Fédération canadienne des municipalités - Dix provinces, un seul combat!

Vancouver: «Toutes les grandes villes canadiennes doivent relever des défis communs.»
Photo: Vancouver: «Toutes les grandes villes canadiennes doivent relever des défis communs.»

Si on connaît bien au Québec la situation des municipalités québécoises, qu'en est-il des villes situées ailleurs au Canada? Leurs situations et les enjeux sont-ils les mêmes? Entrevue avec Jean Perrault, président sortant de la Fédération canadienne des municipalités.

On dit au Québec que les municipalités sont les créatures de la province. Est-ce vrai ailleurs au Canada? «Je n'aime pas le mot "créature", car les Villes sont tout de même des gouvernements élus, explique Jean Perrault, mais il est vrai que les municipalités relèvent de la compétence des provinces, ici au Québec comme au Canada.»

Si le statut constitutionnel des villes est le même partout au Canada, est-ce que les responsabilités des villes sont aussi les mêmes? «Oui, il n'y a pas de différence à ce sujet, sauf en Ontario. On se souviendra que le gouvernement Harris a opéré un transfert de responsabilités vers les villes. Il s'agit surtout de responsabilités sociales, comme l'aide sociale, le logement abordable, certains services de santé, comme les services ambulanciers. Mais cette situation est propre à l'Ontario et on ne la retrouve pas ailleurs au Canada. Au Québec, seul Montréal, pour des raisons historiques, assume un peu plus de responsabilités sociales.»

Le gouvernement fédéral

Bien que les municipalités relèvent de la compétence provinciale, le gouvernement fédéral a tout même un rôle à jouer, ne serait-ce que parce qu'il est un important bailleur de fonds. Comment le gouvernement Harper voit-il son rôle auprès des municipalités canadiennes? «La philosophie du gouvernement Harper est de travailler avec les provinces et les territoires. Les gouvernements libéraux précédents avaient une autre démarche. Ils voyaient davantage les villes comme des partenaires et cherchaient à créer des liens plus directs avec les villes. Ce n'est pas le choix du gouvernement Harper.»

Jean Perrault donne en exemple le programme d'infrastructures de 12 milliards prévu au dernier budget, dans le cadre du plan pour stimuler l'économie. «Les municipalités devront transiger avec les provinces pour pouvoir en profiter.»

La ruralité

Les municipalités ne sont pas toutes des grandes villes, plusieurs sont de taille modeste et de nombreuses municipalités sont situées en milieu rural. Et, partout au Canada, les municipalités rurales doivent relever les mêmes défis. «Le phénomène qui se passe partout au Canada en ce qui concerne la ruralité, c'est que les régions rurales se vident de leurs populations, qui migrent vers les plus grandes villes.» Deux raisons, selon lui, expliquent cette situation. Il y a d'abord les jeunes: ceux qui quittent leur région faute d'y trouver un emploi et ceux qui, ayant étudié en ville, choisissent ensuite d'y élire domicile plutôt que de retourner dans leur région d'origine. «Il y a aussi l'effet du vieillissement de la population qui joue ici. Les personnes âgées veulent se rapprocher des services de santé, qui sont la plupart du temps plus facilement accessibles dans les grandes villes.»

La Fédération canadienne des municipalités estime préoccupante la situation de la ruralité canadienne. «C'est la raison pour laquelle nous militons pour qu'il y ait, au sein du cabinet fédéral, un responsable en titre de la ruralité. Il faut absolument mettre en oeuvre les moyens pour encourager la ruralité et la soutenir.»

S'il y a une différence entre le Québec et le reste du Canada en ce qui concerne les milieux ruraux, elle se situe du côté des régions nordiques. «Ici, au Québec, le gouvernement Charest a annoncé son Plan du Nord, par lequel il cherche à développer la richesse économique du territoire. Mais, dans le reste du Grand Nord canadien, ce n'est pas le développement économique qui est à l'avant-plan, mais plutôt la protection de la souveraineté du territoire. C'est un problème qui ne se pose pas au Québec.»

Que ce soit à Toronto, Montréal ou Vancouver, outre la mise à jour des infrastructures, les enjeux des grandes villes canadiennes sont les mêmes. «Toutes les grandes villes canadiennes doivent relever des défis communs. Que ce soit le transport en commun, l'environnement, les gaz à effet de serre, les changements climatiques, toutes les grandes villes sont confrontées à ces problèmes. Il y a aussi des facteurs sociaux propres aux grandes villes, comme l'itinérance et la pauvreté grandissante.» Et ce, sans compter les responsabilités accrues des grandes villes dans des domaines comme le développement économique et la culture.

Si les responsabilités des villes augmentent, les moyens financiers de les assumer demeurent les mêmes. «Pour chaque dollar que le citoyen paye en impôt, toutes taxes confondues, 50 cents vont au fédéral, 42 cents reviennent aux provinces et seulement 8 cents prennent le chemin des villes.» Devrait-on alors octroyer aux villes de nouveaux outils fiscaux autres que la taxe foncière?

«Avant même d'explorer cette avenue, on devrait commencer par asseoir à la même table les trois ordres de gouvernement et amorcer un travail de concertation. Il faut en premier décider quel ordre le gouvernementest le plus apte à fournir tel service. Par exemple, si on décide que les municipalités sont les mieux placées pour gérer le logement abordable, qu'il en soit ainsi et qu'on leur en donne alors les moyens financiers de l'assumer. Un des problèmes que les municipalités ont, c'est que les programmes provinciaux ou fédéraux qui touchent les municipalités sont trop souvent des programmes à court terme qui dépendent souvent de l'humeur du gouvernement: le logement social, une fois, les forces policières, une autre fois, etc. Dans pareil contexte, il nous est impossible de planifier à long terme. Un travail de concertation entre les trois ordres de gouvernement permettrait de mieux partager les responsabilités et les ressources, ce qui se traduirait par une meilleure planification et donc par de meilleurs services à un coût moindre.»

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Collaborateur du Devoir

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