Bois-Francs - Victoriaville a misé sur l'économie verte pour se développer

Depuis des années, les citoyens de Victoriaville ont trois bacs pour disposer de leurs déchets: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste.
Photo: Depuis des années, les citoyens de Victoriaville ont trois bacs pour disposer de leurs déchets: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste.

Au Québec, on aime bien parler d'environnement et se dire en faveur de politiques vertes, mais lorsque vient le temps de passer à l'action, c'est une autre histoire. Grand parleur, petit faiseur, comme on dit. Il y a toutefois une exception notable: Victoriaville.

Victoriaville ne badine pas avec la protection de l'environnement: recyclage, compostage, usine de récupération de peinture, flotte de véhicules hybrides, alouette! «Chez nous, depuis des années, nous avons trois bacs: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste. Jamais on n'entend des gens dire que c'est compliqué ou que ce n'est pas beau, parce que les gens ont bien intégré les valeurs. C'est très important. Une ville ne peut pas faire de compostage ou de recyclage si la population ne participe pas», indique d'emblée Roger Richard, maire de Victoriaville.

Et changer les comportements des gens ne se fait pas en claquant des doigts. Si Victoriaville a réussi à atteindre et même à dépasser la cible gouvernementale québécoise consistant à détourner 60 % des matières résiduelles destinées aux sites d'enfouissement, c'est parce que les efforts ne datent pas d'hier.

«Très peu de villes atteignent la cible au Québec. Le problème, c'est qu'elles attendent toujours à la dernière minute d'être forcées par la loi. Mais les gens ne deviennent pas des adeptes du recyclage ou du compostage du jour au lendemain, en raison d'une réglementation. Ils doivent intégrer ces pratiques à leur vie quotidienne», explique-t-il.

Petit à petit

La conscience écologique des citoyens de Victoriaville a commencé à se construire dès le milieu des années 70, grâce entre autres à Normand Maurice. Cet enseignant, qui travaillait avec les jeunes en difficulté d'apprentissage, a mis sur pied à l'époque l'un des premiers centres de tri au Québec.

«C'était un visionnaire qui voulait faire des ressources à partir des déchets. Il a commencé à trier le papier, avec les jeunes, pour leur donner un projet, les valoriser. C'est comme ça que c'est parti», se souvient le maire. Celui-ci a d'ailleurs bien connu M. Maurice puisque, à l'époque, il était le directeur de la commission scolaire où oeuvrait l'enseignant.

Par la suite, les choses ont continué à progresser à Victoriaville, qui est devenue petit à petit la ville d'avant-garde au Québec en matière d'environnement. «J'ai vu Normand Maurice ouvrir son usine de récupération de peinture. Au début, c'était complètement artisanal. Les jeunes ouvraient leurs "canisses" de peinture à la main, avec leurs petits openers», explique le maire.

Aujourd'hui, on est en train d'achever un grand projet d'agrandissement de l'usine Peintures récupérées du Québec, qui portera sa superficie à plus de 80 000 pieds carrés. Une partie de la production sera robotisée et la productivité des activités devrait être améliorée de 45 %. «C'est la seule usine de récupération de peinture du Québec. Ce n'est pas mêlant, on y traite les fonds de "canisses" de la province au complet», se réjouit Roger Richard.

Le maire est très fier du fait que sa ville a réussi à favoriser le développement économique avec ses projets écologiques. Et ce n'est pas terminé. Prochainement, Gaudreau Environnement ouvrira une usine de transformation de plastique recyclé.

La société Gesterra, nouvelle appellation de la Société de développement durable d'Arthabaska, détenue à 51 % par la MRC d'Arthabaska et à 49 % par Gaudreau Environnement, gère également le centre de tri et le tout nouveau site d'enfouissement de Saint-Rosaire. «Le site d'enfouissement a une durée de vie potentielle de 300 ans et il est conforme aux nouvelles normes», précise le maire de Victoriaville.

L'avantage de faire de la qualité

Victoriaville a donc grandement misé sur l'économie verte pour se développer ces dernières années. Or, dernièrement, le marché des matières premières recyclables s'est effondré. Si bien que, un peu partout au Québec, bien des centres de tri sont aux prises avec d'importants surplus d'inventaire et menacent tout simplement de fermer. Aux dires du maire, les entreprises de Victoriaville s'en sortent plutôt bien.

«On a toujours fait de la qualité, alors ça va. Les prix ont baissé, c'est certain, mais on vend encore notre papier. Cascades ne nous a jamais retourné un camion», affirme fièrement M. Richard.

Si tant de centres de tri du Québec ont des problèmes, le maire de Victoriaville croit que c'est en raison d'une piètre qualité de la production. «Il s'en fait de la cochonnerie au Québec! Avant, ces stocks étaient vendus aux Chinois, mais là, ils n'achètent plus, alors les camions restent stationnés dans la cour.»

