Les Torontois s'apprêtent à élire un maire de droite

Le candidat Rob Ford estime que les tramways de Toronto ralentissent le trafic au centre-ville.<br />
Photo: Agence Reuters Peter Jones Le candidat Rob Ford estime que les tramways de Toronto ralentissent le trafic au centre-ville.

Les Torontois sont en colère contre leurs élus. Ils en ont assez des taxes, des services déficients, de la congestion routière, des transports en commun inadéquats. Ils sont tellement fâchés qu'ils envisagent d'élire un maire populiste et de droite, aux accents homophobes, qui croit que la ville ne peut plus recevoir davantage d'immigrants et que les vélos n'ont pas leur place sur la chaussée.

Conseiller depuis 10 ans, farouche partisan de la réduction du compte de taxes et de la taille du gouvernement municipal, Rob Ford est un personnage coloré. Trop, aux yeux de certains qui commencent à s'inquiéter de sa popularité dans la course à la mairie de Toronto. Et populaire, il l'est.

Selon un sondage Nanos Research publié cette semaine, il serait le candidat en qui les gens auraient le plus confiance, celui qui représenterait le mieux leur ville et, surtout, celui que 45,8 % des électeurs décidés préféreraient voir à la mairie. Il devance son plus proche adversaire, George Smitherman, par plus de 24 points.

Ses principaux rivaux ne sont pourtant pas des amateurs. En plus de George Smitherman, ancien vice-premier ministre et ministre des Finances de Dalton McGuinty, on compte Joe Pantalone, ancien maire adjoint, et Rocco Rossi, ancien directeur du Parti libéral du Canada et de la Fondation des maladies du coeur. Seulement voilà, ils sont quatre, tous plus à gauche que M. Ford, ce qui l'avantage, explique Nik Nanos. Aucun n'arrive à percer, même dans le coeur de la ville fusionnée depuis 12 ans. Rob Ford, ancien conseiller d'Etobicoke, est le favori partout et chez presque toutes les catégories d'électeurs.

Le feu aux poudres


Ce succès fait dire au politologue Myer Siemiatycki, de l'Université Ryerson, qu'«une étrange atmosphère plane sur la ville». Car Bob Ford sème la controverse. Dans un débat, le mois dernier, l'homme de 41 ans a affirmé que Toronto, la ville la plus multiculturelle du pays, n'avait plus la capacité de recevoir davantage d'immigrants. Il y a deux ans, il avait dit que les Orientaux travaillaient comme des «chiens», expliquant ensuite qu'il s'agissait d'une expression familiale pour dire «travailler fort».

Au fil des ans, il s'est opposé au financement de voies cyclables parce que, selon lui, «les routes sont faites pour les autobus, les autos et les camions». «Mon coeur saigne quand quelqu'un est tué, a-t-il dit, mais c'est leur faute, au bout du compte.» Il s'est opposé à la présence d'un refuge pour sans-abri dans son quartier. Il s'est aussi opposé au financement de programmes de prévention du sida parce que cette maladie, disait-il, pouvait être évitée. «Si vous n'utilisez pas de seringues et que vous n'êtes pas gai, vous n'aurez pas le sida, fort probablement.» Quant aux femmes atteintes, il se demandait si ce n'était pas parce qu'elles couchaient avec des hommes bisexuels.

Il a eu quelques démêlées avec la justice en 1999, en Floride, pour conduite en état d'ébriété et possession d'une petite quantité de marijuana. Il a aussi eu des accrochages avec le commissaire à l'éthique de la Ville, le dernier cet été. Il a été blâmé pour avoir utilisé du papier portant son en-tête de conseiller afin de solliciter des fonds pour sa fondation privée, qui soutient des équipes de football en milieu scolaire.

Le bon moment

Mais Rob Ford a toujours pourfendu les dépenses et les taxes. Or, depuis quelques années, les Torontois se sont fait imposer une taxe annuelle de 60 $ pour l'immatriculation de leur voiture, une taxe pour le transfert d'une propriété, sans compter l'éternelle hausse des impôts fonciers. On disait vouloir assainir les finances de la Ville. Pourtant, les dépenses ont continué de grimper, des fêtes de départ ont eu lieu aux frais des contribuables, certains projets de transport ont connu des ratés et la Ville est toujours dans le rouge. Une grève, l'an dernier, a privé la Ville de la collecte des déchets et de plusieurs services essentiels pendant un mois. Un an plus tard, les élus se sont accordé une légère hausse de salaire, alors que les employés non syndiqués, eux, ont subi un gel.

