Enquête publique sur les opérations de déneigement - Pour les chauffeurs, les angles morts peuvent aller jusqu'à 10 m

Quatre piétons ont perdu la vie l’hiver dernier à Montréal au cours d’opérations de déneigement.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quatre piétons ont perdu la vie l’hiver dernier à Montréal au cours d’opérations de déneigement.

Il est parfois difficile, voire impossible, pour un conducteur de véhicule lourd de voir les piétons qui circulent près de son camion. La question des angles morts a marqué la première journée de l'enquête publique du coroner Luc Malouin sur la mort de quatre piétons au cours d'opérations de déneigement l'hiver dernier.

Le 3 février 2009, lorsque Marc Choquette, au volant de son camion, a amorcé un virage à droite pour s'engager vers le nord dans l'avenue Émile-Duployé, à l'angle de la rue Sherbrooke, deux piétons entreprenaient au même moment de traverser la rue. Happés par le véhicule lourd, Solange Saint-Onge et Jean-Pierre Pinet, âgés respectivement de 72 et 71ans, n'ont eu aucune chance.

Pour le policier Martin Roy, agent de reconstitution de scène, il est clair que les piétons avaient priorité. Mais il a aussi démontré que du haut de son habitacle, le conducteur pouvait difficilement voir les piétons qui se tenaient près du véhicule. Le policier a expliqué que la zone de «non-visibilité» pouvait s'étendre jusqu'à 10 mètres à certains endroits. Selon lui, si le véhicule avait été doté d'un détecteur à infrarouge, l'homme au volant du véhicule aurait pu être averti de la présence des deux piétons. Reste que l'agent Roy a précisé qu'en roulant dans la rue Sherbrooke, le chauffeur aurait pu apercevoir de loin le couple qui marchait sur le trottoir.

De son véhicule stationné à quelques mètres de là, Kenneth Deschênes, un col bleu de la Ville de Montréal, a assisté au drame. Il a affirmé avoir tenté en vain d'attirer l'attention du camionneur à l'aide de son klaxon. Avant d'effectuer son virage, le camionneur avait-il actionné son clignotant? «Je pense que oui», a répondu le témoin. Le conducteur du poids lourd, Marc Choquette, pourra donner sa version des faits puisqu'il témoignera ce matin.

Imprudence d'un piéton

Chauffeur d'une niveleuse, Jean-Denis Payant affirme n'avoir jamais vu Rajaa Benkiran lorsqu'elle est passée devant son véhicule pour traverser la rue Jean-Brillant, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame de-Grâce le 15 décembre 2008. Mme Benkiran, 49 ans, est décédée, happée par le poids lourd. Les policiers venus témoigner hier matin ont affirmé que la victime avait fait preuve de négligence en traversant entre deux intersections, à 50 mètres du passage piétonnier le plus proche.

Les audiences se poursuivront jusqu'à vendredi. Le coroner se penchera aussi sur le cas de Lucie Rivard Lanouette, 76 ans, happée par un camion de déneigement le 3 février 2009 dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville. Au terme de l'enquête publique, Luc Malouin formulera des recommandations visant à améliorer la sécurité entourant les opérations de déneigement.
2 commentaires
  • 93Licar - Inscrite 23 février 2010 09 h 03

    La sécurité lors des déneigements

    J'habite l'arrondissement Ahuntsic, quartier St-Sulpice à Montréal, le déneigement se fait en soirée ou la nuit (19h00 à 07h00) et pourtant, chez nous, des employés à pied précèdent la machinerie de déneigement afin de justement stopper les piétons ou les conducteurs selon le cas, s'il advenait qu'une situation le requiert.

    Les façons de faire sont-elles différentes selon que ce sont les cols bleus ou les employés de l'entreprise privée qui déneigent?

    Placer devant le camion un ou deux employés, que le conducteur pourrait suivre des yeux, permettrait peut-être d'éviter ces malheureuses pertes de vie.

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 février 2010 11 h 34

    Dix mètres de non-visibilité?

    Comment se fait-il que de tels véhicules aient même le droit de circuler en ville? Autrefois, le chargement de la neige se faisait dans des camions plus petits et plus maniables, et personne ne s'en plaignait.