Compteurs d'eau: Zampino nie être intervenu

L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, poursuit son offensive pour rétablir sa réputation durement malmenée par la controverse entourant l'octroi d'un contrat de 356 millions au consortiumGÉNIeau, codirigé par son ami Tony Accurso.

M. Zampino a nié hier avec vigueur les allégations voulant qu'il ait pu se servir de son poste de numéro 2 au sein de l'administration Tremblay pour favoriser GÉNIeau, un groupe formé de Simard-Beaudry, l'entreprise de M. Accurso, et de Dessau, la firme d'ingénieurs où il a brièvement travaillé à la suite de son retrait précipité de la vie politique.

«La vraie question, c'est: "Est-ce que je suis intervenu dans le processus d'octroi de ce contrat pour favoriser qui que ce soit?" La réponse est non», a dit M. Zampino, hier à l'émission Larocque-Lapierre, sur les ondes de TVA. Il s'agissait de sa première entrevue officielle depuis sa démission, le 14 avril dernier, de son poste de direction chez Dessau.

M. Zampino a réitéré qu'il avait commis «une erreur de jugement» en acceptant de passer une semaine de vacances sur le luxueux yacht de Tony Accurso, en janvier 2007, quelques mois avant que la Ville n'accorde à GÉNIeau un contrat de 356 millions pour l'installation de compteurs d'eau. «J'ai accepté l'invitation d'un ami de passer une vacance avec ma conjointe, de passer une vacance sur son bateau. C'est l'erreur que j'ai faite. Cette erreur a fait en sorte [de créer] une apparence de conflit d'intérêts», a admis M. Zampino.

Malgré ses 22 ans d'expérience en politique municipale, M. Zampino n'a pas eu le flair de se retirer des discussions du comité exécutif lorsqu'il a été question du contrat des compteurs d'eau. À sa décharge, il n'était pas responsable du dossier des infrastructures à l'exécutif.

Lors du vote au conseil municipal, le 13 décembre 2007, M. Zampino ne s'est pas retiré non plus. Au contraire, il a appuyé la proposition faite par le leader de la majorité au conseil, afin de donner le contrat à GÉNIeau, lors d'un vote unanime. «La Loi sur les cités et villes prévoit clairement que n'importe quel élu qui a un intérêt pécuniaire dans un contrat, pour lui-même ou un membre de sa famille, doit se retirer. On ne déclare pas dans nos intérêts pécuniaires les amitiés qu'on peut avoir», a-t-il dit à TVA.

Peu de temps après l'octroi du contrat, en février 2008, M. Zampino retournait dans les Antilles sur le yacht de Tony Accurso, son ami depuis plus d'une vingtaine d'années. Il n'a pas voulu produire en ondes les factures qui prouveraient qu'il a payé son séjour en bateau.

Sa famille, sa communauté d'origine et lui paient «chèrement» le prix de ses erreurs de jugement. «Ça m'éclabousse, mais je ne suis pas coupable de rien», a-t-il déclaré.

Rétablir l'image

Premier Québécois d'origine italienne nommé à la présidence du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino a quitté la vie politique en juillet 2008. En janvier 2009, il était nommé vice-président principal et chef de la direction financière de Dessau, une société d'ingénierie-construction dont le chiffre d'affaires annuel est de quelque 600 millions.

Ce séjour au privé a été de courte durée. À peine trois mois après son embauche, M. Zampino démissionnait de Dessau en raison de la controverse sur son rôle dans le dossier des compteurs d'eau.

L'homme de 49 ans, désormais sans emploi, s'est dit satisfait que le maire Gérald Tremblay ait confié au Vérificateur de la ville le soin d'enquêter sur ce contrat. Selon lui, cette démarche est nécessaire pour rétablir à la fois sa propre réputation et la confiance de la population à l'égard de l'administration Tremblay.

Au-delà de la nécessité de rétablir l'image des uns et des autres, M. Zampino ne croit pas que le Vérificateur doive revoir le processus d'octroi du contrat de 356 millions, le plus important du genre dans l'histoire de la Ville de Montréal. «On n'a pas à justifier la nécessité d'aller de l'avant avec ce contrat. Je ne pense pas qu'on a aussi à refaire les preuves que ces contrats ont été émis au bon prix. Ç'a été prouvé», a-t-il dit.

M. Zampino a enfin posé en victime de l'acharnement des médias à son égard, hier sur les ondes de TVA, en menaçant d'intenter des poursuites judiciaires si nécessaire. Il était particulièrement outré du reportage publié vendredi dans la Gazette, au sujet d'un contrat de 32 millions de dollars accordé par Saint-Léonard à une filiale de Dessau, en 2005, alors qu'il était maire de l'arrondissement. La filiale en question, la Société de gestion des équipements publics (SOGEP), avait par la suite embauché le beau-frère de M. Zampino. «C'est le genre d'insinuations que je n'accepte pas, a lancé M. Zampino. On essaie de faire toutes sortes de chassés-croisés quand il n'y a absolument rien. C'est un contrat d'il y a trois ou quatre ans.»

La candidate à la mairie Louise O'Sullivan, du Parti Montréal Ville-Marie, a fait savoir par voie de communiqué que la sortie de M. Zampino démontrait le bien-fondé de sa demande de mise en tutelle de la Ville de Montréal, en raison de «l'absence de leadership» du maire Tremblay et du «manque de sérieux» des chefs des partis d'opposition, Benoit Labonté et Richard Bergeron.
2 commentaires
  • Philippe Chrétien - Inscrit 11 mai 2009 10 h 32

    Il nous prend pour des cons

    Tout ça est complètement absurde! Ce n'est pas simplement une apparence de conflit d'intérêt. La suite d'événements dont fait parti M. Zampino a moins de chance de se produire qu'il n'y a de chance de gagner le million et d'être frappé par la foudre le même jour.

    C'est là que les médias sont les plus utiles. Même si ces voleurs sont blanchis par les instances judiciaires et politiques, les médias auront fait la démonstration que la corruption était au coeur de ce dossier.

    Si seulement le chef de l'opposition ne croyait pas aux extraterrestes et au complot américain du 11 septembre. On est vraiment pas gâtés!

    Philippe Chrétien

  • Denis Lussier - Inscrit 11 mai 2009 16 h 18

    Frank Zampino

    Contrairement à ce que monsieur Zampino à affirmé à Larocque-Lapierre, il n'a fait qu'une seule erreur, et c'est celle de s'excuser d'avoir fait une erreur.S'il ne se sent coupable de rien, eh bien voici ce qu.il devrait faire:
    Il devrait envoyer tout le monde chez le Diable, Journalistes, Politiciens inclus et continuer à mener sa vie honorablement comme il l'a toujours fait. point, à la ligne.