Les Vaillancourt liés à un lucratif contrat

Gilles Vaillancourt lors de sa conférence de presse de mardi à Laval
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Gilles Vaillancourt lors de sa conférence de presse de mardi à Laval
La Ville de Laval a lancé en août 2004 un appel d'offres pour la construction d'un nouveau quartier général pour la police de Laval. L'objectif est de regrouper tous les services au même endroit, boulevard Chomedey, et d'y annexer un nouveau centre de détention régional. Laval souhaite un partenariat public-privé.

C'est la firme Axor, avec une soumission de 10,3 millions de dollars, qui obtient le contrat. Elle est le plus bas soumissionnaire. C'est un projet PPP clés en main et la Ville s'engage à verser un loyer annuel de 696 000 $ à Axor pendant 30 ans.

Mais les coûts grimpent. Le 7 février 2007, le comité exécutif de Laval approuve une hausse, alors que le projet passe à 13 888 547 $. Le loyer annuel bondit alors de 300 000 $, à 1,09 million de dollars par année. D'autres frais viendront s'ajouter pour la Ville.

La note finale, avec l'achat des terrains, les frais de notaire et d'avocats, ainsi que la construction des deux immeubles, monte à 22 millions de dollars. Il n'a pas été possible hier d'avoir des explications de la Ville de Laval sur la hausse des coûts du projet au fil des ans. Le quartier général a ouvert ses portes en 2008.

Visiblement, ce contrat suscite un malaise. La fille du maire Gilles Vaillancourt, Marie-Josée Vaillancourt, est cadre au Groupe Axor, où elle occupe les fonctions de vice-présidente. En début de journée hier, Le Devoir lui a laissé un message sur sa boîte vocale. Environ une heure plus tard, c'est le cabinet du maire de Laval qui a rappelé, affirmant que Marie-Josée Vaillancourt était occupée en réunion et que celle-ci n'avait joué aucun rôle dans le processus d'attribution du contrat.

Le cabinet du maire précise que Gilles Vaillancourt s'est «retiré» des réunions du comité exécutif lorsqu'il a été question du quartier général de la police, en raison de la présence d'Axor et du lien avec sa fille. «Le maire s'est retiré et n'a pas pris part aux décisions», a dit Pierre Desjardins.

Jointe hier en fin de journée, Marie-Josée Vaillancourt a soutenu au Devoir que sa firme n'a obtenu aucune information privilégiée qui lui aurait permis d'être le plus bas soumissionnaire lors de l'appel d'offres en raison de ses liens familiaux. «Absolument pas. Je travaille depuis plus de 10 ans pour Axor et dans mon contrat, j'ai une clause qui m'interdit de toucher aux dossiers de Laval. C'est clair et je respecte cette entente», a-t-elle dit.

Répétant qu'elle n'est «aucunement liée» à ce contrat en PPP à Laval, Marie-Josée Vaillancourt s'est dite «déçue» d'avoir à défendre son intégrité et celle de son employeur. «Je ne veux pas de problème. Je fais ma vie. Ce n'est pas de ma faute si mon père est maire de Laval. J'ai le droit de gagner ma vie et de travailler. Je n'irai pas dans un autre pays.»

Le frère du maire


Marie-Josée Vaillancourt a dit «ne pas être au courant» que la firme de son oncle — et frère de Gilles Vaillancourt — Benoît Vaillancourt, a obtenu un contrat de design du quartier général de la police.

Selon les informations obtenues hier, c'est Axor, en tant que maître d'oeuvre du projet, qui a choisi ses sous-traitants de gré à gré, dont Vaillancourt associés designers fait partie. Contacté par Le Devoir, Benoît Vaillancourt a dit: «Je n'ai aucun commentaire à faire là-dessus.» Il a brusquement raccroché la ligne, refusant de s'expliquer.

Robert Bordeleau, chef du Parti au service des citoyens de Laval (PSC), qui s'est présenté aux élections contre le maire Vaillancourt en 2009, affirme que «ça fait beaucoup de coïncidences» dans ce dossier, même s'il convient que la Ville doit accorder le contrat au plus bas soumissionnaire lors d'un appel d'offres. «Il y a certainement apparence de conflit d'intérêts. C'est trop. Vaillancourt doit démissionner du comité exécutif», dit-il.

La construction d'un projet en PPP, comme Laval en a pris l'habitude dans les dernières années, augmente les risques, affirme M. Bordeleau. «La Ville donne le contrat et ensuite, l'entreprise choisit ses sous-traitants de gré à gré, sans droit de regard des élus ou des citoyens.» Il ajoute: «Je suis révolté de constater que l'ensemble de ce qui se construit à Laval, pas juste le quartier général de la police, est douteux. J'entends des allégations depuis 17 ans.»

Il n'a pas été possible de parler au maire Gilles Vaillancourt sur ce contrat précis hier.

Dans un tout autre dossier, rappelons que trois groupes liés à la firme Axor ont plaidé coupables cet été à 40 constats d'infraction relativement à la Loi électorale pour des sommes versées illégalement en 2007, 2008 et 2009. Selon le Directeur général des élections, des employés d'Axor ont été utilisés comme prête-noms, se faisant rembourser les dons par l'entreprise, ce qui est interdit par l'article 87.

Le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec en ont bénéficié. Les trois partis, qui ont perçu respectivement 113 500 $, 34 000 $ et 5000 $, se sont engagés à rembourser la totalité des sommes. Les trois firmes du groupe Axor ont acquitté des amendes de près de 88 000 $, mais s'étaient refusées à tout commentaire en août.

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Avec la collaboration de Kathleen Lévesque

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