Hearst, Ontario - Une ville se réinvente grâce à la bio-économie

La ville de Hearst est une petite collectivité francophone du nord de l'Ontario qui souffre du déclin de l'industrie forestière. Qu'à cela ne tienne, ses six mille citoyens ont décidé de prendre leur destin en main, dans le cadre d'un projet communautaire intitulé «Ensemble, réinventons Hearst».

Le taux de chômage de cette «capitale nationale de l'orignal» dépasse de beaucoup les niveaux nationaux, atteignant vraisemblablement les 15 % par suite de la fermeture de deux usines de fabrication de madriers 2 X 4, indique Stéphane Lapointe, coordonnateur du projet de développement durable à la Corporation de développement économique de Hearst.

Située à 92 kilomètres à l'ouest de Kapuskasing, près de la route 11, Hearst est la ville la plus au nord qui est accessible par automobile en Ontario. La ville est francophone à 96 % et son économie repose principalement sur l'industrie forestière.

«Notre population et nous sommes inquiets puisque notre industrie primaire est en danger, rapporte M. Lapointe. Nous devons donc redévelopper notre économie et nous nous sommes dit: "Si le 2 X 4 ne fonctionne plus, essayons autre chose... Et pourquoi pas développer une bio-économie?"»

Dans le cadre de ce plan, Hearst cherche entre autres à réduire son impact sur l'environnement, notamment en diminuant ses émissions de gaz à effet de serre. «Bien sûr, une petite collectivité comme la nôtre n'a pas vraiment un problème de production de gaz à effet de serre, souligne M. Lapointe. Nous cherchons plutôt à améliorer notre environnement ainsi qu'à diversifier notre économie.» De la sorte, les dirigeants de la municipalité espèrent attirer de nouveaux investisseurs intéressés par une économie nouvelle de qualité.

D'abord, les citoyens

Voilà pourquoi la municipalité cherche en premier lieu à sensibiliser sa population à l'importance d'améliorer la qualité de vie et de préserver l'environnement. Elle a ainsi récemment organisé un sommet intitulé «Pour l'avenir de nos enfants» afin de sensibiliser tout le monde.

«Nous avons organisé ce sommet de façon écoresponsable, indique Stéphane Lapointe, en utilisant par exemple des verres biodégradables. Nous avons aussi encouragé les gens à y venir à pied, au lieu de prendre leur automobile. Nous avons aussi calculé l'empreinte écologique de ce sommet de trois jours; nous avons généré près de sept tonnes de CO2. Or, pour compenser la pollution produite durant le sommet, nous planterons 147 arbres, qui sont actuellement en production et qui seront mis en terre au mois d'août.»

C'est aussi l'occasion pour la collectivité de Hearst de déployer une panoplie d'efforts pour réduire sa production de déchets. Entre autres, la municipalité espère bientôt implanter la collecte des matières recyclables à domicile (pour l'heure, les citoyens doivent volontairement aller les porter dans de gros conteneurs). Elle encourage aussi ses concitoyens à marcher davantage ou à prendre leur vélo, plutôt que l'automobile, «puisqu'ici tout est à dix minutes de marche», illustre le coordonnateur du projet de développement durable.

Pourquoi ne pas viser l'autosuffisance?

Les citoyens de Hearst tentent en outre de transformer leur économie grâce au développement durable, explique Stéphane Lapointe. «La bio-économie, c'est entre autres gérer notre forêt de façon différente pour profiter de toutes les possibilités», dit-il.

Par exemple, à partir de la matière des arbres et de la biomasse, il est possible de produire de l'énergie. «Nous avons un grand potentiel énergétique, dit-il, grâce à notre biomasse, c'est-à-dire en utilisant les branches et les vieux billots qui se trouvent dans les bois.» Il est aussi possible de produire de l'électricité en chauffant la biomasse et même de générer du carburant. Même si, dans ce dernier cas, la technologie n'est pas encore tout à fait au point, les planificateurs de Hearst y songent: «Déjà, des investisseurs considèrent ce genre de projet», rapporte M. Lapointe.

Mais la bio-économie, c'est plus que cela, poursuit-il, puisque la municipalité cherche aussi à faire en sorte que ses concitoyens adoptent une vision globale, «une vision commune d'autosuffisance».

En effet, de concert avec les citoyens, il aspire à ce que la municipalité soit autosuffisante en matière de production d'énergie et qu'elle le devienne le plus possible en alimentation et en eau potable. «À cette fin, il va nous falloir créer une économie d'énergie renouvelable, dont l'énergie solaire, indique M. Lapointe. Et ça commence, puisqu'il y a déjà des entrepreneurs qui ont développé des installations de panneaux solaires. On a même des investisseurs étrangers qui veulent venir bâtir chez nous un parc d'énergie solaire, ce qui va créer de l'emploi.»

Le responsable du plan espère ainsi créer de nombreux emplois, notamment dans la construction, puisqu'il faudra entre autres améliorer l'efficacité énergétique des édifices et des résidences de la ville.

Plus globalement, Stéphane Lapointe espère que, en améliorant l'environnement à tous les niveaux, Hearst attirera l'intérêt de maints investisseurs. «Tout ce que nous mettons en place, dit-il, c'est toujours dans la perspective de devenir une collectivité exemplaire et de démontrer du leadership dans le développement durable d'une collectivité plus verte. De la sorte, nous espérons réinventer notre économie!»

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Collaborateur du Devoir

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