Mettre les citoyens au défi

Même si elle est déjà dans une situation enviable, la Ville de Victoriaville continue toujours son travail de recherche et développement pour tenter d'améliorer sa performance écologique, avec de petits et de gros projets. Le maire aime bien aussi, à l'occasion, mettre ses citoyens au défi. C'est ce qui s'est passé lorsque la Ville a tenté de faire diminuer la consommation d'eau embouteillée.

«Nous avons une qualité exceptionnelle d'eau potable, que nous traitons à l'azote. C'est un mythe de croire que l'eau embouteillée est meilleure.»

La Ville a donc décidé de remettre aux citoyens intéressés un contenant de plastique doté d'un petit robinet qu'on peut remplir d'eau municipale. «On met ce bac au frigo et, quelques heures après, on vient se servir un verre, indique le maire. Je mets au défi les gens de comparer cette eau avec l'eau embouteillée.»

Ainsi, le maire croit qu'il faut donner l'occasion aux gens d'expérimenter, d'essayer de nouvelles façons de faire.

«Pour plusieurs, ça deviendra ultérieurement un réflexe. C'est comme ça que, tranquillement, les gens peuvent intégrer des valeurs.»

Située au coeur de la région des Bois-Francs, Victoriaville compte près de 42 000 habitants et a un budget annuel de 55 millions de dollars. Le coût de la gestion des matières résiduelles y est de 186 $ la tonne, alors que la moyenne dans les villes de même taille est de 187 $, d'après les chiffres d'Éco Entreprises Québec.

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Collaboratrice du Devoir
6 commentaires
  • Pierre Ferron - Inscrit 28 mars 2009 02 h 31

    J'allucine en lisant ces propos!

    Voilà enfin des élus municipaux qui prennent leurs responsabilités, en particulier au plan environnemental. C'est bien au niveau municipal qu'il est possible de réaliser la vraie révolution verte et d'en faire profiter les citoyens. Pierre Ferron, agronome

  • Claude Beaulé - Inscrit 28 mars 2009 07 h 49

    Réduction - toujours le premier objectif

    Avec des efforts volontaires de tous les citoyens c'est vrai qu'on peut changer les façons de traiter les matières résiduelles, mais ça n'en réduit pas le volume pour autant. Des exemples clairs de transfert des responsabilités vers les producteurs et les manufacturiers plutôt que vers les villes et les payeurs de taxes ont démontré leur efficacité générale de réduction des matières résiduelles.

    La réduction des matières résiduelles dans quelques pays d'Europe est aidée par des législations de transfert des responsabilités vers les producteurs d'origine de matières résiduelles afin qu'ils s'engagent à prendre en charge la récupération et le recyclage à la fin du cycle de vie de leurs produits ou de leurs emballages.

    Résultats: les méthodes d'emballage des produits ont radicalement évolué vers une réduction massive, puisque les manufacturiers doivent payer pour les emballages et surtout payer plus cher pour les emballages inutiles ou non recyclables. Un exemple bien ordinaire: les tubes de dentifrice étaient auparavant emballés dans des boîtes de carton, elles-mêmes scellées dans une pellicule de plastique. La responsabilisation des producteurs a transformé la présentation des dentifrices à des tubes scellés mis en tablette en position debout sur des présentoirs, fini les boîtes de carton et les pellicules de plastique.

    Il s'agit d'un cas bien ordinaire, mais appliquez-le à des millions d'exemplaires et à la plupart des produits, vous verrez que la réduction de production de matière résiduelle est très importante. Accepteriez-vous de payer pour votre voisin le traitement de ses matières résiduelles alors qu'il en produit 10 fois que vous? La façon que nous avons de laisser les municipalités et les payeurs de taxes ramasser la facture des matières résiduelles n'encourage d'aucune façon la réduction des habitudes de consommation. Il faut agir autrement en retirant le fardeau de la responsabilité aux municipalités et en responsabilisant les producteurs, ce faisant on va encourager les efforts réels de réduction.

    Claude Beaulé, ing.

    Vertal inc.

  • André Lavoie - Inscrit 28 mars 2009 12 h 42

    IMBÉCILE

    Et mon publisac que je jette directement au recyclage n'arrête pas de s'alourdir. IMBÉCILE.

  • victoriavilleman - Inscrit 28 mars 2009 14 h 04

    Victoriaville est elle si visionnaire que cela en matière de développement durable?

