Le fondateur de Vision Montréal revient diriger la formation - La nouvelle mission de Pierre Bourque

Pierre Bourque a clos l'épisode de son infructueux passage à l'Action démocratique du Québec (ADQ) comme s'il s'agissait d'un mauvais souvenir. Le voilà de retour à la tête de Vision Montréal, imbu d'une mission, celle de sauver la nouvelle Ville de Montréal, et déterminé à briguer le poste de maire dans un peu plus de deux ans. Mais l'ex-maire revient sur la scène municipale avec quelques égratignures.

Certaines mauvaises langues diront que Pierre Bourque est opportuniste, qu'il sent le vent avant de prendre une décision au sujet de sa carrière et que sa récente incursion en politique provinciale en est le meilleur exemple. Il aurait vu dans la soudaine popularité du chef de l'ADQ, Mario Dumont, une occasion de se frayer un chemin vers le pouvoir. La suite fait déjà partie de l'histoire ancienne: la popularité de Mario Dumont a dégringolé à l'approche du 14 avril, entraînant dans l'abîme la presque totalité de son équipe. Les vedettes, parmi lesquelles Pierre Bourque, n'ont pas été épargnées. L'ex-maire a mordu la poussière dans Bourget avec 17 % des voix, loin derrière la candidate péquiste Diane Lemieux. Après cet échec, il ne s'est pas laissé prier longtemps par les membres de Vision Montréal avant de décider de rentrer au bercail, disposé à remplir le rôle de chef de l'opposition qui paraissait si ingrat il y a quelques mois. C'est ma place, d'autant plus que l'élection du Parti libéral remet en cause tout le dossier d'"une île-une ville"», explique-t-il.

Quand il parle de son attachement pour Montréal, sa propension pour les évocations chargées d'émotion tend à reprendre le dessus. C'est sur le même ton qu'il défendra Montréal sur toutes les tribunes. «Je vais porter la voix de mon parti, la voix de mes tripes, la voix de mon coeur, à garder cette ville unie. J'espère pouvoir faire des propositions qui seront constructives. Je vais aller à Québec et reprendre le bâton du pèlerin, aller dans Ahuntsic, dans Hochelaga-Maisonneuve, je vais faire les assemblées, aller dans les chambres de commerce, voir les communautés culturelles. Je vais aller partout où on va m'inviter», promet-il.

Au sein de Vision Montréal, on ne fait pas grand cas de sa défection passagère. Le président du parti, Richard McConomy, juge tout à fait normal que le fondateur de Vision Montréal revienne diriger la formation. L'ex-maire demeure une personnalité influente et respectée auxquels les Montréalais sont attachés, croit-il. Martin Lemay, qui a pris sa relève comme chef de l'opposition au cours des derniers mois, a maintes fois répété que la lutte aux défusionnistes requérait de l'expérience et que Pierre Bourque demeurait le meilleur homme pour défendre la cause de Montréal.

Batailles en vue

Pierre Bourque saura-t-il faire une différence dans le débat qui s'amorce? Richard McConomy reconnaît d'emblée qu'il sera difficile de prêcher la bonne parole dans les ex-municipalités de banlieue, territoire des défusionnistes où Pierre Bourque n'a pas su s'imposer lors des élections municipales de 2001.

Jean-François Léonard, professeur de sciences politiques à l'UQAM, est loin d'être convaincu que les propos «fleuris» de Pierre Bourque auront un effet significatif à court terme sur l'issue du débat, d'autant plus que c'est bien davantage du côté du parti au pouvoir, l'Union des citoyens de l'île de Montréal (UCIM), que la vraie partie se joue. «Le problème, c'est que le débat est engagé sur une pente où les positions plus centralisatrices de M. Bourque apparaissent comme dépassées. [...] Son discours n'a pas eu de succès dans les ex-banlieues et c'est certain qu'il n'en aura pas davantage aujourd'hui. Il exprime une position où il n'y a pas de compromis, ça passe ou ça casse. De ce point de vue, ça me surprendrait que, telle qu'elle est, cette position redevienne d'actualité dans six mois», explique-t-il. Mais la politique étant ce qu'elle est, peut-être l'ex-maire saura-t-il tirer son épingle du jeu lorsque le processus de consultation référendaire sera amorcé, prédit-il.

