Occuper le territoire - « Ça prend tout un village pour sauver un village »

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Caravane de l'environnement ou Solidarité rurale: les régions trouvent des solutions pour conserver leur population et maintenir la qualité de leur environnement.

Des sujets aussi importants que la démographie, l'énergie, l'environnement et la vitalité sociale deviennent des enjeux essentiels à la survie d'un peuple et à sa bonne santé sociale. Le Québec est aux prises avec des problèmes de vieillissement de sa main-d'oeuvre, de changements climatiques, de dévitalisation de ses régions — apportant son lot de décrochage scolaire — et la province devra bientôt se concentrer sérieusement sur le développement et l'exploitation de sources d'énergie renouvelables.

La coalition Solidarité rurale naît en 1991, petit rejeton des états généraux de l'agriculture — vite devenus les états généraux du monde rural — menés à l'époque par le président de l'UPA, Jacques Proulx. Lors de ces états généraux, on se penche bien sûr sur le sort de nos agriculteurs, mais rapidement on constate que ce n'est pas seulement l'agriculture qui a mal, mais que c'est tout le village qui est malade. La coalition regroupe des intervenants issus du milieu municipal, des centrales syndicales et du monde coopératif et agricole. L'action commence à porter fruit. Mais un nouveau défi attend la coalition: l'occupation du territoire.

Pour Solidarité rurale et sa présidente, Mme Claire Bolduc, les conséquences d'une saine occupation du territoire sont plus que bénéfiques et se traduisent par des milieux de vie attrayants, des collectivités urbaines et rurales interdépendantes, un engagement dans le développement durable et, finalement, un ancrage culturel qui ravive l'attachement et le sentiment de fierté des gens pour leur milieu de vie. Ce sont les grandes lignes de la conclusion du rapport final de la consultation tenue à l'hiver 2010.

Rassembler

En 2009, il y eut d'abord la réflexion. Une invitation lancée à 22 organisations nationales a donné lieu à une grande assemblée qui, pendant deux jours en mai 2009, a réussi à «dégager des pistes porteuses et une vision rassembleuse». La machine était lancée et l'idée de la consultation nationale venait de naître. L'étape suivante s'est déroulée à l'automne 2009, lorsque les mêmes 22 organisations nationales ont participé à une série d'ateliers pour «mieux cerner les enjeux et les défis auxquels font ou devront faire face les territoires québécois». C'est alors qu'on a élaboré la mise en oeuvre de la grande consultation qui aurait lieu sur le territoire des régions et auprès du grand public.

Mais où en sommes-nous aujourd'hui? Quelles sont les solutions et les propositions con-crètes qui feront en sorte que la population québécoise s'appropriera son territoire? «Les gens appartiennent aux territoires, rappelle Mme Bolduc. Pour se réapproprier nos ressources et notre territoire, nous avons besoin de projets de société, petits ou grands, et quand des leaders de "coeur" proposent un projet inspirant, la collectivité est toujours partante. Ces projets offrent aux gens des espaces de concertation et remettent le débat d'idées au premier plan.»

Et des exemples de solidarité, il y en a! On n'a qu'à penser au petit village de Saint-Joachim, près de Granby, qui a réussi à conserver son école primaire grâce à la volonté de la directrice, soutenue par tous les villageois, ainsi qu'avec la collaboration de la municipalité. Aujourd'hui, Saint-Joachim possède la première école internationale primaire au Québec, de nouvelles familles s'installent au village, tellement qu'on manque de terrains à bâtir!

Du côté de Val-David, dans les Laurentides, une grande épicerie membre d'une bannière, située au centre du village, menaçait de déménager le long de la route 117. Avec la passion de l'artiste René Derouin et l'ouverture d'esprit du propriétaire de l'épicerie, non seulement le déménagement prévu n'a pas eu lieu, mais l'artiste a offert une grande murale qui enrobe aujourd'hui l'épicerie.

Leadership municipal

Un autre bel exemple est ce qui se produit présentement dans la MRC d'Antoine-Labelle avec sa Caravane de l'environnement. L'an dernier, lors du congrès de la Fédération québécoise des municipalités, la MRC d'Antoine-Labelle a remporté le prix Leadership municipal pour son projet de la Caravane de l'environnement. Ce projet est très remarqué, puisqu'il s'est aussi vu décerner le prix Joseph-Beaubien Bronze, catégorie environnement et développement durable, prix remis par l'Union des municipalités du Québec, et, le 2 juin dernier, la Caravane de l'environnement s'est vu attribuer un Phénix de l'environnement.

Avec ce projet, la MRC Antoine-Labelle encourage la population à changer ses habitudes et à adopter des comportements écoresponsables. La MRC fait appel à des biologistes qui, en caravane, partent pour une tournée annuelle dans les

180 classes sur le territoire de la MRC, touchant ainsi plus de 4000 élèves et leurs familles.

Lors de ces rencontres, les biologistes abordent avec les jeunes la majorité des sujets concernant l'environnement: les 3R-V (réduction à la source, réemploi, recyclage et valorisation), la préservation des plans d'eau, de la forêt et des habitats fauniques, l'économie d'eau potable et d'énergie, l'alimentation responsable (agriculture biologique, suremballage, achat local) ainsi que les changements climatiques. On donne aux jeunes des moyens concrets de se mettre en action, relevant ainsi des défis verts.

La MRC a voulu rejoindre toute sa population et ses nombreux villégiateurs avec le message de la Caravane de l'environnement. Pour y parvenir, on a fait appel à la collaboration des médias locaux, à l'aide de chroniques sur les ondes de la radio CFLO ainsi que de pages thématiques dans le journal Le Choix. Les jeunes demandent à la population de poser de petits gestes quotidiens.

«Tout ce projet a démarré grâce à la Fondation pour l'environnement que nous avons ici dans la MRC. Une entreprise était prête à investir dans un projet et les gens du comité de gestion ont alors élaboré le programme de la Caravane de l'environnement», nous dira Roger Lapointe, maire de Mont-Saint-Michel et préfet de la MRC d'Antoine-Labelle. Aujourd'hui, deux ans après son implantation dans la MRC, où en est le projet de la Caravane de l'environnement? «Pour nous, une des grandes surprises, c'est qu'on a réussi à rejoindre toute la population. Aujourd'hui, on constate que l'information circule beaucoup mieux qu'avant le projet», raconte M. Lapointe.

Le mot de la fin revient à Claire Bolduc: «Ça prend tout un village pour sauver un village.»

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Collaboratrice du Devoir

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