Les obstacles sur la route de Rob Ford

Rob Ford, maire élu de Toronto<br />
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Photo: Agence Reuters Rob Ford, maire élu de Toronto

L'élection de Rob Ford à la mairie de Toronto, lundi dernier, a créé une onde de choc partout au pays. Mais le politicien, qui a gagné l'appui de nombreux contribuables torontois à coups d'efficaces slogans sur la réduction des dépenses publiques, aura fort à faire pour réaliser ses promesses.

«Stop the gravy train!» n'a cessé de marteler Rob Ford pendant la campagne électorale. Son discours a trouvé une oreille attentive chez les Torontois excédés par l'augmentation des dépenses de la Ville sous le règne du maire sortant, David Miller.

Aussitôt élu, Rob Ford a fait savoir qu'il mettrait rapidement à exécution sa promesse d'éliminer la taxe d'immatriculation de 60 dollars et la taxe de mutation décrétées par son prédécesseur.

«Confronté à la réalité du terrain et conscient du fait que le changement ne se fait pas du jour au lendemain, le discours de M. Ford a déjà commencé à changer», signale toutefois Ian Roberge, politologue au Collège Glendon, à Toronto.

Au lendemain de sa victoire, M. Ford a d'ailleurs réajusté le tir sur la question du transport. Le démantèlement des tramways dans le centre-ville — une «nuisance» pour la circulation automobile, disait-il en campagne — a maintenant peu de chances de se réaliser en raison des coûts élevés d'une telle entreprise, a-t-il lui-même reconnu. Son frère et organisateur politique, Doug Ford, a pour sa part soutenu que les propos du nouveau maire avaient été mal interprétés.

Le nouveau maire a abondamment parlé de mettre la hache dans le budget de la Ville afin de le réduire du tiers d'ici quatre ans, mais il est demeuré vague quant aux moyens qu'il prendra pour y parvenir. «La réalité, c'est qu'il n'a pas de programme!» tranche M. Roberge.

Journaliste de Radio-Canada à Toronto, Michel Bolduc reconnaît que le programme de M. Ford manque de précision. «Je pense tout de même qu'il a une bonne idée des programmes où des compressions pourraient être effectuées, car il siège comme conseiller municipal depuis dix ans, explique-t-il. Mais en raison de la dynamique du conseil municipal, où il n'y a pas de partis politiques, il devra, pour chaque vote, convaincre les autres conseillers de l'appuyer. Il ne veut pas aller trop rapidement, mis à part en ce qui a trait aux mesures populaires comme l'abolition de taxes.»

Populiste, pas de droite

Rob Ford, un politicien de droite? Ian Roberge n'est pas de cet avis. «Je pense que c'est une forme de populisme et ce n'est pas la même chose. Trop souvent les gens ne font pas la distinction, dit-il. Il ne faut pas voir dans cette élection des choses qui n'y sont pas. Ce n'est pas un signe avant-coureur de ce qui va se passer sur la scène fédérale.»

Selon lui, les Torontois ont voté en toute connaissance de cause, conscients de ses écarts de langage et de conduite — M. Ford avait été arrêté en Floride en 1999 pour conduite en état d'ébriété — et ils connaissent bien le personnage. «Lundi, ce n'était pas une erreur ou un coup de chance. C'était, selon moi, un choix très conscient», résume M. Roberge.

Reste que le personnage peut paraître rustre pour de nombreux observateurs.

Mardi, il a même interrompu brusquement une entrevue téléphonique qu'il accordait à l'animatrice de l'émission As It Happens de CBC, plus préoccupé par son équipe de football qui s'entraînait à ce moment que par l'interview. Mépris ou malentendu? La question demeure encore sans réponse.