Mobilisation - Quatre chantiers plus tard

Michel Bélair Collaboration spéciale
Vue de Victoriaville prise du belvédère du mont Arthabaska
Photo: Source MRC Arthabaska Vue de Victoriaville prise du belvédère du mont Arthabaska

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

La ruralité n'est plus ce qu'elle était. Diversifié, multiple dans ses stratégies d'exploitation comme d'occupation, le territoire rural québécois n'a plus rien de la monocorde réalité du siècle dernier.

Fini le sévère clivage ville-campagne, où le monde fermé sur lui-même et autosuffisant des fermes familiales s'étalait presque partout de la même façon. Trente arpents, de Ringuet, traduisait une réalité qui s'abreuvait beaucoup plus au XIXe siècle qu'à ce qu'allait devenir le Québec.

Stratégies solidaires

À la fin des années 1960, c'est la révolution menant à l'industrialisation de l'agriculture qui a complètement modifié le paysage rural, marqué, depuis, par les différents types de production agricole qu'on y pratique. Aujourd'hui, nos campagnes offrent une réalité beaucoup plus complexe qu'il y a 50 ans. On le sait, les ruraux ont dû faire face à des poussées extérieures majeures, tout en négociant les pressions venues de l'intensification et de la spécialisation: rappelons l'implantation irréversible des banlieues autour des grands centres — et même des moins grands! — et l'arrivée par vagues successives, depuis le début des années 1970, des «néoruraux» et des citadins-campagnards du week-end qui occupent de nos jours de plus en plus d'espace.

C'est tout cela, ces diverses pressions et redéfinitions successives, qui a mené le territoire rural à se transformer profondément. Tellement qu'on ne l'habite plus de la même façon.

Lionel Fréchette le sait fort bien. Maire de la petite agglomération de Sainte-Hélène-de-Chester, il est aussi préfet de la Municipalité régionale de comté (MRC) d'Arthabaska. C'est à lui — et à ses concitoyens, bien sûr — qu'on a remis, l'an dernier à pareille date, le prix Mobilisation des Grands Prix de la ruralité. Précisément parce que, tous ensemble, lui et ses partenaires ont su apporter une réponse concrète, originale et, surtout, solidaire aux tensions qui agitent d'une façon ou d'une autre le milieu de vie complexe que sont devenues nos campagnes.

Dans la MRC d'Arthabaska, on a choisi d'aborder le problème de front et le plus globalement possible, s'il faut en croire le préfet-maire Fréchette. On a décidé là de créer quatre «chantiers» pour mieux saisir et mieux définir l'ensemble de la problématique, comme on dit dans les bureaux de consultants: le chantier de la démographie, le chantier du développement économique et ceux de la cohabitation harmonieuse et de la qualité de vie. Rejoint au téléphone, Lionel Fréchette explique d'abord que ces quatre chantiers définissent assez bien la réalité de sa région.

«En faisant le tour des quatre chantiers, on voit que ça reflète ce qu'on vit un peu partout dans la MRC: la baisse de population, le manque de main-d'oeuvre, le développement de nouveaux services pour les nouveaux arrivants, la cohabitation harmonieuse, chacune de nos collectivités vit ces problèmes-là à sa façon. Dans chacun de ces secteurs, on a commencé par créer des tables de concertation auxquelles participent des gens de tout le territoire et de tous les milieux: plus de 70 intervenants et 35 organismes du territoire sont embarqués et la MRC a octroyé un budget d'un million de dollars sur cinq ans au projet. Un an plus tard, on peut dire que nous avons déjà des résultats concrets.»

Des modèles multiples


M. Fréchette soutient que ces mesures concrètes ont déjà apporté des changements. Il mentionne Internet à haute vitesse, dont l'installation bien coordonnée est pratiquement terminée. Le CLD d'Arthabaska aussi, qui a accouché d'une politique familiale qui s'applique dans 14 municipalités du comté, avec des agents en place un peu partout. Il parle enfin avec fierté d'une brochure sur la cohabitation harmonieuse qui est remise aux nouveaux arrivants et qu'on a tirée à 30 000 exemplaires. Patricia Normand, qui est chargée du projet à la MRC, donne encore plus de détails.

«Notre région connaît une bonne croissance économique, explique-t-elle, mais nous savons aussi que nous manquerons bientôt de main-d'oeuvre. Nous avons donc établi une sorte d'état des lieux avec un portrait des entreprises, des étudiants et des formations professionnelles offertes, en pensant aussi aux travailleurs émigrants que nous voulons accueillir. Sans compter que nous investissons aussi dans l'agrotourisme, la mise en place de services équitables et le développement d'un environnement sain et durable...»

Les solutions, on l'a compris avec les années, ne sont jamais simples et ne s'exportent surtout pas clé en main: chaque milieu est différent dans ses rapports à l'occupation du territoire et dans ses choix économiques. Si un modèle de développement et d'adaptation est valable en un lieu, il ne l'est pas nécessairement dans un autre... et encore moins partout.

On aura ainsi remarqué que le rôle de la culture est assez limité dans les perspectives de développement qu'a évoquées Patricia Normand; la région ne compte pas de salles de spectacles, sauf dans les grands centres, et, dans toute la MRC d'Arthabaska, les seules timides initiatives en ce sens se font encore dans le cadre de l'école. Mais il est pourtant possible de choisir d'investir massivement dans la culture. L'exemple le plus concret est celui de nos cousins bretons de Questembert, que nous rencontrons chaque année à l'occasion du festival de théâtre pour la petite enfance que Le Devoir couvre là-bas, en pleine campagne. C'est un modèle merveilleusement efficace, puisqu'il a déjà contribué depuis cinq ans à provoquer l'établissement massif de jeunes familles dans toutes les petites collectivités membres de la Communauté de communes, l'équivalent de nos MRC. Là-bas aussi on travaille à la ville et on vit à la campagne, pas trop loin...

Le modèle existe aussi chez nous, puisque la culture et la convivialité expliquent une bonne partie de l'attrait qu'exerce le village de Saint-Camille... Mais le moins qu'on puisse dire sans faire de l'ironie, c'est que le choix de la culture comme pôle de développement n'est pas encore très solidement implanté chez nous. Quand on y sera, quand, en plus de l'harmonie, de la cohabitation et de la qualité de vie, le milieu rural pourra aussi attirer des familles de jeunes travailleurs professionnels en leur proposant une offre culturelle de qualité... gageons qu'on sera tout près du but!

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