Une tour de 15 étages pour «revamper» le quadrilatère Saint-Laurent

La proposition architecturale vise la reconstruction de toutes les façades du boulevard, l’installation de commerces à vocation «responsable», l’ajout d’un passage liant Saint-Laurent et la rue Clark et la construction d’un gratte-ciel de ver
Photo: La proposition architecturale vise la reconstruction de toutes les façades du boulevard, l’installation de commerces à vocation «responsable», l’ajout d’un passage liant Saint-Laurent et la rue Clark et la construction d’un gratte-ciel de ver

La Société de développement Angus veut rénover les immeubles vétustes du boulevard Saint-Laurent et ajouter en plein coeur de la Main une tour de 15 étages. Hydro-Québec louerait les espaces pour y installer 1350 employés. L'idée audacieuse suscite déjà la controverse. «Le Complexe Desjardins et le siège social d'Hydro sont déjà plus hauts et plus massifs», réplique le promoteur.

Hydro-Québec veut étendre son siège social à un jet de pierre de son édifice du boulevard René-Lévesque, dans une tour de 15 étages qui s'élèvera au nord du patrimonial Monument-National. La décision de la société d'État contribuera à la revitalisation de ce tronçon décrépit du boulevard Saint-Laurent qui comprend également un projet immobilier de «commerces responsables».

Comme l'a appris Le Devoir, le président-directeur général d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, a lui-même donné son accord au projet en mai dernier. Idéalement, le chantier de quelque 160 millions de dollars, dit du «quadrilatère Saint-Laurent», débutera l'an prochain. La tour annexe d'environ 32 000 mètres carrés sera inaugurée en 2012.

Selon nos informations, la société d'État déplacera alors ses 1350 employés actuellement basés à la Place Dupuis, propriété de Busac. C'est ce même promoteur immobilier avec lequel le gouvernement du Québec tente de défaire l'écheveau de l'îlot Voyageur, symbole du scandale financier de l'Université du Québec à Montréal, et dont Busac est toujours propriétaire.

«Nous ne sommes pas encore rendus à identifier d'où proviendraient les employés déplacés», dit Marc Brian Chamberland, porte-parole d'Hydro-Québec. Il confirme «l'intérêt» de la société pour «ce beau projet», mais ajoute n'avoir signé «aucun bail» pour l'instant.

C'est la Société de développement Angus (SDA) qui pilote le projet immobilier. «Je veux redonner le boulevard Saint-Laurent aux Montréalais. Ce secteur de Saint-Laurent qu'on appelait le "Red Light" est déserté», résume Christian Yaccarini, président-directeur général de la SDA. Il ajoute que l'occupation garantie de la tour par Hydro-Québec permet du même coup à la SDA de revitaliser des anciens immeubles patrimoniaux du boulevard, dont certains se trouvent dans un état lamentable.

La société va évincer les locataires des immeubles décrépits à compter de la fin du mois. Il lui reste à négocier l'achat de quatre édifices.

La SDA mène aussi de front le projet de Vitrine culturelle qui sera construit d'ici l'été 2010 à l'angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine. Elle dirige également les plans de construction culturelle au-dessus de la station de métro Saint-Laurent (voir le texte ci-contre).

Une fois reconstruits, les quelque

15 000 mètres carrés de bâtiments historiques du boulevard seront loués à des espaces commerciaux. «On veut avoir une offre distinctive de commerces responsables, dit le président de la SDA. Des commerces locaux, bio, d'économie sociale, équitables, des commerces qui ont une plus-value pour les résidants, les étudiants et les clientèles diversifiées du Club soda, du TNM, de la Société des arts technologiques et du Monument-National.»

La tour massive sera en retrait du boulevard, du côté de la rue Clark. Le président Yaccarini demeure conscient de l'effet de choc produit par l'idée d'un gratte-ciel sur l'artère historique. «Il faut situer cette construction dans son contexte, vers l'ouest, dit-il. Le Complexe Desjardins et le siège social d'Hydro sont déjà plus hauts et plus massifs.»

La société ne peut rien construire à l'arrière de son siège social. Le sous-sol de son grand stationnement (appelé à disparaître sous la future tour) abrite le centre de contrôle Dorchester, point d'orgue de tout son réseau électrique.

La conception architecturale a été confiée au Français Paul Andreu et à des architectes de deux firmes montréalaises (Aedifica et GHA Atelier). La même équipe a planché sur la Vitrine culturelle (sept étages et une façade de verre) à l'intersection nord-est du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine, communément appelée le 2.22. Jusqu'à maintenant, la SDA a dépensé environ un million en honoraires professionnels.

«Le grand risque avec ce projet de Vitrine culturelle, c'est qu'il risque de se faire, dit Dinu Bumbaru, directeur des programmes du groupe Héritage Montréal. L'autre volet, sur le boulevard, est encore plus imposant et il devra être jugé dans le contexte du carrefour des mémoires que constitue la "Main".»

Le président Yaccarini pense qu'une contrainte objective rend impossible la reconstruction à petite échelle. «Nous avons payé les terrains du boulevard 265 $ le pied carré, dit-il. Sur Angus, dans l'est, ils se négociaient à 3,50 $ le pied carré. À ce prix-là, personne ne peut faire des constructions à trois étages. Si je ne fais pas ce projet, je perds six millions de dollars, je placarde les ruines restantes et j'attends qu'un cave paye 265 $ le pied carré pour faire de la construction à perte. J'attendrais très, très longtemps. On l'a acheté, on va au bâton et on va travailler fort pour faire passer ce projet. Mais si on ne fait pas ça, je peux le garantir également, il n'y aura rien d'autre.»

Les consultations municipales et communautaires ont commencé. La SDA fera officiellement paraître des publicités la semaine prochaine pour annoncer la tenue d'une assemblée publique le 14 avril, en soirée, au Monument-National.

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