Longueuil - Caroline St-Hilaire prête à tourner la page

Fille d'un ancien conseiller municipal de Longueuil, Caroline St-Hilaire est une ancienne députée bloquiste
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Fille d'un ancien conseiller municipal de Longueuil, Caroline St-Hilaire est une ancienne députée bloquiste

Longueuil s'est donné une mairesse hier soir, une première dans l'histoire de cette ville de la Rive-Sud. C'est en effet Caroline St-Hilaire, ex-députée bloquiste, qui a remporté la course à la mairie, mettant ainsi fin au très long règne du Parti municipal de Longueuil.

À 23h, Mme St-Hilaire, à la tête d'Action Longueuil-Équipe Caroline St-Hilaire, obtenait 52,9 % des votes des Longueuillois, contre 47,1 % pour son rival Jacques Goyette, représentant du Parti municipal de Longueuil. Il s'agissait d'une avance de près de 4000 voix. Au terme d'une bataille qui n'était vraiment pas gagnée d'avance, Mme St-Hilaire a donc mis fin au règne de la formation du maire sortant, Claude Gladu.

Dans son discours de victoire, la native de Longueuil a insisté sur le fait que sa victoire signifie que «le vent du changement a soufflé». Elle a d'ailleurs promis d'engager la Ville «sur le chemin de l'équité, de l'intégrité et de la transparence». Mme St-Hilaire a du même coup tendu la main aux élus de Boucherville, Brossard, Saint-Bruno et Saint-Lambert, leur promettant de «ramener l'harmonie au sein de l'agglomération».

Le maire sortant, M. Gladu, a quant à lui affirmé à la télévision de Radio-Canada que la victoire de Mme St-Hilaire s'expliquait essentiellement par la mobilisation des électeurs bloquistes. Selon lui, il ne s'agit pas d'une critique de son administration.

L'ex-députée fédérale a promis durant la campagne de mettre en place une «véritable politique de développement du territoire». Mme St-Hilaire entend d'ailleurs tenir un sommet sur le développement économique de l'agglomération avec l'ensemble des intervenants du milieu. En matière de grands chantiers économiques, elle souhaite entre autres que Longueuil devienne un important pôle aéronautique.

La nouvelle mairesse compte également élaborer une «politique vigoureuse» de revitalisation des artères commerciales et une «politique d'achat local» pour encourager les citoyens à acheter chez les commerçants de la municipalité. «Longueuil foisonne d'entrepreneurs et il est important de miser sur cette force pour contribuer à la vitalité, à la fierté et au sentiment d'appartenance à notre ville», a-t-elle fait valoir au cours de la campagne.

En matière de transport, un enjeu très important pour la région, Mme St-Hilaire préconise un métro de surface plutôt que souterrain afin d'assurer un meilleur service de transport aux résidants de l'agglomération. «Il faut régler la question des déplacements d'est en ouest, c'est pourquoi nous préconisons une option de surface. Ça va coûter beaucoup moins cher, et Hydro-Québec est prête à financer des études de faisabilité sur des options électriques», a-t-elle expliqué au cours des dernières semaines.

Les questions d'éthique ont toutefois occupé une place très importante durant la campagne et ont probablement coûté des appuis à son rival. M. Goyette, le dauphin de M. Gladu, est en effet conseiller municipal depuis 2005 et vice-président du comité exécutif de Longueuil. Mais il est aussi notaire, une profession qu'il exerce depuis 27 ans dans un cabinet bien établi de la Rive-Sud. Même s'il a quitté ses fonctions de notaire en juillet dernier pour se consacrer à sa campagne électorale, M. Goyette a dû à maintes reprises se défendre d'avoir manqué à l'éthique lors de son premier mandat.

Les principales attaques ne sont toutefois pas venues de son adversaire, mais bien du journal Point Sud, qui a fouillé son passé, épluché les archives et déterré plusieurs résolutions entérinées par les membres du conseil municipal. À quelques occasions, l'aspirant maire aurait participé à des décisions impliquant des promoteurs immobiliers, clients de son étude de notaire.

Caroline St-Hilaire a pour sa part compris le message des électeurs en s'engageant à adopter un code d'éthique assorti de sanctions. Elle a également promis de nommer un protecteur du citoyen et d'offrir l'accès gratuit au réseau de transport en commun pour les aînés.

Les deux partis se sont par ailleurs dits favorables à la protection de l'île Charron, où Québec bloque pour le moment un projet de construction de plus de 2500 logements luxueux. Son rattachement au parc des îles de Boucherville n'a toutefois pas encore été décidé.

Mme St-Hilaire est en outre devenue la première mairesse de l'histoire de Longueuil. Elle avait d'ailleurs plaidé pour une plus grande implication des femmes sur la scène municipale lors d'une récente entrevue accordée au Devoir. «C'est étonnant [qu'il n'y ait pas plus de femmes] parce que la politique municipale nous permet de jouer notre rôle de mère plus facilement. Ce devrait être le premier endroit où les femmes veulent se présenter. On rentre le soir à la maison et on est présente le matin. Ce n'était pas mon cas quand j'étais députée fédérale, j'étais loin de la maison quatre jours par semaine.»

Fille d'un ancien conseiller municipal de Longueuil, Caroline St-Hilaire mesure le chemin parcouru depuis l'époque où son père faisait de la politique. «C'est vrai que c'est un monde traditionnellement plus masculin, c'était frappant à l'époque de mon père, mais ce n'est plus ce que je sens sur le terrain.»


Le Devoir

À voir en vidéo