Régions - Le milieu rural québécois est en plein essor

« Prenons le cas de la Gaspésie, par exemple. Mettez-nous un système de transport aérien qui est efficient; mettez-nous une voie ferrée qui fait tout le tour de la Gaspésie — je parle d’une vraie voie ferrée, comme il y en a en Europe — et v
Photo: « Prenons le cas de la Gaspésie, par exemple. Mettez-nous un système de transport aérien qui est efficient; mettez-nous une voie ferrée qui fait tout le tour de la Gaspésie — je parle d’une vraie voie ferrée, comme il y en a en Europe — et v

Le milieu rural québécois est en plein essor et son apport à l'économie de la province est de taille. Voilà en substance ce qu'indique une récente étude conduite par le Conference Board du Canada. Réflexion sur les enjeux ruraux avec Micheline Pelletier, mairesse de Sainte-Anne-des-Monts, et Nathalie Normandeau, vice-première ministre.

Le Groupe de travail sur la complémentarité rurale urbaine, que coprésident Micheline Pelletier, mairesse de Sainte-Anne-des-Monts, et Maurice Richard, maire de Bécancour, a récemment rendu publique une étude, réalisée à leur demande par le Conference Board du Canada, sur la place des collectivités rurales dans l'économie québécoise.

Intitulée Les Communautés rurales: l'autre moteur économique du Québec, cette étude démontre que les collectivités rurales occupent une place de choix dans l'économie québécoise. Il est à noter que ce groupe de travail a été mis sur pied l'an dernier par Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, et ce, dans le cadre de la Politique nationale de la ruralité.

Pourquoi avoir commandé une telle étude? «Eh bien, à la lumière d'une étude qu'avait conduite il y a quelques années le Conference Board du Canada, qui portait sur la place des grandes villes au sein du Canada — et dont les résultats indiquaient que leur apport au développement économique du pays était considérable —, on s'est alors dit, nous, le Groupe de travail, qu'une telle analyse pourrait être faite pour connaître l'apport du milieu rural au développement du Québec. Et les résultats sont très intéressants et positifs. D'ailleurs, elle a permis de briser plusieurs mythes», lance d'un trait Micheline Pelletier.

Des chiffres qui parlent

En effet, selon cette étude, le PIB des milieux ruraux québécois se chiffrait à 47,4 milliards de dollars en 2006. De plus, cette recherche démontre que chaque dollar de production en milieu rural apporte une contribution de 1,48 $ en activité économique au Québec, ce qui représentait 22,5 milliards de dollars additionnels dans le PIB de la province.

À l'instar des résultats en matière d'emploi, l'étude fait remarquer que la croissance du PIB, de 1991 à 2006, s'est avérée plus rapide dans les collectivités rurales que dans les centres urbains. De façon plus spécifique, la croissance annuelle moyenne du PIB de l'ensemble des collectivités rurales s'est chiffrée à 3 % au cours de cette période, comparativement à 2,3 % pour les centres urbains. La croissance économique annuelle moyenne des collectivités rurales situées à proximité d'un centre urbain a été particulièrement forte, s'établissant à 3,6 %, alors que la croissance des autres collectivités rurales, situées loin des grands centres, a été de 2,6 %.

D'autre part, la population vivant en milieu rural et habitant le territoire défini dans la Politique nationale de la ruralité représentait 26,4 % de la population totale en 1991. En 2006, la proportion était de 26,1 %, en légère baisse. Cependant, la croissance annuelle moyenne de la population des collectivités rurales situées à proximité d'un centre urbain a atteint 1,1 % de 1991 à 2006, soit près du double du taux de croissance des centres urbains.

Enfin, on notera que l'emploi a crû à un rythme moyen de 1 % par année dans les collectivités rurales, comparativement à 0,7 % dans les centres urbains, de 1991 à 2006. Au cours de cette même période, précisons que, dans les collectivités rurales situées à proximité d'un centre urbain (telles les régions administratives de Lanaudière et des Laurentides), la croissance moyenne de l'emploi a atteint 1,7 % par année, soit le double de ce qu'elle a été dans l'ensemble du Québec. En clair, cette étude exhaustive de quelque 140 pages fait observer que l'emploi, tout comme la population, s'est déplacé vers les périphéries des centres urbains au cours des 15 dernières années.

Constat plus sombre

Dans cette optique, une autre observation s'impose: plus on s'éloigne des centres urbains et de ses régions périphériques, plus le constat socio-économique s'assombrit, c'est-à-dire dans des régions dites «éloignées» ou «ressources» (pour reprendre l'expression consacrée par l'ex-gouvernement de Bernard Landry) comme la Gaspésie, l'Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord ou encore le Bas-Saint-Laurent. Et ça, la mairesse Pelletier l'admet volontiers.

«Oui, c'est un fait. Ce qu'on voit d'ailleurs, c'est que le développement des régions périurbaines s'est fait le long des axes routiers, des autoroutes. C'est un élément qui est très révélateur. Ça ne fait aucun doute que les régions comme la Gaspésie, la Basse-Côte-Nord et l'Abitibi sont désavantagées en raison de leur éloignement», note Mme Pelletier, qui précise que le développement et l'accès aux infrastructures sont intimement liés au développement d'une région ou d'un territoire.

«Écoutez, prenons le cas de la Gaspésie, par exemple. Mettez-nous un système de transport aérien qui est efficient; mettez-nous une voie ferrée qui fait tout le tour de la Gaspésie — je parle d'une vraie voie ferrée, comme il y en a en Europe — et vous verrez comment on peut mieux développer la région!»

Espoir

Et, malgré le «fatalisme», dit-elle, qui a trop longtemps régné en Gaspésie et qui est consécutif au chapelet de fermetures d'usine au cours des dernières années (Noranda à Murdochville, Gaspésia à Chandler et Smurfit-Stone à New Richmond), à quoi s'ajoute une crise forestière qui s'éternise (600 emplois ont été perdus en Haute-Gaspésie depuis trois ans dans ce secteur seulement), «il y a de l'espoir», fait remarquer Mme Pelletier.

«Il faut se donner un projet de région. Au Québec, malheureusement, il n'y a pas de projet de société. Alors, n'attendons pas un projet de société et offrons-nous un projet de région! Un projet qui embrasse nos spécificités, en tenant compte de nos forces et de nos faiblesses. Faisons fructifier le développement local qui donne un sens à la collectivité dans son appartenance au territoire. La force des régions réside dans son savoir-faire!»

De son côté, la ministre Nathalie Normandeau admet que les régions éloignées sont confrontées à des défis importants, mais elle précise, par contre, que, dans son ensemble, le milieu rural «se porte bien. Et l'un des défis qui se présentent à nous est de parvenir à assurer une complémentarité entre les communautés rurales et urbaines, qu'on a souvent considérées comme deux grandes solitudes ».

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Collaborateur du Devoir

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