Pierre Bourque n'est pas sorti grandi de son passage à l'ADQ, croit M. Léonard. Il aime le pouvoir, mais son flair politique est loin de l'avoir servi cette fois-là. Dans l'entourage de Pierre Bourque, on refuse de voir dans sa défaite cinglante du 14 avril un signe que son étoile a pâli dans le coeur des Montréalais. Denis Gauthier, ex-éditeur du Journal de Montréal et ami de longue date de Pierre Bourque, a sa théorie sur la question, inspirée, dit-il, des commentaires qu'il a entendus dans le comté de Bourget. Les électeurs de cette circonscription de l'est de l'île aiment toujours l'ex-maire, mais s'ils n'ont pas voté pour lui, c'est qu'ils voulaient le voir revenir à l'hôtel de ville. Et Gauthier ne croit pas que cette rebuffade ait réellement atteint Pierre Bourque. «La défaite qui l'a vraiment affecté, c'est celle des élections municipales de 2001, parce qu'il y avait mis toute son âme. Il avait le sentiment que ce qu'il faisait était pour le plus grand bien des citoyens et il voyait bien qu'il ne disposait pas d'assez de temps pour convaincre la population», relate-t-il.

Pierre Bourque n'en est pas à sa première épreuve et il a suffisamment de ressources spirituelles pour retomber sur ses pattes rapidement, confie son ami. Le principal intéressé se contente pour sa part de dire que cette expérience lui a donné un peu d'humilité.

Sa mission

Au mois de juin dernier, estimant que le maire empruntait une voie dangereuse en évoquant l'idée d'accorder un pouvoir de taxation aux arrondissements, les membres de Vision Montréal ont quitté le comité mis sur pied par Gérald Tremblay pour élaborer un modèle de réorganisation municipale.

Pour Pierre Bourque, il y a une limite à faire des compromis. Accorder aux arrondissements des pouvoirs d'emprunt ou de taxation est inacceptable et équivaut à saborder la ville, dit-il. Mais, cette semaine, on apprenait que le maire reculait sur cette question, convaincu qu'un tel pouvoir ferait augmenter indûment la charge fiscale des contribuables. Gérald Tremblay s'est donc contenté de proposer aux arrondissements un simple pouvoir de tarification touchant les services de proximité. «S'il oublie le pouvoir de taxation, je peux dire oui à la tarification», indique Pierre Bourque. De même, il n'est pas contre l'idée que les arrondissements détiennent davantage de pouvoirs en matière de gestion du personnel, dans la mesure où on ne fractionne pas les unités d'accréditation entre les 27 arrondissements.

Mais Pierre Bourque est prudent, d'autant plus qu'on ne connaît que des bribes de la proposition du maire et que les discussions au sein de l'UCIM ne sont pas terminées. Il préfère que Vision Montréal continue de faire bande à part. Ainsi, dit-il, son parti disposera de plus de liberté pour jeter un regard critique sur le modèle proposé par l'administration Tremblay.

Pierre Bourque dit être revenu sur la scène municipale pour de bon. Plus tôt cette semaine, lorsqu'il a annoncé son retour comme chef de l'opposition, il a dissipé les doutes sur son avenir. Fini les considérations vagues, il compte bien se présenter comme candidat à la mairie lors des élections municipales de 2005 si les membres du parti réitèrent leur confiance en lui lors du congrès prévu à l'automne 2004. «C'est un passionné, un homme tout d'un pièce. Et maintenant qu'il revient, il va y aller pour la grande bataille», soutient son ami Denis Gauthier.

D'ici là, la carte de Montréal risque de devoir être redessinée, malgré tous les efforts déployés de part et d'autre pour protéger l'intégrité de la nouvelle ville. Pierre Bourque sait que convoiter à nouveau la mairie ne sera pas de tout repos: «C'est sûr que, pour moi, c'est un moment stratégique. Il ne faut pas que je manque mon coup.»