Montréal - Une ville, une île, une montagne et aussi... un fleuve !

Plan d’aménagement mis de l’avant par la Société du Havre pour la revitalisation du quartier autour de l’autoroute Bonaventure
Photo: Plan d’aménagement mis de l’avant par la Société du Havre pour la revitalisation du quartier autour de l’autoroute Bonaventure

La Société du Havre de Montréal poursuit l'objectif principal de ramener la ville vers son fleuve, duquel celle-ci est coupée depuis des décennies par des infrastructures et des bâtiments. Pour y arriver, elle a préparé et réalisé le plan Vision 2025.

Vision 2025 cible un territoire qui prend place sur une superficie de 10 kilomètres carrés, dont plus de 10 % est constitué de terrains vacants. Son littoral s'étend sur 31 kilomètres de berges. Il est délimité, à l'ouest, par le pont Champlain et, à l'est, par une ligne tracée un peu au-delà du pont Jacques-Cartier. Sa délimitation, au nord, longe la rue Notre-Dame, puis la rue Viger et son prolongement jusqu'aux écluses de Saint-Gabriel, avant de redescendre vers le fleuve. Au sud, le territoire longe les abords du fleuve et comprend les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame.

La Société du Havre fonde son action sur trois axes stratégiques.

- La réappropriation de l'espace riverain. Il s'agit de redonner le fleuve aux citoyens afin qu'ils puissent jouir d'un plan d'eau pleinement accessible pour pratiquer toute une gamme d'activités récréotouristiques, tant sur le fleuve que sur ses berges.

- La réappropriation de l'espace urbain. La reconstruction des secteurs déstructurés par la présence des autoroutes servira à retisser la trame urbaine, à développer l'habitat urbain et à créer un milieu de vie animé.

- Le développement durable. Il est proposé, dans le plan, de concevoir l'avenir du havre dans une perspective de développement urbain durable qui favorise la mixité des fonctions urbaines en assurant leur cohabitation harmonieuse; ce développement privilégie aussi l'habitat urbain émergeant de la diversité sociale.

Dans l'échéancier initial, le début des travaux, qui doivent conduire à transformer en profondeur le havre, est prévu au printemps 2009 et la fin des travaux relatifs à la démolition et à l'aménagement est fixée à 2012. La répartition des investissements sur une période de 20 ans se lit comme suit: de 2006 à 2010, 611 millions, de 2011 à 2015, 1,133 milliard, de 2016 à 2020, 2,135 milliards, et de 2021 à 2025, 2,502 milliards.

Le plan de match

Isabelle Hudon a quitté récemment la présidence de la Cham-bre de commerce métropolitaine de Montréal pour accéder à la tête de Marketel. Elle préside aussi le conseil d'administration de la Cité du Havre: «La principale raison pour laquelle j'ai accepté ce mandat il y a un peu plus de deux ans, c'est parce que je trouvais que Lucien Bouchard avait posé les bases servant à établir une réelle et profonde consultation et concertation de tous les joueurs intéressés au havre; c'est important que ce soit bien fait, parce qu'il y a plusieurs projets au Québec, et particulièrement à Montréal, qui n'ont malheureusement pas vu le jour à cause de certains faux pas sur le plan de la communication.»

À l'intérieur du plan Vision 2025 se retrouvaient une trentaine de projets à réaliser. Mme Hudon et son conseil ont choisi d'éviter l'éparpillement: «On s'est dit qu'on allait les prendre un à la fois et établir des priorités de fond parce que, en les poussant de front, on croyait que rien n'allait se passer. On s'est demandé lequel de ceux-ci serait le plus structurant et le plus porteur pour lancer la revitalisation de ce secteur.» Les dirigeants ont choisi d'emprunter cette voie: «Nous avons choisi l'aménagement de l'autoroute Bonaventure comme prioritaire. On a cru bon de segmenter celle-ci, qui part du pont Champlain à l'entrée du centre-ville, en trois tronçons, dont le premier est l'entrée du centre-ville, de Saint-Jacques au canal de Lachine, le deuxième est celui du pont jusqu'au canal et le troisième est celui du petit bout qui passera au-dessus ou au-dessous du canal par un pont ou un tunnel.»

Dès 2009

Le tronçon 1 relève d'une infrastructure municipale, soit de la Ville de Montréal: «On va déposer, probablement la semaine prochaine, le rapport final sur le réaménagement. On déconstruira l'autoroute surélevée pour la remplacer par un boulevard urbain au sol. Déjà des travaux souterrains ont été exécutés, on a complété toutes les études sur le plan de l'archéologie, de l'environnement, des infrastructures souterraines et des retombées économiques. Dans une dizaine de jours, on fera voir les photos modèles d'un boulevard urbain avec, au centre, parcs et bâtiments; il y aura des immeubles avec des espaces verts meublés et du mobilier urbain et culturel.» L'échéancier qui prévoyait le début des travaux au printemps 2009 est respecté.

Par la suite, une autre priorité apparaîtra dans le décor, toujours dans le but de respecter l'objectif ultime de la Société du Havre, qui est de redonner l'accès au fleuve: «Montréal fait dos au fleuve et face à la montagne. Présentement, on manque toute la richesse du côté riverain et de l'eau. Alors, il est important de réaménager le tronçon 2, soit l'autoroute qui va du pont Champlain au canal; on fera passer celle-ci dans les terres, on détournera le trafic derrière la Cité du cinéma Mel's.» Par la suite, la deuxième phase de développement du Vieux-Port deviendra prioritaire, tout comme sera venu le temps de trouver une vocation au silo 5.

Somme toute, le dossier chemine malgré l'obstacle majeur rencontré, comme le rapporte Isabelle Hudon: «Nous sommes une priorité parmi tant d'autres, car il y a tant à faire à Montréal. Il est évident qu'on doit toujours, toujours être en situation de demande face aux trois ordres de gouvernement, ce qui ne nous rend pas nécessairement la vie difficile, mais ce qui confère beaucoup de lenteur au projet. Il importe de faire preuve d'acharnement, et ça, j'en possède.»

Sous un autre aspect, la récession n'a pas bouleversé l'essentiel du plan en cours: «On a conclu qu'on allait de l'avant avec le projet Bonaventure, mais avec un échéancier plus long.»

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Collaborateur du Devoir

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