Les signes religieux bannis du conseil de Saguenay

Un crucifix orne toujours l'un des murs de la salle du conseil municipal de Montréal, où la prière ne se récite plus depuis 1987.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un crucifix orne toujours l'un des murs de la salle du conseil municipal de Montréal, où la prière ne se récite plus depuis 1987.

Le bouillant maire de Saguenay, Jean Tremblay, a essuyé une défaite devant le Tribunal des droits de la personne. Celui-ci vient d'ordonner à la Ville de Saguenay et à son maire de cesser la récitation d'une prière lors des séances du conseil municipal. Le Tribunal les somme aussi de retirer le crucifix et la statue du Sacré-Cœur des salles où se réunissent les membres du conseil municipal.

En juillet 2008, Alain Simoneau, un citoyen athée qui assiste de façon régulière aux séances du conseil municipal, s'est adressé au Tribunal des droits de la personne. Dans sa plainte déposée conjointement avec le Mouvement laïque québécois, il accuse la Ville et le maire Tremblay de porter atteinte, de façon discriminatoire, à sa liberté de conscience et de religion en débutant les séances du conseil municipal par une prière et en exposant des objets religieux dans deux salles où se tiennent les assemblées.

La juge Michèle Pauzé vient de lui donner raison. En plus d'ordonner que cesse la lecture de la prière et que soient retirés les objets religieux, le Tribunal condamne la Ville et le maire à verser 30 000 $ à M. Simoneau pour dommages moraux et punitifs.

Après Laval en 2006, c'est donc au tour de Saguenay et de son maire de se faire rabrouer par le Tribunal des droits de la personne. Mais à Laval, la question des objets religieux ne s'était pas posée puisque la salle du conseil municipal n'en comportait pas. «C'est le premier jugement qui, en matière de symboles religieux, déclare de façon claire et nette qu'une institution publique doit assurer le caractère de neutralité, estime l'avocat de M. Simoneau, Me Luc Alarie. Je vois mal comment une municipalité pourrait à nouveau résister et s'entêter à maintenir des pratiques qui, par nature, sont discriminatoires.»

Le maire Jean Tremblay n'a pas voulu commenter la décision du Tribunal hier. «Profondément déçu et étonné, le maire Tremblay désire s'accorder un moment de réflexion avant de réagir publiquement et entend rencontrer la presse au cours des prochains jours», indique un communiqué diffusé par son cabinet hier après-midi.

Pendant le procès en février 2010, le maire Tremblay avait affirmé son intention de porter la cause en appel s'il perdait. Il avait toutefois nuancé ses propos en octobre dernier lors d'une entrevue accordée au Quotidien, disant que sa décision dépendrait de la teneur du jugement.

Fervent catholique, le maire a fait de ce litigieux dossier une affaire personnelle. «Ce combat-là, je le fais parce que j'adore le Christ, a-t-il déclaré en février 2010. Quand je vais arriver de l'autre bord, je vais pouvoir être un peu orgueilleux. Je vais pouvoir Lui dire: "Je me suis battu pour Vous; je suis même allé en procès pour Vous." Il n'y a pas de plus bel argument. C'est extraordinaire.» Jusqu'à maintenant, cette bataille a coûté plus de 50 000 $ aux contribuables de la ville.

Il est difficile de déterminer le nombre de municipalités québécoises où se récite encore la prière aux assemblées du conseil. L'an dernier, Progrès-Dimanche avait révélé que cette pratique avait encore cours dans 25 des 46 localités de la région du Saguenay.

Président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux pense que la récitation de la prière est vouée à disparaître. «Jean Tremblay est peut-être l'illustration d'une obstination plus élevée que la moyenne, mais même là, on voit bien que ce genre de pratique ne correspond plus aux valeurs de la société d'aujourd'hui, explique-t-il. Je pense que ce qui est souvent une habitude ou une tradition va progressivement disparaître.»

Il ne juge cependant pas approprié de donner des directives aux membres de sa fédération à cet égard. «Il faut prendre acte de ces décisions qui sont assez constantes. Je ne pense pas qu'il y ait lieu d'intervenir ou de donner une directive très ferme là-dessus», dit-il.

Le président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest, croit aussi que les villes doivent demeurer libres de faire ce qu'elles jugent le plus approprié. «On a suggéré à nos membres de remplacer la prière par un moment de réflexion, mais on respecte l'autonomie municipale», a-t-il expliqué.

Rappelons qu'au lendemain du dépôt du rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables en mai 2008, les députés de l'Assemblée nationale avaient voté à l'unanimité une motion pour que le crucifix reste en place dans le Salon bleu.

Un crucifix orne toujours l'un des murs de la salle du conseil municipal de Montréal, où la prière ne se récite plus depuis 1987. Le président du conseil, Claude Dauphin, a indiqué hier qu'une analyse du jugement serait nécessaire avant d'en connaître la portée. Il ne croit pas opportun pour l'instant de retirer le crucifix de la salle du conseil. «Cependant, s'il faut aller devant les tribunaux, c'est une autre histoire», a-t-il dit.

En janvier dernier, l'arrondissement de LaSalle a décidé de remplacer la prière par un texte plus neutre à la suite d'une plainte d'un citoyen.

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Note: une correction a été apportée au 2e paragraphe de ce texte le 12 février, après publication.

37 commentaires
  • oscar Fortin - Inscrit 12 février 2011 06 h 33

    Tout est permis mais tout n'est pas profitable

    Je pense que tous les tenants du maintien d'une expression religieuse dans le cadre des activités d'état, de gouvernement, devraient lire les propos de l'apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens chapitre 10, versets 23 à 33. Pour le croyant chrétien tout est permis, mais tout n'est pas profitable. Il est invité par Paul à s'ajuster aux divers milieux pour ne pas devenir prétexte de scandale pour les autres.
    "Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l'Église de Dieu, tout comme moi je m'efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés."
    Selon cette pensée de Paul, les chrétiens devraient avoir cette liberté qui leur permet de se glisser dans tous les milieux et de s'y adapter sans créer de scandale par rapport à leur propre foi. "Tout est permis, mais tout n'est pas profitable."

  • Augustin Rehel - Inscrit 12 février 2011 08 h 02

    Les signes religieux

    Les signes religieux catholiques bannis, sans accommodements aucuns, mais si c'était les signes d'une autre religion, la cour trouverait bien un accommodement quelconque.

    Je suis bien déçu de l'attitude inéquitable des tribunaux canadiens et québécois: ils font tout pour que l'identité de la nation québécoise disparaisse ... alors que d'autres travaillent à lui donenr une identité qui n'est pas la notre.

  • alen - Inscrit 12 février 2011 09 h 15

    Ça s'peut tu?

    Décidément, on peut avoir encore pire que Jean Charest!

  • François Dugal - Inscrit 12 février 2011 09 h 38

    Le passé

    J'ai habité Chicoutimi de 1991 à 2007. J'en suis sorti et je suis bien content.

  • Claude Kamps - Inscrit 12 février 2011 09 h 46

    Il serait facile d'être de son temps

    Si le maire veut faire ses prières le matin personne ne sera vexé, c'est son choix de vie, certain on un prie dieux chez eux et pourquoi pas...

    Quand à la minute de prière au début du conseil, pourquoi pas en faire « une minute de silence de réflexion pour se préparer aux décisions à prendre»!!

    Et chacun pourra penser à qui il veut pour se calmer le pompon, qui commence à coûter chère pour rien.