vaillancourt est sorti de son mutisme pour la première fois depuis le 24 octobre, alors qu'il s'était retiré provisoirement de la vie politique, prétextant des ennuis de santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gilles Vaillancourt est sorti de son mutisme pour la première fois depuis le 24 octobre, alors qu'il s'était retiré provisoirement de la vie politique, prétextant des ennuis de santé.

Gilles Vaillancourt tourne définitivement le dos à la vie politique, miné par une enquête majeure de l'UPAC et la multiplication des révélations sur son rôle dans la corruption et la collusion dans l'octroi des contrats à Laval.

M. Vaillancourt était en parfait contrôle de ses émotions au moment de dire adieu à ses concitoyens. Il avait le ton et l'assurance de la bête politique qu'il fut pendant plus de 40 ans. Le maire démissionnaire a passé l'essentiel de son discours à vanter les mérites et l'évolution de Laval, une ville qu'il a façonnée et qu'il aime au plus profond de son cœur. «Je n'avais qu'une seule passion, celle de réussir Laval», a-t-il dit. 


Il a très peu commenté les allégations et les enquêtes dont il est la cible, se disant «profondément blessé». M. Vaillancourt se range dans la catégorie des élus qui ont été marqués au fer rouge par les allégations entendues à la Commission Charbonneau, contre lesquelles il est incapable de se défendre.

Comme à Montréal


À l'image du maire déchu de Montréal, Gérald Tremblay, M. Vaillancourt a lu une courte déclaration en français et en anglais avant de disparaître à tout jamais de la vie publique. Âgé de 71 ans, M. Vaillancourt est la cible d'une enquête sans précédent de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), qui a mené des perquisitions dans ses bureaux de l'hôtel de ville, à ses deux résidences et dans des institutions financières où il détenait une demi-douzaine de coffrets de sûreté. 


Quelques heures après cette troisième perquisition dans les banques, le 24 octobre, M. Vaillancourt a annoncé qu'il partait en congé de maladie pour une durée indéterminée.
M. Vaillancourt est la principale cible de l'UPAC, qui enquête sur la corruption et la collusion dans l'octroi des contrats publics à Laval. Des entreprises de construction choyées par son administration, de même que des firmes de génie-conseil, ont aussi reçu la visite des enquêteurs dans les dernières semaines. 


Si l'on se fie au témoignage de Lino Zambito à la Commission Charbonneau, M. Vaillancourt empochait une ristourne de 2,5 % sur la valeur des contrats. Un homme d'affaires a déclaré au Devoir cette semaine qu'il remettait 15 000 $ par année au maire. «Si tu ne paies pas, tu n'as pas de contrat», a résumé cet homme. Le cabinet du maire a nié les deux révélations, mais M. Vaillancourt lui-même ne l'a jamais fait.

Atmosphère tendue
   

Le président du comité exécutif, Basile Angelopoulos, assurait l'intérim depuis son retrait temporaire. L'exécutif a pris ses distances de M. Vaillancourt dans les dernières semaines, en affirmant notamment que le maire devrait prendre une décision rapide quant à son avenir.


L'atmosphère était tendue à l'hôtel de ville, où les policiers montaient la garde à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice, craignant que des citoyens viennent manifester leur mécontentement à l'égard du maire. Il n'y a cependant eu aucun incident.

Plus de 25 journalistes et des candidats à la mairie et aux postes de conseillers ont écouté son allocution de départ.
11 commentaires
  • Richard Laroche - Inscrit 9 novembre 2012 14 h 09

    Abus de langage

    À ce stade-ci, c'est pas le Maire Vaillancourt qui quitte son poste, on devrait plutôt dire que Vaillancourt a été congédié par le Peuple.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 9 novembre 2012 15 h 24

      Ne me faites pas rigoler. Le «peuple» a élu Gilles Vaillancourt pendant 23 ans et l'élirait encore s'il se représentait.

      Entre un maire plein de «valeurs judéo-chrétiennes» et qui administrait tout croche, et un maire quelque peu croche qui administrait impeccablement, il semble que «le peuple» préfère nettement le second.

      Que voulez-vous? dirait Jean Chrétien qui s'y connaissait. C'est comme ça.

      Desrosiers
      Val David

    • Francois Cossette - Inscrit 9 novembre 2012 16 h 00

      A Pierre-R Desrosiers

      Si je suis votre logique un directeur de banque qui administre bien mais qui vole ses clients vous trouveriez cela acceptable.

      On est vraiment rendu une société avec des valeurs pourries.

  • Daniel Lambert - Inscrit 9 novembre 2012 16 h 17

    Un homme inattaquable

    Gilles Vaillancourt était une institution à Laval, comme jean Drapeau l'a été à Montréal. C'était un homme puissant qui faisait ce que bon lui semble, et même le gouvernement du Québec, au fait peut-être de ses activités, n'a pas osé lever le petit doigt pour le remettre à sa place.

    Si le gouvernement du Québec avait fait sa «job» comme on dit, on n'en serait pas là. On n'a pas fini d'en entendre parler de la collusion et de la corruption jusque dans les plus hautes sphères de la société.

    Mais qui donc disait que certaines personnes progressent dans l'échelle sociale jusqu'à atteindre son seuil d'incompétence?

    Il n'a jamais si bien dit.

  • Richard Dallaire - Inscrit 9 novembre 2012 16 h 32

    Bon débarras

    et de 4.... ( Chrétien, Charest, Tremblay, Vaiilancourt); tous de bons libéraux. Il n'y a rien à pleurer à propos de leur départ ( très suggéré...). Nous nous en sommes enfin débarrassés et c'est la meilleure chose qui pouvait arriver. Il y en d'autres pour exercer très bien ces fonctions dans les divers gouvernements sans se remplir impuniment et sans fin les poches, piger à deux mains dans le ''cookies jar’’, comme les anglo. disent, et voler les citoyens qu'ils représentent.

  • François Dugal - Inscrit 9 novembre 2012 16 h 43

    «Profondément blessé»

    Si le maire Vaillancourt est «profondément blessé», plusieurs payeurs de taxes sont «profondéments choqués».

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 9 novembre 2012 17 h 03

    Votre comparaison boite un peu, M. Cossette.

    C'est vrai que d'un côté Vaillancourt a volé des biens publics, mais d'un autre côté il a administré la ville d'une façon impeccable: les taxes sont raisonnables, la ville s'est doté d'un service de métro et s'est hissée parmi les trois plus grandes villes du Québec. C'est un peu comme si le directeur de la banque, votre personnage inventé, avaient volé ses clients d'une main tout en faisant fructifié au centuple la partie majoritaire de leurs épargnes. Ils ne se plaidraient pas trop...

    Vous êtes pas mal pessimiste; à mon avis la société n'a pas des valeurs plus pourries qu'avant, elle est juste plus informée et plus complexe. Et si je compare avec Tremblay qui n'a sûrement pas volé, fraudé, mais ne voulait rien voir rien savoir et n'a innové en rien, ne faisant pas avancé la ville d'un mètre, je peux comprendre les Lavalois, ce qui ne veux pas dire que j'approuve cet état de fait que ce soit à Montréal, Laval ou Mascouche. Aussi lorsqu'on perd la foi, je ne parle pas nécessairement de la foi religieuse, on perd aussi le sens des valeurs.