10 millions pour un terrain payé 1$ en 2006

Québec a adopté un décret visant l'expropriation d'une partie des terrains des anciens ateliers du CN à Pointe-Saint-Charles afin de permettre à l'Agence métropolitaine de transport (AMT) d'y aménager ses futurs ateliers ferroviaires, a appris Le Devoir. Cette expropriation serait assortie d'une compensation de 10 millions de dollars versée au propriétaire de ces terrains, le promoteur Vincent Chiara, qui avait acquis ces terrains pour la somme de 1 dollar en 2006.

En septembre dernier, le gouvernement du Québec avait imposé une réserve foncière sur la moitié des 33 hectares, soit 1,7 million de pieds carrés sur plus de 3,5 millions, appartenant à Vincent Chiara, président du Groupe Mach, en prévision de l'acquisition éventuelle du terrain. M. Chiara s'est d'ailleurs adressé à la Cour supérieure pour contester cette réserve et l'affaire est toujours devant les tribunaux.

Or, le 22 avril dernier, le conseil des ministres a entériné un décret qui prévoit l'expropriation de ces terrains au nom de l'AMT, responsable du réseau de trains de banlieue. Selon les informations obtenues par Le Devoir, Québec accordera une somme de 10 millions au promoteur, soit deux fois moins que le montant envisagé par M. Chiara qui souhaitait signer une emphytéose d'une durée de 50 ans pour 20 millions.

Rappelons que le promoteur avait fait l'acquisition des anciens ateliers du CN en 2006 pour la somme de un dollar alors que la proposition de 20 millions de la firme Canderel avait été rejetée. Vincent Chiara s'était toutefois engagé à décontaminer les terrains. À cette époque, il était question de déménager le Casino de Montréal non loin de là, au bassin Peel, et Loto-Québec souhaitait acheter les anciens ateliers pour y construire un centre de foires commercial. Objet de vives contestations dans la population du quartier, le projet de casino en partenariat avec le Cirque du Soleil a été abandonné.

Vente à un dollar

Vincent Chiara a l'intention de contester le montant de 10 millions qu'offre le gouvernement en guise de compensation pour l'expropriation, une somme qu'il juge «nettement inférieure à la valeur marchande du terrain». «Si un avis d'expropriation est déposée, comme bon citoyen je vais m'y plier, mais il faudra évaluer la valeur du terrain et il y a des évaluateurs qui vont entrer dans le dossier. Je veux juste être compensé [sic] pour la juste valeur marchande du terrain en temps et lieu, c'est tout», a-t-il expliqué lors d'un entretien téléphonique.

Quand on lui fait remarquer que la vaste propriété lui a coûté un dollar, M. Chiara rétorque: «Quand j'ai acheté ces terrains pour un dollar, j'ai pris des engagements envers CN, engagements que j'ai respectés. Jusqu'à maintenant, mes investissements sur ces terrains dépassent 15 millions, dit-il. À l'époque, j'étais le seul qui a voulu prendre le risque de l'acheter. Avec les risques, viennent les retours.» Parmi ces dépenses figurent une lettre de garantie bancaire de 2 millions remise au CN, une assurance de 3,5 millions lors de l'acquisition et 1 million en honoraires versés à divers consultants.

Lors des négociations, M. Chiara, qui ne souhaitait pas céder la propriété, avait proposé une emphytéose. Or, cette option ne pouvait être envisagée par l'AMT, a-t-il appris au cours des discussions.

Les anciens ateliers sont dans la mire de l'AMT depuis un certain temps, car celle-ci projette d'y aménager un centre d'entretien moderne pour ses locomotives et ses wagons de passagers, un projet évalué à 168 millions.

En novembre dernier, un incendie avait éclaté dans un des bâtiments où étaient entreposés illégalement des ballots de papier destinés au recyclage. Une enquête est toujours en cours pour déterminer l'origine de l'incendie qui a lourdement endommagé l'immeuble.

Les sols des anciens ateliers du CN sont contaminés et l'AMT le sait, mais M. Chiara soutient que dans le cadre de l'expropriation, le terrain sera livré tel quel. La décontamination pourrait ne pas être nécessaire si l'AMT utilise le site pour le même usage ferroviaire, explique-t-il. Pour ce qui est du reste du site, le promoteur projette d'y construire 1000 logements et d'y aménager un secteur industriel.

Ami du parti du maire

Important propriétaire foncier à Montréal, Vincent Chiara a exercé la profession d'avocat avant de se lancer dans l'immobilier. Il s'est porté acquéreur de plusieurs immeubles en partenariat avec la famille Saputo, dont la Tour de la Bourse.

Il entretient également des liens étroits avec le parti du maire Gérald Tremblay. En 2005, sa résidence de Laval avait d'ailleurs accueilli une activité de financement d'Union Montréal, qui avait rapporté 54 000 $ à la formation politique du maire.

La mairie de l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc Extension loge aussi dans un immeuble qui lui appartient. En 2007, l'arrondissement avait conclu une entente de gré à gré de 10 millions sur une période de 10 ans pour la location de 40 000 pieds carrés au 405, rue Ogilvy, malgré l'opposition de la mairesse Anie Samson, membre de Vision Montréal et minoritaire au conseil.
9 commentaires
  • Mario Plourde - Inscrit 8 mai 2009 01 h 23

    Déplacement d'un vote

    Je pensais que le maire devait rester, mais vraisemblablement tout ce qu'il a toucher se salit. Autant voter pour Projet Montréal la prochaine !

  • A/s De Mme Danielle Lécuyer Services Juridiques - Abonnée 8 mai 2009 07 h 25

    Encore des fonds publics pour les "welfare bums"

    Loto-Québec avait offert 25 millions$ pour la partie du terrain sensé recevoir un centre de foires. Voilà pourquoi Chiara voudrait bien 20 millions$ pour la partie (environ la moitié des terrains)que compte occuper l'AMT

    Selon les titres de propriété que nous avons consultés, les engagements de Chiara envers le CN sont minimes (ex: maintenir une voie d'accès pour les trains du côté sud et autres modalités semblables). Quant à ses investissements de 15 millions$, M. Chiara essai de nous faire croire qu'il s'agirait de sommes liées avec les conditions d'achat alors qu'en les analysant (ce que nous avons fait) il s'agit de sommes normales qu'auraient dû engager n'importe lequel autre promoteur qui aurait payé le terrain à sa valeur marchande.

    Les terrains du CN vendus 1$, équivalent à 57 terrains de football, reste une énigme. Malgré les demandes insistantes du quartier Pointe-Saint-Charles le maire Tremblay a systématiquement refusé d'achater les terrains, ne voulant pas concurrencer "indûment" un ami du parti, alors que le gestionnaire des fonds publics, le gouvernement, est prêt à lui verser 10 millions$.

    Une sorte de mini scandale qui s'ajoute à bien d'autres.

  • Christian Montmarquette - Abonné 8 mai 2009 08 h 01

    La saga de la corruption continue..

    C'est pratiquement devenue une habitude...

    Je lisais... Je lisais... Je lisais...

    ...Et je me disais...

    - Bon... Elle est arrive quand la ligne où on se fait encore arnarquer ?


    Comme prévue...

    Ça n'a pas été bien, bien long...

    Juste là...

    ...en dessous... (1)


    On est fichtrement dûs pour du changement...


    - Vivement Projet Montréal !



    _______________________

    Christian Montmarquette

    Membre du Regroupement Information Logement (RIL)

    Références :


    (1)« Il (Vincent Chiara ) entretient également des liens étroits avec le parti du maire Gérald Tremblay. En 2005, sa résidence de Laval avait d'ailleurs accueilli une activité de financement d'Union Montréal, qui avait rapporté 54 000 $ à la formation politique du maire.»


    Scandale des compteurs d'eau : Richard Bergeron porte plainte à la police :
    http://www.projetmontreal.org/communique/66


    .

  • Jacques Lafond - Inscrit 8 mai 2009 09 h 34

    Deux sortes de pays

    Il y a deux sortes de pays sur la planète. Il y a les pays riches et les pays pauvres. Dans les pays riches, les gouvernements et les amis des gouvernements construisent des choses fantastiques et se remplissent les poches. Dans les pays pauvres, les gouvernements et les amis des gouvernements se remplissent les poches tout simplement.

    Il y avait un fantastique projet de permanence du Cirque du Soleil, de casino, de centre de foire commercial, etc., dans cette région du Centre Sud.

    Ce fantastique projet a été stoppé par les biens pensants, les âmes vertueuses socialisantes de notre bon peuple québécois francophone.

    Un autre investissent de $ milliard de dollars stoppés dans notre pauvre Ville de Montréal, dans notre pauvre pays, le Québec.

    Les âmes vertueuses du Québec se scandalisent maintenant que quelques promoteurs de ce fantastique projet, qui est maintenant un trou de boue, cherchent à être compensé de quelques $ millions.

    Pauvres québécois francophones. Dans seulement quelques années, quand vous serez tous vieux et malades, quand les anglophones auront pris conplètement le pouvour de notre Ville, de notre pays, Montréal et le Québec redeviendra riche et fantastique ... et anglophone ...

    Et, comme dit la chanson: mais nous, nous sauront mort mon frère ...

  • André Loiseau - Abonné 8 mai 2009 11 h 44

    La piscine à piastres

    Que de millions et de milliards naviguent au-dessus de nos têtes, de magouilles en magouilles, alors que l'on a peine à joindre les deux bouts.
    Les States et le Canada nagent dans une piscine virtuelle de milliards dont on ne voit goutte. Il semble que même nos dirigeants aient été embrigadés dans cette course à la fortune qui n'a rien à voir avec les problèmes quotidiens des classes moyennes et pauvres.
    Nos abris fiscaux sont à la Caisse Pop où ils ne restent pas longtemps. Nous votons, dans un simulacre de démocratie, pour des gens qui représentent l'élite, c'est-à-dire le plus petit nombre, et qui souffrent agréablement d'une avidité sans bornes.