Télécabines entre le Vieux-Montréal et Saint-Lambert - Skylink menace d'investir ses 100 millions ailleurs

Le projet de télécabines proposé par Skylink permettrait de relier le Vieux-Montréal à Saint-Lambert.
Photo: Le projet de télécabines proposé par Skylink permettrait de relier le Vieux-Montréal à Saint-Lambert.

À bout de patience, l'entreprise Skylink annoncera ce matin en conférence de presse que son projet de télécabines reliant le Vieux-Montréal et la ville de Saint-Lambert devra avoir débloqué avant le 18 juin prochain, sans quoi elle investira les 100 millions de dollars dans une autre ville de la planète, a appris Le Devoir.

Depuis que Le Devoir a révélé la nouvelle mouture du projet et son blocage par la Société du Vieux-Port, le 25 mai dernier, l'entreprise Skylink ne s'est pas manifestée publiquement. Mais la famille montréalaise Jorgensen, à la tête de la compagnie, prendra la parole ce matin.

Selon nos informations, les Jorgensen entendent mettre toute la pression possible pour que le projet avance, lui qui est bloqué depuis décembre dernier. Skylink espère obtenir une intervention rapide du maire de Montréal, Gérald Tremblay, ou du gouvernement fédéral, pour que le dossier débloque avant le 18 juin. «Si ça ne bouge pas suffisamment, Skylink va fermer son bureau de Montréal et va déménager dans une autre ville plus audacieuse», affirme une source près de l'entreprise.

Ce scénario avait déjà été évoqué avec inquiétude jeudi par la Société de développement commercial du Vieux-Montréal, qui regroupe 2900 commerçants de ce secteur. Les marchands estiment que la Ville de Montréal a besoin d'un tel projet, non seulement pour bonifier l'offre touristique, mais aussi pour compléter l'offre de transport en commun écologique entre le Vieux-Montréal et Saint-Lambert, sur la Rive-Sud.

L'analyse de la Ville de Montréal est prête

Le Devoir a également appris que le comité spécial d'analyse du projet, mis sur pied par la Ville de Montréal le 4 mai dernier, a terminé son rapport la semaine dernière. Le service de développement économique de la Ville n'a pas encore fait de recommandation au comité exécutif. Ce n'est toutefois pas la Ville de Montréal qui a le dernier mot dans ce dossier, puisque Skylink veut installer le départ de son téléphérique (1600 mètres carrés) sur un terrain du Vieux-Port de Montréal, une société de la Couronne fédérale réfractaire au projet.

Le projet de télécabines est en marche depuis trois ans, même s'il a véritablement pris de la vitesse en décembre dernier, avec de nombreux appuis de la communauté d'affaires de Montréal. Skylink prévoit de relier le Vieux-Port de Montréal, le parc Jean-Drapeau et la ville de Saint-Lambert grâce à un système de télécabines qui passerait au-dessus du Saint-Laurent. La capacité serait de 3000 personnes par heure. L'investissement de 100 millions de dollars serait entièrement assumé par des intérêts privés.

Skylink a déniché des partenaires internationaux comme Dopplemayer — 13 000 télécabines dans 78 pays — et le bureau suisse d'ingénieurs Paul Glassey pour mener à bien son projet. Le siège social canadien de Dopplemayer est à Saint-Jérôme.

La Société du Vieux-Port de Montréal a déjà expliqué son refus en affirmant que le projet de Skylink nuirait à ses opérations et menacerait les espaces verts dont elle dispose. «On a clairement exprimé notre position sur ce projet, a expliqué jeudi Michel Rafie, porte-parole de la Société du Vieux-Port. Ça ne cadre pas avec notre vision. On ne s'oppose pas à l'implantation du téléphérique ailleurs à Montréal, mais pas sur nos terrains.»

Skylink rétorque qu'elle a besoin d'un petit terrain dans un secteur touristique et qu'elle a substantiellement modifié son projet en février dernier pour tenter de trouver un compromis avec la Société du Vieux-Port. La société fédérale a toutefois refusé de procéder à une nouvelle analyse.

À voir en vidéo