    D'entré de jeux, il est vrais que Victoriaville est la MECCA du recyclage en Amérique du Nord, merci à Monsieur Normand Maurice qui est la personne vraiment responsable des divers projets de récupération. Un visionnasire comme on en renconmtre rarement. Le système des bacs et séparation de nos déchets est de toute évidence excellent. Et je pense que nous sommes les leaders en ola matière. Sauf que à part du recyclage, je trouve qu'il manque de vision. Surtout pour une ville qui s'affiche comme étant le berceau du Développement Durable. Le terme Développement Durable qui est à mon avis, un terme trop souvent facilement utilisé. Ce titre requiers ou tout de moins laisse présager que Victoriaville est proactif et visionnaire.Et ce dans le développement d'énergies vertes, et surtout en ce qui concerne les dossiers de Réduction et Réutilisation, qui font parti comme nous savons tous des 3R du développement durable. On maitrise le dossier recyclage, maintenant faudrait peut être travailler sur les dossier réductions et réutilisations des ressources. Comme exemple frappant digne de mention est le fait que Le Conseil Municipal ai refusé d'interdire les sacs de plastiques. Il me semble que ça devrait être un fait accompli? Plein de ville au Québec l'ont fait. De plus, a grand coûts, la ville a acheté 2 grand signes sur la 20, affichant fièrement Victoriaville comme étant le berceau du développement durable. C'est bien, surtout que les signes sont entouré d'images d'énergie renouvellable comme un panneau solaire, et petite éolienne. Donc, on penserais que ces dossiers seraient développé à Victoriaville, et que Victoriaville serrait un leader dans ce domaine!!! Main non, n'essayez pas de trouver de panneaux solaires sur les édifices municipaux, et éoliennes. D'ailleur, un citoyen de victoriaville a essayé de s'installer une éolienne et la ville lui a refusé.

    Donc pour une ville qui se dit le berceau du développement durable, je pense qu'il y a beaucoup de chemin à faire avant qu'on le démontre vraiment. J'ai toujours dit que le vrai titre devrait être, Victoriaville Berceau du Recyclage en Amérique du Nord, titre qui reflèterais ce qui se fait ici.

    Il me semble que Victoriaville devrait être à l'avangarde de tout ce qui se fait au point de vue du dossier vert.

    D'ailleurs j'avais en tête le projet de faire de Victoriaville, la ville la plus verte en amérique du Nord. Voilà ce que c'est de la vrai vision. Voilà comment on démontre notre leadership.

  • victoriavilleman - Inscrit 28 mars 2009 21 h 21

    Victoriaville: Vraiment visionaire et leader en matière de développement durable?

    Il est évident, et ce merci au visionnaire Normand Maurice, Victoriaville maîtrise très bien le dossier du recyclage. En fait je n'hésiterais pas à dire que nous sommes les leaders en la matière en Amérique du Nord. Notre système de gestion des déchets et recyclage des matières résiduelles est excellent.Cependant, de dire que Victoriaville est visionnaire en développement durable, et bien j'ose être en désaccord. Malgré le titre que s'est alloué Victoriaville comme étant Le Berceau du Développement Durable, je pense que nous avons beaucoup a faire avant de pouvoir affirmer cela. Nous sommes le Berceau du recyclage j'en conviens.

    C'est à grand coûts que Victoriaville a fait bâtir 2 grands signes sur la 20, lesquel font la promo de Victoriaville comme étant naturellement le berceau du développement durable. Des signes sur lesquels nous pouvoins voir des panneaux solaires, et petite éoliennes. Tout pour indiquer que Victoriaville est un leader en énergie verte et que Victoriaviller est visionnaire dans le domaine. Mais n'essayez pas de trouver ces panneaux solaires ou éoliennes sur nos édifices municipaux. En fait, la ville a refusé a un citoyen de contruire sa propre éolienne sur sa propriété. De plus, le berceau du développement durable qu'est Victoriaville a refusé un projet d'interdire l'utilisation des fameux sacs de plastiques. Il me semble que pour ce qui est des sacs de plastiques, la question ne devrait même pas se poser, et que c'était une opportunité de de démontrer son leadership!! D'autres villes elles ont prit le leadership dans ce dopmaine (C'est le cas d'ailleurs pour Huntington)

    Nous avons beaucoup a faire pour ce qui concerne les 2 autres R du développement durable soit, réduire et réutiliser! Nous somme le berceau du recyclage j'en conviens, mais, je pense loins d'être ce que l'on affirme soit le berceau et donc le leader en développement durable!

    J'aimerais qu'en tant que citoyens, on pousse un projet de faire de Victoriaville la ville la plus verte en Amérique du Nord. En développant un plan agressif, stratégique et qui démontrerais clairement un leaderhip et une vision, laquelle ferais de Victoriaville une référence en matière d'économie verte.

    Être un leader en matière de développement durable c'est de s'affirmer et démontrer cette vision. Même à l'hôtel de ville, on devrait y voir là une vitrine du développement durable (système d'énergies vertes, système d'économie d'eaux, réductions de l'utilisation des ressources etc etc etc), l'hôtel de ville étant le lieu de rencontre des décideurs et invités qui viennent visiter notre ville.