Montréal - Un port à la capacité triplée pour 2020

Le port de Montréal a connu une année exceptionnelle en 2008, particulièrement sur le plan du marché des conteneurs, bien que le ralentissement économique se soit pointé au cours des trois derniers mois. En 2009, il s'en tire mieux que ses concurrents malgré la récession. L'Administration portuaire de Montréal (APM) envisage de tripler ses activités d'ici 2020.

«L'année dernière, on était arrivé environ à notre pleine capacité et on devait donc trouver les moyens d'augmenter cette dernière pour répondre à la croissance mondiale, parce que, si nous sommes incapables d'y arriver, les lignes maritimes vont se détourner de nos installations et nous allons nous retrouver en décroissance», lance Jean-Paul Lejeune, directeur des communications de l'Administration portuaire de Montréal (APM). En 2008, le transit de marchandises s'est élevé à plus de 27 millions de tonnes (croissance de 3,9 %), ce qui représente un record de tous les temps.

Dans de telles circonstances, la direction du port a élaboré son plan stratégique, Vision 2020, dans le but d'augmenter largement son potentiel. La situation actuelle requiert la prudence, parce que le premier trimestre de 2009 montre un fléchissement d'un peu moins de 10 %, comme M. Lejeune le laisse savoir: «À la suite de la crise économique, nous avons connu une certaine décroissance, de telle sorte que nous allons revoir tous les projets d'investissement à la lumière de l'évolution des marchés, que nous ne connaissons pas encore. Tout de même, les récessions les plus fortes que nous avons vécues dans le passé n'ont représenté qu'un tout petit arrêt dans la croissance. » Il y aura vraisemblablement des ajustements qui seront apportés, mais il n'en demeure pas moins que les données déjà avancées fournissent une idée juste de l'ampleur du projet qui sera réalisé.

Des milliards de dollars en jeu

Le plan prévoit, sur un horizon de plus ou moins dix ans, un investissement de 2,5 milliards de dollars dans le but de tripler la capacité du port en matière de conteneurs, d'améliorer ses installations pour en faire une destination de croisière intéressante et de développer des nouveaux marchés.

En 2008, un total de 1,47 million de conteneurs (croissance de 7,4 %) ont transité par le port, et ce chiffre pourrait s'élever à 3,6 millions d'ici 2020; en fait, environ 13,3 millions de tonnes de conteneurs ont été manutentionnées durant cette année. Vision 2020, qui s'échelonnera sur quatre phases, est susceptible d'entraîner des retombées économiques de 3,4 milliards de dollars par année; la création de 23 000 emplois est prévue et le projet fournira du travail à 41 400 personnes au total. En mettant de l'avant cette stratégie de développement d'envergure, l'APM entend relever trois défis, soit ceux de la concurrence, qui s'intensifie, des besoins des clients, qui croissent constamment, et de l'augmentation de la capacité, qui est inévitable selon la tendance des marchés.

Les quatre axes de développement prévus sont les suivants.

- Optimiser les infrastructures existantes pour assurer les besoins de capacité à court terme. Objectif: capacité de

2 millions EVP (unité de mesure des conteneurs).

- Réaménager certains terrains actuels en terminaux pour conteneurs d'ici 2013. Objectif: capacité de 2,5 millions EVP.

- Construire un nouveau terminal à Montréal ou à Contrecoeur. Objectif: capacité de

3,5 millions EVP.

- Bâtir une deuxième extension importante d'ici 2020. Objectif: capacité de 4,5 millions EVP.

Les plus et les moins

En fait, le port de Montréal possède trois atouts qui lui valent une place enviable sur les marchés et qui justifient la stratégie de développement adoptée: «Premièrement, il est situé géographiquement à 1600 kilomètres à l'intérieur des terres, à proximité du marché du Midwest et du centre du Canada; ce Midwest figure comme le moteur industriel de l'Amérique du Nord, ce qui est un facteur de première importance. Le deuxième avantage vient du fait qu'on a les temps de transit les plus courts entre l'Europe et la Méditerranée, d'une part, le Midwest et le Canada central, d'autre part. Enfin, on tire profit de notre plate-forme intermodale, qui est très performante et qui est associée aux deux principales compagnies ferroviaires que sont le Canadien National et le Canadien Pacifique; on est un des rares ports dont environ 50 % du trafic par conteneurs part directement sur des trains, ce qui est moins coûteux et plus rapide que l'utilisation de camions.»

Le directeur mentionne deux facteurs qui compliquent les activités du port: «D'abord, on en est arrivé à la limite de nos capacités, mais notre plan Vision 2020 prévoit tripler celles-ci, ce qui nous place sur la bonne voie pour régler cette difficulté. Le deuxième irritant, c'est que le port n'est pas situé en pleine mer; on fonctionne sur le bord d'un fleuve et on est limité à cause de la profondeur de l'eau. Ce problème tend à être réglé de plusieurs façons, dont la principale relève de la largeur des bateaux: ils contiennent maintenant plus de conteneurs mais exigent un moindre tirant d'eau parce qu'ils sont plus larges.» La navigation électronique installée l'an dernier contribue elle aussi à réduire la taille du problème: «Le trafic des bateaux qui sont plus volumineux est facilité par l'apport de cette technologie. On a même réussi à accroître de 40 % le nombre des départs durant la nuit en hiver, ce qui est énorme.»

De retour sur le plan Vison 2020, Jean-Paul Lejeune ajoute cette précision: «On va examiner tous les investissements pour prendre les meilleures décisions, dans le but de répondre aux besoins du marché à temps. Pour l'instant, on ne sait pas trop comment celui-ci va évoluer et on va tout simplement revoir toutes les études de faisabilité, les plans maîtres, etc., en fonction de l'évolution de ce dernier. On a peu de temps pour le faire parce que, durant cette période de décroissance, on n'est plus à pleine capacité; disons que c'est le bon côté des choses.» Quant à l'échéancier, il subira lui aussi les modifications nécessaires.

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Collaborateur du Devoir

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