Préparer la relève - « Ce n'est pas exclu qu'un jour... »

Anne-Laure Jeanson Collaboration spéciale
Isabelle Sabourin (au centre) jumelée à Paulette Lalande, mairesse de Plaisance, en compagnie de Jean Charest, lors du congrès de la FQM en 2010
Photo: Source FQM Isabelle Sabourin (au centre) jumelée à Paulette Lalande, mairesse de Plaisance, en compagnie de Jean Charest, lors du congrès de la FQM en 2010

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Le milieu municipal a été délaissé par les jeunes et le besoin de relève se fait sentir partout au Québec. Pour Élise-Ariane Cabirol, engagée depuis six ans dans son Forum jeunesse, les choses changent tranquillement. «Aux dernières élections municipales, on en a vu qui ont eu le courage d'y aller. Ça rafraîchit beaucoup certains conseils municipaux», pense-t-elle.

Une jeune femme âgée de 28 ans assistera, avec 18 autres curieux, au congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), les 29 et 30 septembre et 1er octobre, à Québec. Ils seront tous jumelés à un élu qui pourra répondre à leurs questions.

Ce programme de jumelage, qui a vu le jour grâce à un partenariat entre la FQM et la Table de concertation des forums jeunesse régionaux du Québec, a remporté un vif succès en 2010. Cinq jeunes avaient alors participé.

Paulette Lalande, mairesse de Plaisance et membre du conseil d'administration de la FQM, espère que le nombre de jeunes doublera chaque année et qu'ils fassent tous de la politique. «À un moment donné, on aura cette relève, qui est très importante», dit-elle.

Transmettre sa passion

Élise-Ariane Cabirol a côtoyé quelques élus dans le cadre de ses activités communautaires. «Ce n'est pas exclu qu'un jour je me dirige vers la politique municipale. Mais je trouve que j'en connais bien peu.» Pour elle, être jumelée à un politicien est une occasion de découvrir une autre facette de ce monde — différente de celle qu'on connaît à travers les médias ou en assistant à une séance du conseil municipal.

«Je souhaite en apprendre plus sur le rôle d'un élu, sur son pouvoir réel et sur la place qu'un jeune peut avoir dans un conseil municipal quand il est entouré de personnes qui ont plus d'expérience», poursuit Mme Cabirol. La jeune femme, originaire de Rouyn-Noranda, espère aussi être avec quelqu'un qui comprendra la réalité de son milieu, qu'elle qualifie de «région périphérique».

Ce jumelage est une excellente formation, selon Paulette Lalande, car, pendant trois jours, les jeunes côtoient des politiciens et assistent à des ateliers qui les guideront dans leur carrière politique.

Mme Lalande, âgée de 70 ans, voudrait transmettre la passion de la politique. «Il faut qu'ils se préparent à aller en politique pour ne pas qu'ils soient déçus.» La préfète de la MRC Papineau souhaite qu'il y ait des formations offertes en région pour que les jeunes viennent écouter et voir comment ça se passe.

«On dit que les jeunes ne s'intéressent pas à la politique, mais c'est peut-être parce qu'on n'a pas trouvé tous les moyens pour les y intéresser. Il faut leur montrer ce qu'ils peuvent apporter pour le développement de leur région.»

Pour une démocratie vivante


«Je peux être un agent de changement, lance Élise-Ariane Cabirol. J'ai plusieurs amies qui hésitent [à faire campagne], peut-être que je vais pouvoir les outiller. Car, si nous voulons une démocratie vivante avec de la diversité et de la représentativité, il faut que tout le monde soit là», estime-t-elle.

Durant ces trois jours, les 19 jeunes sélectionnés par le Forum jeunesse de leur région vont aussi pouvoir développer des liens entre eux. Mme Cabirol espère qu'un réseau prendra forme. «Aux prochaines élections municipales, nous nous dirons peut-être: "OK, on se lance". On s'appuierait sur ce réseau, même si on est dans des régions différentes», note-t-elle.

Mme Lalande estime qu'il est important que les jeunes participent à la vie municipale, car leur vision est différente; ils ont une autre façon de concevoir le développement d'une municipalité. «Souvent, la famille et le loisir sont très importants chez eux. Ils croient beaucoup aux politiques familiales municipales.»

À l'écoute des autres


Le maire de Macamic, Daniel Rancourt, transmettra, quant à lui, le message soulignant qu'à peu près tout le monde peut travailler en politique municipale, dans la mesure où on aime servir les autres.

«Ça ne prend pas des connaissances extraordinaires en administration et en comptabilité. On ne parle pas de grande philosophie dans le monde municipal, on parle de problèmes d'égouts, de chemins, de chiens, des problèmes qui sont juste à côté du citoyen», fait observer ce maire de l'ouest de l'Abitibi.

L'homme, au service de sa ville depuis 1974, insiste: «Dans le jumelage, je souhaite être capable de faire passer le message qu'on est au service des autres. On n'est pas là pour diriger les gens, on est là pour les écouter.» Selon lui, «ça prend une vie pour devenir un bon élu».

Isabelle Sabourin, une femme de 29 ans qui a été jumelée à Paulette Lalande au dernier congrès de la FQM, explique le succès de l'expérience dans un hommage rendu à sa marraine. «Une élue [Paulette Lalande] a crié haut et fort l'importance d'encourager les jeunes [en politique municipale] et ç'a tout déclenché», raconte-t-elle. «Elle a même accroché le premier ministre pour parler avec nous», se souvient Mme Sabourin.

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Collaboratrice du Devoir

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