Jeux olympiques - Vu de Vancouver, Québec doit saisir l'occasion

Québec — Vu de Vancouver, le projet d'accueillir à Québec les Jeux d'hiver de 2022 ou 2030 est une occasion extraordinaire. Selon la conseillère municipale Suzanne Anton, la Ville doit toutefois faire attention à une chose: le village olympique.

«Laissez-moi vous dire que, si j'étais à la place de Québec en ce moment, je ferais exactement ce que Vancouver a fait à une exception: je ne prendrais pas en charge le village olympique», lance-t-elle.

Élue pour la première fois en 2005 au conseil municipal de Vancouver (soit trois ans avant le maire actuel Gregor Robertson), Mme Anton siège notamment au Comité responsable de la Coupe Grey de 2011 (qui aura lieu à Vancouver) et s'intéresse particulièrement à la cause du sport amateur.

Selon cette politicienne, les Jeux n'ont pas été un boulet financier pour la Ville, d'abord parce qu'une grande part des dépenses est assumée par la province et Ottawa, mais aussi parce que Vancouver a choisi d'investir dans des infrastructures dont «elle avait besoin de toute façon» et qui allaient par la suite «servir à la communauté».

Le plus parfait exemple en est l'anneau olympique de Richmond (178 millions de dollars), qui accueillait jadis les courses en patins longue piste. Aujourd'hui, il sert de méga-centre sportif où on pratique le basketball, le volleyball et la gymnastique.

«Je suis une personne qui croit beaucoup aux infrastructures, souligne Mme Anton. Je suis ravie qu'on ait aujourd'hui le Canada Line [une ligne de métro de

19 kilomètres reliant Vancouver à Richmond] et le nouveau Centre des congrès. Tout cela est extrêmement positif pour Vancouver.»

Seul gros hic, le village olympique, dont la Ville doit assumer les coûts à 100 % (plus de 700 millions de dollars) à la suite de la crise et des déboires financiers du promoteur Millenium. Créés pour les Jeux, les deux tiers des 733 condos n'arrivent pas à trouver preneurs, ce qui laisse à la Ville une charge financière sans précédent.

«Les erreurs dans ce dossier remontent à une bonne dizaine d'années, quand on a commencé à monter la candidature, explique Mme Anton. La Ville y a vu une occasion de créer le quartier vert dont elle rêvait. Et comme vous vous en doutez, c'est périlleux pour une ville de se mêler du développement immobilier.»

Certes, reconnaît-elle, Vancouver ne pouvait pas prévoir qu'il y aurait une crise financière, mais c'était quand même risqué. «Ce n'est pas évident pour la Ville de ne pas s'en mêler puisque la Ville doit garantir que le village olympique va être prêt à temps pour les Jeux.»

Pour empirer les choses, ajoute-t-elle, le maire de Vancouver a «politisé le dossier», ce qui a contribué à faire de la mauvaise publicité aux condos, qui ne se vendent toujours pas, aussi beaux soient-ils, déplore-t-elle.

En plus de la Ville de Vancouver, le fédéral et le gouvernement de la Colombie-Britannique ont investi des centaines de millions dans les Jeux de 2010. Très au fait de la polémique sur le financement public de l'amphithéâtre de Québec, Mme Anton soutient que des investissements seraient très bien acceptés si l'équipement était dédié aux Jeux.

Enfin, dit-elle, les Jeux ouvrent des portes pour d'autres projets. «Ç'a été un grand moment pour Vancouver. Surtout, ç'a donné à la Ville le goût de tenir d'autres grands événements sportifs. En plus, ç'a vraiment positionné Vancouver sur le plan touristique. L'an prochain, nous allons fêter le 125e anniversaire de la fondation de la Colombie-Britannique et on a l'intention de faire beaucoup de bruit avec ça.»