Formation - Les élus retournent en classe

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Quelques-uns des élus qui se sont vu remettre le diplôme d’administrateur municipal, cohorte de 2010: Jean-Pierre Vallée, maire de Saint-Guillaume; Chantal Hamelin, conseillère de Portneuf; Bernard Généreux, président de la FQM; Denise Matte, conseillère de Deschambault–Grondines; et Ghislain Bolduc, maire de Lambton.
Photo: François Nadeau, photographe Quelques-uns des élus qui se sont vu remettre le diplôme d’administrateur municipal, cohorte de 2010: Jean-Pierre Vallée, maire de Saint-Guillaume; Chantal Hamelin, conseillère de Portneuf; Bernard Généreux, président de la FQM; Denise Matte, conseillère de Deschambault–Grondines; et Ghislain Bolduc, maire de Lambton.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Tous les quatre ans, quelque 8000 élus municipaux sont appelés à assumer leurs fonctions au sein d'un millier de municipalités et de MRC québécoises. On se défendra de penser que, au moment d'entrer en poste, les élus connaissent déjà leur charge sur le bout des doigts. En effet, ceux qui le souhaitent ont la possibilité de se former tout au long de leur mandat.

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dispense une cinquantaine de formations, qui s'inscrivent dans le cadre du diplôme d'administrateur municipal, auquel est venue s'ajouter cette année, à la demande du gouvernement provincial, une formation obligatoire en éthique et déontologie.

Destinées à mieux outiller les élus, ces formations sont con-çues pour s'adapter à leurs besoins et évoluent en fonction des enjeux du moment. «Nous nous devons d'être à l'écoute, explique Charles Normand, coordonnateur aux affaires corporatives et aux services aux membres de la FQM. Un bon programme se base sur des analyses de besoins, des questionnaires ou des groupes de réflexion et il est nourri par les élus et les apprenants. Nous pouvons aussi voir venir certains sujets d'importance dans les pourparlers avec le gouvernement.»

Le diplôme d'administrateur municipal comprend quatre cours obligatoires, un cours de concentration ainsi que plusieurs cours complémentaires en option, donnés aussi bien sous forme de cours traditionnels en classe que par conférences Web. Parmi les sujets abordés figurent le rôle et la responsabilité des élus, la gestion financière, le développement municipal, la gestion des eaux, la communication avec les citoyens et les médias, la gestion des conflits, l'eau potable, le mariage, les loisirs ou encore la prévention de la criminalité.

Au programme

Pour calibrer les formations, tout entre en ligne de compte: l'expérience des élus en poste, la période de l'année, les cycles électoraux ou les sujets chauds du moment. «Le programme repose sur un cycle de quatre ans. Nous savons par exemple qu'en novembre 2013, au moment des prochaines élections, il y aura un raz-de-marée sur la formation traitant du rôle et de la responsabilité des élus.»

Certains sujets interpellent plus particulièrement les jeunes, alors que les plus expérimentés peuvent choisir des cours à la pige. C'est le cas, par exemple, des cours sur la gestion financière: «Une fois qu'un élu a compris les mécanismes de gestion financière de la municipalité, ce n'est pas un domaine qui bouge. Les compétences restent et le besoin de formation ne se renouvelle pas. En revanche, pour bien connaître leur rôle et leurs responsabilités, certains élus plus expérimentés vont suivre les modules 2 et 3 du cours.»

Optionnel, ce diplôme n'en vient pas moins répondre à un besoin sur le terrain, même de la part d'élus chevronnés. «On a toujours des choses à apprendre», soutient Jean-Pierre Vallée, maire de Saint-Guillaume depuis 2005. Aussi, pour pouvoir mieux répondre aux questions et aux demandes des citoyens, cet ancien directeur de collège, aujourd'hui âgé de 62 ans, n'a pas hésité à retourner sur les bancs d'école et a obtenu, en septembre 2010, son diplôme d'administrateur municipal. «Lorsque je m'engage dans quelque chose, j'aime savoir où je vais», confie-t-il.

Parmi les aspects les plus instructifs de la formation, il cite le cours sur les relations entre les élus et la direction générale. «Parfois, on ne sait pas exactement où s'arrêtent nos responsabilités et nos droits. Pour que le travail d'équipe se passe bien, il faut que chacun apprenne à ne pas s'ingérer dans les affaires des autres.» Le bilan? «Le plus important, ç'a été la confiance en soi que cela m'a apportée.»

Éthique et déontologie

La grande nouveauté cette année concerne la formation en éthique et déontologie, qui doit, selon la Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale, être suivie par tous les élus avant le 2 juin 2012. La FQM a commencé à offrir de telles formations dès le printemps 2011. Selon Charles Normand, il s'agit du «plus grand chantier de formation de la FQM jusqu'à maintenant». En tout, «ce sont 7000 élus qui devront recevoir la formation». Celle-ci, d'une durée de six heures, sera dispensée à raison de 160 sessions offertes à travers le Québec.

Quel est le contenu de la formation? «On parle de l'éthique sous l'angle du questionnement», explique Charles Normand. Chaque élu se positionne sur les enjeux éthiques. Nous cherchons à identifier les pièges potentiels et à travailler sur la prise de décisions. À la base de la formation, il y a le volet des valeurs, qui est essentiel dans une société et dans les professions publiques. Nous avons des outils, le code d'éthique proposé, et nous nous basons sur des études de cas auxquels les élus sont confrontés au quotidien, face auxquels ils doivent être bien positionnés. Le volet juridique est également couvert.» Au final, ce sont l'indépendance de jugement des élus à l'égard des intérêts personnels, le favoritisme, la malversation, les abus de confiance ou encore l'utilisation des ressources de la municipalité qui sont dans le collimateur de la loi.

Bonne volonté

Mais, alors que cette formation obligatoire vient répondre à un certain nombre de pratiques douteuses dénoncées chez certains, Charles Normand insiste au contraire sur la bonne volonté des élus municipaux. Inutile, selon lui, de généraliser les critiques et d'entretenir un climat de suspicion générale. «Quelque 7000 personnes investissent du temps dans notre système démocratique, ont de bonnes idées et veulent contribuer. Les problèmes éthiques des municipalités sont des cas rarissimes. C'est dommage que ces cas particuliers viennent déteindre sur l'ensemble des élus.»

Une opinion partagée par Christian Fortin, maire de Batiscan et récemment diplômé de la formation en éthique: «La formation aborde des règles éthiques et des pratiques qui sont déjà appliquées au quotidien par la majorité des élus. La plupart ont à coeur le bien de leur collectivité et de leurs citoyens.»

Alors que la formation en éthique bat son plein cette année, de nouveaux cours viendront prochainement alimenter le catalogue des formations disponibles, notamment autour du développement économique des municipalités et du développement durable. Pour Charles Normand, il s'agit là d'un processus essentiel pour des élus toujours mieux adaptés à une société et à des pratiques qui ne cessent d'évoluer. «L'appareil municipal est de plus en plus complexe. Quand on a le désir de faire avancer les choses, il faut avoir les bons outils.»

***

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo