Montréal - Le maire Tremblay est de nouveau plongé dans l'embarras

Un contrat de 32 millions de dollars accordé par l'arrondissement de Saint-Léonard à une filiale de Dessau plonge à nouveau le maire Gérald Tremblay dans l'embarras. Celui-ci s'est engagé hier à ce que la lumière soit faite sur ce contrat attribué alors que Frank Zampino dirigeait l'arrondissement.

C'est en lisant The Gazette hier que le maire Tremblay a pris connaissance de l'existence du contrat de 20 ans qu'a décroché en 2005 la firme Sogep, une filiale de Dessau, pour gérer les parcs, les pavillons et les terrains de tennis de l'arrondissement de Saint-Léonard. À cette époque, Frank Zampino en était le maire. Rappelons qu'après avoir quitté la vie politique en 2008, M. Zampino avait été embauché par Dessau. En avril dernier, il a démissionné de ses fonctions en raison de la tourmente entourant le contrat des compteurs d'eau.

Mais ce n'est pas tout. Les locaux où loge Sogep appartiennent à une compagnie détenue par Agostino Cuntrera, un membre influent de la mafia montréalaise. Et l'un des employés engagés par Sogep à la suite de l'octroi du contrat, Domenico Pietrantonio, est le beau-frère de Frank Zampino.

Au peigne fin

«Les faits révélés ce matin sont troublants. Je dois dire que je suis très préoccupé, a indiqué Gérald Tremblay hier. Le maire, qui s'inquiète des apparences de conflits d'intérêts, a donc demandé à l'actuel maire de l'arrondissement, Michel Bissonnet, et au directeur général de la Ville, Claude Léger, de passer au peigne fin le processus d'octroi du contrat afin d'y voir plus clair.

Dès 8h hier matin, Michel Bissonnet s'est mis à l'ouvrage. Après avoir passé la journée à éplucher des liasses de documents, M. Bissonnet a indiqué qu'à ses yeux, le contrat semblait avoir été accordé dans les règles. «Mais on va regarder ça de façon plus exhaustive lundi», a-t-il dit. Des six firmes qui ont manifesté un intérêt pour le contrat, deux ont déposé des soumissions, soit Sogep et Sodem, une filiale de Daniel Arbour et associés. Un comité de sélection a choisi Sogep, qui avait obtenu une meilleure note.

M. Bissonnet s'est également intéressé à un autre contrat de 38 millions, d'une durée de 20 ans, accordé cette fois à Conception et gestion intégrées inc. pour la construction d'une piscine intérieure et la gestion des arénas et de l'ensemble des piscines de l'arrondissement. Le seul autre soumissionnaire était Simard Beaudry Construction, une entreprise appartenant à Tony Accurso.

Michel Bissonnet estime que même si sa conjointe, la conseillère municipale Yvette Bissonnet, a participé aux décisions prises par l'administration précédente, il ne voit pas de problème à enquêter sur ces dossiers.

Le chef de l'opposition, Benoit Labonté, n'est pas de cet avis. Selon lui, il faudra que le vérificateur général de la Ville s'en mêle. «On ne peut pas demander à M. Bissonnet de faire une enquête impartiale et objective là-dessus», soutient-il.

«Je suis également très troublé de voir que le maire Tremblay est quotidiennement troublé par ce qui se passe et qu'il ne sait pas. Ça n'arrête plus. Assez, c'est assez», dit-il.

Au-dessus de 500 000 $

Malgré l'importance des sommes en jeu, les élus de Saint-Léonard n'avaient pas à soumettre les deux contrats à l'approbation du conseil municipal, alors que le comité exécutif doit le faire lorsque les contrats excèdent 500 000 $. Benoit Labonté croit que les règles doivent changer. Selon lui, tout contrat de longue durée ou qui dépasse le million de dollars devrait être approuvé par le conseil municipal. Des modifications législatives devraient être apportées, mais au cabinet de la ministre des Affaires municipales, on indique qu'aucune demande à cet effet n'a été adressée à Nathalie Normandeau.

Par voie de communiqué, Sogep a indiqué hier qu'elle ignorait que ses locaux appartenaient à un individu lié à la mafia. La firme a soutenu avoir respecté toutes les règles d'attribution de contrat.

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