L'an dernier, un sondage montrait que seulement 12 % des Torontois jugeaient que la Ville utilisait bien leurs taxes, le plus bas score dans tout le pays. Un ras-le-bol bien réel que M. Ford a exploité efficacement. Le mantra de l'ancien conseiller est la protection du contribuable, ce qui se traduit par des promesses d'élimination de certaines taxes, de réduction de dépenses, mais aussi de meilleurs services, d'une ville propre et sûre et d'un plan de transport ambitieux. Il s'engage à jeter aux oubliettes le plan actuel avec ses tramways, qui, dit-il, ralentissent le trafic, et son train léger. M. Ford préfère acheter des autobus peu polluants et construire des stations de métro dans l'est de la ville. Il assure qu'il peut prolonger le métro de 10 stations à temps pour les Jeux panaméricains en 2015 et au même prix que dans le plan actuel.

Dernier droit


Myer Siemiatycki comprend l'état d'esprit de ses concitoyens, mais «le diagnostic laisse perplexe. C'est comme si le patient souffrait d'hypocondrie et optait pour le remède le plus drastique.» Le ralentissement économique qui n'en finit plus à Toronto pourrait expliquer en partie cette grogne. Mais, peu importe ce que fait M. Ford, il reste en avance. «Les Torontois sont fâchés, empreints de ressentiment, et ils veulent un candidat à cette image», avance le professeur, après s'être demandé s'il n'y avait pas là un peu de contagion issue du mouvement populiste américain Tea Party.

Le sondeur Nik Nanos croit au contraire qu'il s'agit d'un phénomène purement local. Les Torontois sont en rogne contre la Ville et ont trouvé un candidat qui canalise leur colère. «Rob Ford est arrivé au bon moment, avec le bon message juste et dans une course dont la composition l'avantage.»

La campagne n'est pas finie. Il reste encore cinq semaines, l'équivalent d'une campagne électorale fédérale, rappelle M. Nanos. Des syndicats ont d'ailleurs commencé à donner le mot d'ordre pour lui bloquer la route en se rangeant derrière M. Smitherman plutôt que M. Pantalone, le candidat le plus progressiste. Mais si M. Ford ne s'effondre pas ou qu'aucune solution de rechange ne s'impose, il aura les clés de la mairie torontoise le 25 octobre prochain.

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Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 25 septembre 2010 11 h 49

    Intolérance ontarienne montante et STM

    Wow! Effectivement, l'atmosphère est pour le moins étrange à Toronto et en Ontario. Après le sondage montrant que les Ontariens faisaient partie de ceux qui croyaient le plus que les immigrants menaçaient le bien-être du pays, et le désormais fameux article du McLean's mettant la faute de la corruption sur les séparatistes – étonnant, quand celle-ci est principalement le fruit des partis fédéralistes ! –, maintenant, un maire anti-tramway et homophobe. il y a vraiment quelque chose d'inquiétant qui sort de cette ville.

    Que les journalistes(?) de McLean's se le tiennent pour dit : la corruption n'est pas juste à Montréal et l'intolérance est moins présente au Québec que dans leurs propres bureaux ! Il serait temps que bien des Québécois arrêtent de colporter leurs sornettes et regardent exactement comment eux se comportent, au lieu de faire de l'auto-racisme.

    Au moins, on peut au moins se réjouir de quelque chose à Montréal : le système de transport en commun est bien meilleur qu'à Toronto, d'après les témoignages de Torontois en visite à Montréal. La STM a fait ses devoirs et a amélioré son service. Je fais deux correspondances à chaque voyage à l'Université et je n'ai jamais attendu plus que 5 minutes en journée. Si Toronto a un festival de film international pendant une semaine, nous avons au moins un système de transport plus efficace durant toute l'année !

  • Meg - Inscrite 26 septembre 2010 12 h 48

    La cinquieme candidate

    La candidate Sarah Thomson aurait du etre nommee au quatrieme paragraphe.