Union des municipalités du Québec - Au temps de l'évolution tranquille...

L'époque où les débats municipaux se limitaient aux travaux de voirie et à l'eau potable est révolue. En 90 ans d'histoire, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) a vu la réalité de ses membres être complètement transformée. C'est que, si les exigences inhérentes à la vie municipale demeurent, certains nouveaux enjeux ont fait leur apparition et, avec eux, l'obligation de revoir les façons de faire et même de penser l'avenir des villes et villages du Québec. Chose certaine, de l'avis de Robert Coulombe, président de l'UMQ et maire de Maniwaki, pour quiconque aspire à contribuer à la société, la politique municipale ne manque pas de défis à relever. Portrait d'une évolution... tranquille.

«Un jour, un ancien élu de l'UMQ m'a offert en cadeau les procès-verbaux des assises de 1951. À ma grande surprise, si l'on changeait les noms et les dates qui figuraient dans les textes, les propos qui étaient relatés auraient pu avoir été dits la veille, tellement ils étaient semblables à ce qui préoccupe encore aujourd'hui beaucoup d'élus. C'est tout le paradoxe de la vie municipale: les choses changent, certaines questions nouvelles émergent, mais les obligations de base restent les mêmes», relate Robert Coulombe, amusé.

Le partage des budgets à l'échelle municipale illustre bien ce changement de réalité. Il y a vingt ans à peine, 100 % des budgets des villes et villages étaient dédiés aux services à la propriété: voirie, aqueduc, etc. Aujourd'hui, affirme le président de l'UMQ, «ces éléments représentent entre 40 et 45 % du budget seulement. Le reste de l'enveloppe va aux logements sociaux, à l'environnement et à d'autres dossiers du même genre. Ça change considérablement les façons de faire les choses.»

Au quotidien, les questions traitées et les débats menés dans les municipalités ne sont effectivement plus les mêmes. Les enjeux relatifs au développement durable, au recyclage, au développement économique et au transport collectif, par exemple, font aujourd'hui partie du discours des citoyens et, par conséquent, des élus. «Les conseils municipaux constituent l'ordre de gouvernement le plus près de la population. C'est donc souvent là que les gens iront en premier pour signifier leurs insatisfactions et demander des changements, admet Robert Coulombe. Ils sont plus informés qu'avant, plus revendicateurs aussi parfois. Quand on travaille comme maire ou conseiller, on se doit par conséquent d'être toujours proactif, à l'affût de ce qui se passe, de ce qui devrait être fait pour que les citoyens bénéficient du meilleur cadre de vie possible.»

Les moyens de ses ambitions

Encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. D'où le désir, toujours actuel, des élus municipaux de diversifier leurs sources de revenus. À ce chapitre, Robert Coulombe affirme accueillir avec satisfaction la décision du gouvernement provincial consistant à maintenir le transfert vers les municipalités d'une partie des revenus de la taxe fédérale d'accise sur l'essence.

La satisfaction du représentant de l'UMQ à ce sujet est d'autant plus grande que ces sommes pourront désormais être utilisées pour la gestion des matières résiduelles et les infrastructures socio-économiques telles que les arénas, les centres communautaires et les infrastructures culturelles. «Auparavant, dit-il, ces fonds étaient dédiés aux travaux d'aqueduc, d'eau potable et de voirie uniquement. Or les besoins dans d'autres sphères sont énormes, que l'on pense seulement à la protection contre les incendies et aux schémas de couverture de risque. Cet élargissement devrait faire une bonne différence.»

Cela dit, le président de l'UMQ ne s'en cache pas, la plupart des élus municipaux du Québec, pour ne pas dire tous, attendent également avec impatience que les sommes destinées à l'amélioration des infrastructures soient rendues disponibles. «Les deux ordres de gouvernements, provincial et fédéral, ont annoncé, dans leurs derniers budgets, que des investissements majeurs seraient faits dans les infrastructures. Les élus municipaux ont été très proactifs. Au Québec seulement, des projets valant quatre milliards de dollars ont été déposés, mais rien n'a encore été fait, entre autres, parce que, jusqu'à tout récemment, les gouvernements fédéral et provincial ne s'entendaient pas.»

L'entente finalement intervenue entre Québec et Ottawa et visant à concrétiser des investissements équivalant à un milliard de dollars, dans le cadre du programme Stimulus, permettra de mettre les choses en branle. Un soulagement pour Robert Coulombe et ses alter ego du monde municipal. «Les citoyens ont été informés que des sommes considérables seraient investies, mais ils ne voyaient rien se concrétiser. Beaucoup posaient des questions et croyaient que tout cela était dû au manque de dynamisme ou d'initiative de leurs maires et conseillers. Là-dessus, dit-il, les élus municipaux étaient unanimes. Ce sont nous qui serons jugés, le 1er novembre prochain, sur la base des réalisations qui ont été accomplies ou non. Il n'était pas question que nous soyons otages plus longtemps de la bureaucratie ou des mésententes entre ordres de gouvernement. Nous avons dit à Québec et Ottawa qu'ils devraient travailler ensemble.»

Solidaires... mais autonomes

Si le président de l'UMQ insiste tant sur la nécessité de collaborer, c'est qu'il ne voit pas comment, dans le contexte économique actuel, il est possible de faire autrement. «Les enjeux, affirme-t-il, sont tellement importants qu'il faut tous travailler ensemble et partager nos expertises.»

Joignant le geste à la parole, l'Union des municipalités du Québec a d'ailleurs profité de ses dernières assises annuelles pour signer un protocole de collaboration avec l'Association des municipalités de l'Ontario. Objectif avoué: échanger avec les élus ontariens sur les dossiers de l'heure, tels que la gestion des matières résiduelles, les changements climatiques, la sécurité civile et le traitement des eaux usées. «Nous voulons partager nos savoir-faire, apprendre et construire des projets communs quand ce sera possible», détaille Robert Coulombe.

En marge de l'alliance établie avec l'Ontario, l'UMQ entend toutefois poursuivre ses représentations en faveur d'une plus grande autonomie financière pour les villes et villages du Québec. Une autonomie qui passe, en premier lieu, par une révision de la fiscalité municipale. Un sujet crucial pour le président Coulombe, parce qu'il pourrait, à son avis, donner tout son essor à l'évolution tranquille qu'ont connue jusqu'à présent les municipalités. «Les municipalités injectent chaque année entre 11 et 12 milliards de dollars dans l'économie québécoise, que ce soit en salaires ou en services à la population. Nous sommes donc des joueurs majeurs. Mais, pour pouvoir continuer de répondre aux attentes des citoyens, de contribuer à la société et d'échanger avec nos voisins, nous devons diversifier nos revenus. Récemment, le gouvernement Charest s'est montré réceptif à cette idée. Il existe diverses façons d'atteindre cet objectif. Nous voulons les examiner et revoir le modèle. Il en va de notre avenir.»

***

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo