Persister persuade - Le monde municipal a maintenant une histoire à partager

Persister persuade, écrit par Martin Rivest, n'a rien d'un compte rendu de procès-verbaux pour raconter l'évolution de l'Union des municipalités du Québec. Il s'agit plutôt d'une synthèse critique des 396 années d'histoire des villes du Québec.

Persister persuade, paru le 14 mai à l'occasion du 90e anniversaire de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), raconte l'évolution de l'UMQ au fil de l'histoire et au gré des courants politiques, des crises économiques et des changements socioculturels. La période antérieure à 1919, date de création de l'union, est racontée dans la préface par Jacques Lacoursière, l'historien bien connu.

Ce livre au titre évocateur met aussi en perspective l'importance de la politique municipale, tout en traitant d'enjeux qui marqueront notre avenir et qui sont déjà sur le seuil de notre porte nationale: le développement durable et l'occupation dynamique du territoire.

Martin Rivest croyait que sa synthèse critique — peut-être trop audacieuse — serait mal accueillie par l'UMQ. «J'étais certain qu'elle la refuserait», explique l'auteur, qui avait obtenu carte blanche pour la rédaction de l'ouvrage.

Au contraire, Persister persuade est chaleureusement accueilli par le directeur de l'UMQ, Robert Coulombe, aussi maire de Maniwaki. Celui-ci décrit l'ouvrage comme un «trésor d'information pour qui cherche à connaître l'histoire et l'évolution des grands enjeux ayant animé le monde municipal depuis ses premiers balbutiements, avant même la fondation de l'UMQ».

Le livre ayant été largement distribué au gratin politique, Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, parle quant à elle d'un «ouvrage de référence pour l'ensemble du milieu». De fait, la littérature au sujet de l'histoire des municipalités québécoises demeurait jusqu'à ce jour éparse. Le vide est donc comblé.

Le titre évocateur et annonciateur de la critique de Martin Rivest, Persister persuade, dénonce l'immobilisme de la politique municipale qui, après une dose sans pareille d'obstination avec les autres ordres de gouvernement, débouche cycliquement, à chaque décennie, sur quelques gains. C'est la «conviction secrète de cet acharnement tranquille: persister persuade», écrit-il en début de chapitre.

Les causes de l'«éternisation» des dossiers municipaux — le manque d'autonomie fiscale et de «nerf politique» — sont répétées pour une dernière fois, espère-t-il. La patience — tantôt vue comme une vertu, mais ici surtout comme une tare — est le fondement de son argumentaire.

L'auteur s'engage

L'auteur, Martin Rivest, à la fois philosophe et ethnologue de formation, réfléchit et pense longuement. Étonnamment jeune, il a acquis une expérience lourde d'intensité et de diversité. Dans toute sa fougue, c'est un passionné, un philosophe, un cycliste, un voyageur et un menuisier. Voici, selon ce penseur intrépide, les ingrédients nécessaires à la «cuisine québécoise».

Plus d'autonomie

«On est encore très loin de l'autonomie municipale», explique-t-il, en précisant qu'une politique fiscale serait des plus nécessaires. Pour l'instant, les pactes fiscaux de 2000 et 2006, sorte de conventions collectives des municipalités, ont amené quelques avancées en matière d'autonomie fiscale, telle la diversification des sources de revenus. Ces méandres budgétaires menant à l'autonomie municipale font l'objet d'un chapitre, en plus d'être récurrents tout au long de l'ouvrage.

Persister persuadera peut-être enfin... Ce dossier traîne depuis la Grande Noirceur de Duplessis à cause de ce que l'auteur appelle la «bonification comptable de quelques virgules». Le livre nous apprend aussi que les villes québécoises sont les plus endettées au Canada, en plus de n'avoir aucune légalité constitutionnelle. On peut d'ailleurs lire au 92e paragraphe de la Constitution canadienne que «les provinces [ont] une autorité législative illimitée sur les institutions municipales» (article 8).

Un peu de fierté

«Il faut sensibiliser la société pour que les municipalités deviennent un immense pouvoir politique à part entière», dit-il, expliquant par la suite que ce pouvoir permettrait de développer «un lien communautaire à échelle humaine».

«J'ai compris de fil en aiguille, lors d'un voyage à vélo en Amérique du Sud, ce qu'était la fierté nationale et je me suis dit: "Ici, on a un État, mais pas de pays"», explique Martin Rivest en faisant référence à la Colombie où, au contraire, la fierté nationale est très forte, mais où l'appareil administratif politique est défaillant.

Et pour cause: l'«indétermination politique des Québécois».

«Les Québécois ne sont pas totalement anglo-saxons et pas totalement latins, dit-il. Les Amérindiens et, par la suite, les Anglais nous ont indiqué où habiter. Pour cette raison, notre rapport au territoire ne peut pas être fort; il n'y a pas de mémoire collective», explique celui qui a déjà été professeur d'anthropologie à l'Université de Montréal. Selon lui, des municipalités plus fortes permettraient de consolider ce rapport émotif avec le territoire.

Les Québécois ne sont toutefois pas très attachés à leur ville, selon un sondage réalisé par Léger-Marketing auprès de 30 000 répondants, en mars dernier. En fait, ils sont davantage liés à leur quartier et à leur province et moins à leur municipalité et à leur pays.

Et du nerf

Il faudrait plus de nerf chez les citoyens, mais encore davantage chez les élus, afin que cesse l'«éternisation» des dossiers municipaux. Martin Rivest fait notamment référence à Télesphore-Damien Bouchard — d'abord journaliste, ensuite maire de Saint-Hyacinthe, puis président de l'UMQ dans les années 20 — qui fut un pionnier en matière d'urbanisme: l'homme était si éloquent qu'il faisait des discours de 16 heures!

Ce «nerf politique» doit ensuite se traduire en une union représentant toutes les municipalités de la province. À l'heure actuelle, l'UMQ représente environ 85 % des municipalités au Québec, ce qui divise et amoindrit la force de leurs revendications.

Tous ces ingrédients assainiraient la province et prépareraient les citoyens aux nouveaux enjeux, selon Martin Rivest. «L'occupation du territoire et le développement durable, écrit-il dans son dernier chapitre, invitent les citoyens à penser en commun.»

Que répond-il lorsqu'on lui demande de commenter la candidature de Louise Harel à la mairie de Montréal? Il l'avait interviewée en février dernier au sujet des fonctions de ministre des Affaires municipales et de la Métropole, qu'elle occupa de 1998 à 2002, afin de compléter ses recherches. «Je ne me prononce pas! J'ai de beaux espoirs, dit-il. Il y a beaucoup à faire à Montréal.»

Persister persuade a été imprimé à quelque 2000 exemplaires, qui sont déjà presque écoulés. De nouveaux exemplaires seront imprimés et vendus via Internet.

***

Collaboratrice du Devoir

Persister persuade

Martin Rivest

Union des municipalités

du Québec

Montréal, 2009, 159 pages

À voir en vidéo