Un maire Téflon à Laval

En dépit des allégations de collusion qui ont entaché sa campagne électorale, le «maire Téflon», Gilles Vaillancourt, qui règne sans interruption sur son fief depuis 22 ans, a été reporté pour une sixième fois à la mairie de Laval.

La majorité du maire Vaillancourt a toutefois été quelque peu entamée, puisque ses opposants ont réussi à recueillir 40 % des voix, après le dépouillement de la quasi-totalité des bureaux de vote. Aux élections de 2005, le maire Vaillancourt l'avait emporté avec une plus forte majorité, obtenant la confiance de 72 % des Lavallois.

Au moment de mettre sous presse, la jeune candidate à la mairie du Mouvement lavallois, Lydia Aboulian, avait réussi à s'attirer 24 % des voix, alors que Robert Bordeleau, du Parti au service du citoyen, a récolté plus de 15 % du vote populaire.

Le maire qui règne sans partage sur le conseil municipal depuis deux mandats, avec ses 21 conseillers, se prépare à entamer un nouveau mandat sans opposition aucune. Aucun des candidats au poste de conseillers des partis d'opposition n'a réussi à se tailler une place au conseil municipal, qui reste dominé par le PRO des Lavallois-Équipe Vaillancourt.

Un maire intouchable

Les allégations de collusion entre l'administration lavalloise et de gros entrepreneurs n'ont donc pas réussi à ébranler la longévité du maire Vaillancourt, qui est en politique municipale depuis 36 ans et maire de Laval depuis 1989.

Dans la dernière ligne droite de la campagne, le quotidien La Presse avait révélé qu'à Laval, encore plus qu'à Montréal, quelques entrepreneurs-clés se sont partagé la majorité des contrats octroyés par la Ville. L'enquête révélait en outre que huit entreprises se sont partagé 75 % des contrats alloués depuis le début des années 2000. Un ex-fonctionnaire a même confié avoir été informé à l'avance en 2003 des entreprises qui remporteraient un appel d'offres lancé pour la voirie de Laval.

À l'époque, l'enquête menée par la Sûreté du Québec n'avait toutefois abouti à aucune accusation.

En fin de parcours, une affaire de déboisement illégal était aussi venue porter ombrage à la campagne du PRO des Lavallois. Lydia Aboulian, du Mouvement lavallois (ML), et Robert Bordeleau, du Parti au service des citoyens (PSC), ont vivement dénoncé en fin de campagne l'amende ridicule de 582 $ imposée à un promoteur immobilier pour avoir détruit douze hectares de forêt.

Pourtant éclaboussé à plusieurs reprises par d'autres histoires de favoritisme par les années passées, le maire Vaillancourt est resté impassible devant toutes ces allégations et a d'ailleurs refusé, tout au long de la campagne, de participer aux débats électoraux.

En cours de campagne, le maire réélu a promis l'érection d'un centre sportif de 7000 à 8000 places, comportant trois patinoires, au coût de 96 millions, et d'un centre consacré au chant choral et aux arts de la scène (4,3 millions).

Gilles Vaillancourt, qui se targue d'avoir réduit la dette de Laval de 160 millions en dix ans, s'est aussi engagé à investir 112 millions pour construire une usine de transformation des déchets et à injecter 40 millions d'ici à 2020 pour procéder à l'acquisition de terrains et créer des zones protégées. Le maire milite toujours pour la prolongation du métro à Laval et prône l'implantation d'un système d'autobus électrique.

Lydia Aboulian avait appelé la population à donner une opposition forte au maire Vaillancourt. Il semble que ses appels n'aient pas été entendus. La candidate du Mouvement lavallois souhaitait multiplier par quatre les espaces protégés à Laval. Quant à Robert Bordeleau, du PSC, qui avait multiplié les promesses électorales, il prônait l'adoption d'un moratoire sur la construction en milieu humide et avait de grandes ambitions en matière de transport. Il promettait notamment de créer 45 km de voies de tramway le long de l'autoroute 40, un projet évalué au bas mot à 900 millions de dollars.

À voir en vidéo