L'élu municipal doit faire la preuve de son savoir-faire

Alors qu’au siècle dernier la totalité du budget municipal était accaparée par les services tels la voirie, l’aqueduc ou le service de protection contre les incendies, aujourd’hui ces éléments ne représentent que 40 % à 45 % du budget.
Photo: Jacques Nadeau Alors qu’au siècle dernier la totalité du budget municipal était accaparée par les services tels la voirie, l’aqueduc ou le service de protection contre les incendies, aujourd’hui ces éléments ne représentent que 40 % à 45 % du budget.

En quoi consiste la gestion d'une ville? L'eau, la protection contre les incendies, la patinoire et les rues. Simple, vous trouvez? Mais attention, car cette gestion-là, c'est celle qui prévalait hier encore. Mais, depuis, la situation s'est drôlement transformée. Bienvenue dans le monde municipal du Québec de 2009.

Il n'est point un congrès, une rencontre, une publication qui traitent des affaires municipales sans qu'apparaisse à l'ordre du jour ou au sommaire une inévitable rubrique: comment aborder tous les enjeux et résoudre toutes les questions liés à la fiscalité? Car qui est maire, édile, analyste ou commentateur ne peut que déplorer que les villes aient peu ou pas de marge de manoeuvre, si l'objectif visé est d'améliorer leur situation financière.

Et les citoyens ont à l'oeil leurs élus. Une simple augmentation de taxes, et l'inévitable se produit: aux prochaines élections, en ces premiers jours de novembre, on risque de retrouver un nouveau conseil à la barre de la ville, du village ou de la paroisse. Car si les citadins ou les villageois sont toujours d'accord pour se voir offrir un nouveau service, jamais ils n'acceptent toutefois que l'arrivée de celui-ci se reflète sur le compte de taxes en s'inscrivant comme une modification à la hausse de la somme exigée.

Que faire alors, d'autant plus que les champs d'action des administrations municipales ne cessent de s'agrandir? Comme le fait remarquer Robert Coulombe, président de l'Union des municipalités du Québec, le mandat des villes est devenu, avec les décennies, drôlement différent de ce qu'il était hier. Si, presque tout au long du siècle dernier, le XXe, la totalité du budget municipal était accaparée par les services directs, soit la voirie, l'aqueduc ou le service de protection contre les incendies, aujourd'hui «ces éléments représentent entre 40 et 45 % du budget seulement. Le reste de l'enveloppe va aux logements sociaux, à l'environnement et à d'autres dossiers du même genre. Ça change considérablement les façons de faire les choses.»

Priorités

Ainsi, les dossiers qui ont été inscrits au programme des 90es assises de l'Union des municipalités du Québec comportaient à coup sûr, en ouverture, la fiscalité (et la ministre Normandeau de louer les efforts de son gouvernement: «Il n'y a jamais eu autant d'argent de la part des deux ordres de gouvernement pour le milieu municipal québécois»), mais aussi l'environnement et la ruralité, sans parler de tout ce qui touche au développement, nécessairement durable, ou aux initiatives nouvelles.

Et les élus municipaux savent que leur action transforme les villes. Dans le passé, même s'il fut maintes fois décrié, c'est un Jean Drapeau qui a fait le Montréal que l'on connaît. Récemment, le maire Labeaume à Québec est apparu comme le sauveur des fêtes du 400e local. Et Laval voit un Vaillancourt être reconduit régulièrement comme grand élu, et ce, presque sans opposition, dans cette ville où les fusions sont maintenant chose du passé et où l'objectif à atteindre est de consolider cette ville en deuxième place en taille, voire en importance, au Québec.

Et dans les petites villes, même dans les paroisses (car cette appellation vaut encore pour désigner certains villages), les initiatives sont de mise: un festival de ceci, des fins de semaine de cela, et le mot «culture» est utilisé pour justifier des programmes qui permettent aux commerces d'un lieu d'augmenter leurs recettes.

Transformer et maintenir

La municipalité est le premier ordre de gouvernement pour la majorité des habitants d'un territoire. Et ceux-ci, s'ils souhaitent un monde meilleur, craignent ordinairement que toute modification apportée à l'état des lieux n'entraîne une transformation de l'environnement immédiat: l'expression «Jamais dans ma cour» décrit souvent la réaction première enregistrée à l'arrivée d'un nouveau projet.

Si la prudence ici s'impose, elle ne touche pas que l'implantation de nouvelles activités ou le développement de nouveaux secteurs, qu'ils soient immobiliers, industriels ou commerciaux. Elle s'impose dans l'établissement des budgets, où tous doivent agir en n'oubliant pas qu'au Canada les villes gèrent moins d'un dixième des impôts que leurs concitoyens paient année après année.

Alors, il ne reste que les «taxes» pour rendre les villes riches, moins pauvres, devrions-nous plutôt dire, quand on parle de l'univers québécois. Ainsi, on nous rappelait cette semaine, et c'était à un déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, que Montréal dépend de l'impôt foncier à hauteur de 71 %, quand Toronto affiche une proportion de 42 %, Vancouver, 48 %, et les villes américaines, pas plus de 21 %, pour décrire la totalité des sources de leurs revenus.

Pourtant, ici aussi, on veut les villes plus belles, plus propres, plus saines, plus vivantes, plus culturelles, avec de meilleurs taux affichés en éducation et en formation. On demande encore que l'élu soit un planificateur de premier ordre, liant économie et urbanisme, tout en étant un négociateur capable de convaincre les autres ordres de gouvernement de l'urgence d'agir. Bref, à lui de faire en sorte que là où on vit soit pour les autres un modèle à adopter.

Et que qui souscrit à ces idées sache que bientôt, en novembre, une ville québécoise sur deux connaîtra une campagne électorale locale. Un poste au conseil municipal vous tente-t-il?

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