Vaillancourt, un maire indigné

À l’hôtel de ville de Laval, hier, Gilles Vaillancourt a affirmé devant la presse n’avoir rien à se reprocher.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir À l’hôtel de ville de Laval, hier, Gilles Vaillancourt a affirmé devant la presse n’avoir rien à se reprocher.

Alors que plusieurs chroniques de maires indignes secouent le Québec ces dernières semaines, c'est un maire indigné qui s'est présenté au point de presse organisé hier après-midi à l'hôtel de ville de Laval. Gilles Vaillancourt, maire de Laval depuis 1989, a déclaré n'avoir jamais offert de l'argent à un candidat ou à un élu d'un quelconque parti provincial.

«Ils inventent des choses», a martelé M. Vaillancourt en parlant des députés Serge Ménard et Vincent Auclair. La seule chose qu'il remet aux candidats qui se présentent à son bureau, c'est un document qu'il a lui-même rédigé et intitulé «Comment faire du porte-à-porte», a-t-il affirmé.

Le maire s'est dit «renversé par les allégations» du député bloquiste Serge Ménard qui, dans une entrevue accordée à Radio-Canada et diffusée lundi, a prétendu avoir refusé, en 1993, une enveloppe blanche offerte par M. Vaillancourt contenant des «billets roses», peut-être des «billets de mille».

Le maire de Laval se demande pourquoi Serge Ménard a attendu 17 ans avant de faire ces révélations, qu'il qualifie de fausses. «M. Ménard a fait ça 17 ans plus tard. Et 17 ans plus tard, il se souvient de toutes sortes de petits détails dont personne ne pourrait se souvenir. Je suis renversé de voir qu'un monsieur qui a été ministre de la Sécurité publique et ministre de la Justice [...] sorte quelque chose comme ça.»

«Je ne contribue jamais aux partis politiques provinciaux, a ajouté le maire. Les seules contributions politiques que je fais sont destinées à la formation politique municipale que je dirige. [...] Et des enveloppes blanches, il y en a beaucoup dans mon bureau parce que c'est avec ça que j'expédie mon courrier.»

Quant à Vincent Auclair, le député de Vimont disait hier matin s'être fait offrir une enveloppe par le maire Vaillancourt en 2002. Il ne pouvait affirmer avec certitude que l'enveloppe contenait de l'argent, mais le maire lui aurait dit que son contenu «pourrait l'aider dans le cadre d'une campagne».

Pourtant, le 13 novembre dernier, lors d'un bal viennois, le politicien libéral aurait dit au maire avoir été questionné par des journalistes et leur avoir répondu que M. Vaillancourt ne lui avait jamais proposé d'argent pour sa campagne. «Ces vérités changeantes sont pour le moins inexplicables, pour ne pas dire troublantes», s'étonne Gilles Vaillancourt.

Le maire de Laval a exigé une rétractation immédiate de la part de MM. Ménard et Auclair, sans quoi ils seront poursuivis en justice, a-t-il dit. En fin d'après-midi hier, Vincent Auclair a réitéré sa version des faits.

Faire le ménage

À plusieurs journalistes qui lui demandaient pourquoi deux hommes crédibles de professions juridiques (M. Ménard est avocat et M. Auclair, notaire) auraient inventé cette histoire, le maire s'est contenté de répondre que «ces gens-là ont peut-être des agendas».

Malgré les attaques qu'il a subies ces derniers jours, le maire Vaillancourt ne doute pas que sa crédibilité soit encore «très bonne». «Les gens me font confiance et tant que j'aurai la confiance de la population, je dirigerai Laval», a affirmé le maire, réélu en 2009 alors que Laval affichait un taux de participation de 36 %.

Du côté de l'opposition, Mme Lydia Aboulian, du Mouvement lavallois, estime que MM. Ménard et Auclair n'ont aucun motif de mentir. Les mises en demeure font, selon elle, partie de l'arsenal habituel du maire Vaillancourt pour faire taire ses adversaires: «Il a du pouvoir et il ne se retient pas de l'utiliser.» Elle dit aussi que lors de ses contacts avec les citoyens, ceux-ci dénoncent du favoritisme et du copinage. «Tout ça nous laisse croire qu'il y a des choses louches qui se passent à Laval.»

Mme Aboulian réclame une enquête publique sur le financement des partis politiques, au cours de laquelle le maire devrait se retirer de ses fonctions. Elle croit de toute manière qu'après 21 ans au pouvoir, le maire «a fait son temps».

Richard Bordeleau, le chef du Parti au service du citoyen, réclame carrément la démission du maire, des quatre membres du conseil exécutif et du président de la Société de transport de Laval, Jean-Jacques Beldié. «Ça fait 17 ans que je fais de la politique municipale à Laval et je n'arrête pas d'entendre toutes sortes d'allégations de toutes natures, dit-il. Je pense qu'il est temps qu'on fasse le ménage à Laval et que M. Vaillancourt cède sa place, qu'il aille se reposer.»

En outre, M. Bordeleau affirme demander depuis cinq ans une enquête publique sur l'administration Vaillancourt: «Tout ce que je reçois du ministre des Affaires municipales, ce sont des accusés de réception.»

À Québec et Ottawa


Les politiciens provinciaux ont également commenté l'affaire. Hier après-midi, Pauline Marois souhaitait que le maire de Laval se retire de son poste le temps que la Sûreté du Québec mène une enquête. Le premier ministre Jean Charest reconnaissait le caractère «sérieux et troublant» des allégations, mais ne s'est pas prononcé sur la question de savoir si Gilles Vaillancourt devrait ou non demeurer en fonction.

Pour sa part, la députée libérale fédérale dans Laval-Les Îles, Raymonde Folco, a soutenu hier ne jamais avoir reçu de proposition financière de la part du maire Vaillancourt. Affirmant qu'en politique «tout peut se passer», elle a dit croire Serge Ménard, qu'elle côtoie tous les jours aux Communes. «M. Ménard est un homme intègre. Il a été ministre de la Justice au Québec. C'est un homme que je respecte énormément. S'il l'a dit, ça doit être vrai», a-t-elle soutenu.

En ce qui concerne l'expertise du maire Vaillancourt au sujet du porte-à-porte, nous n'avons rencontré personne qui eut été en contact avec son dépliant. Par contre, le maire Vaillancourt a rédigé en 2009 une note sur Facebook où il mentionne que le porte-à-porte incarne une «grande communion» avec ses citoyens, où «chaque nouvelle rencontre est un moment privilégié de partage». Nul doute que plusieurs citoyens lavallois auront très hâte de questionner le maire au cours d'une telle rencontre privilégiée, à l'occasion de la campagne électorale municipale qui aura lieu en 2013.

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