Vers le sommet de Montréal - En reprise cette semaine...

En vue du Sommet de Montréal qui débute demain, Le Devoir vous offre une série de quatre textes présentant les principaux enjeux qui seront discutés lors des trois jours que durera l'événement. Aujourd'hui: le mont Royal.

Un spectacle en reprise. C'est un peu ce à quoi ressemble le processus d'analyse, de consultation et de concertation actuellement en marche pour protéger le mont Royal. De 1987 à 1992, la métropole avait été l'hôte du même spectacle, lequel promettait beaucoup... mais a laissé les spectateurs sur leur faim. Les Montréalais ont été déçus. Très déçus, même. Ils refuseront cependant de se faire passer un sapin une seconde fois.


En 1987, l'administration montréalaise faisait le choix de la protection de la montagne. Trois ans plus tard était présenté l'ambitieux Plan préliminaire de mise en valeur du mont Royal. La montagne devait cependant accoucher d'une souris... Les deux ans qui ont été nécessaires à la réalisation de la version finale du Plan, plutôt que de permettre d'améliorer le document préliminaire, ont servi à l'épurer de ses éléments les plus intéressants: les interventions projetées et l'estimation des investissements nécessaires.


«À ce jour, peut-on lire dans le document de réflexion du sommet sectoriel sur le mont Royal, on se doit de constater que plusieurs des éléments [du Plan] restent à être mis en pratique.» Et comment.


Les trois préoccupations principales qui ont mené à l'élaboration du Plan dans les années 80 sont exactement les mêmes qui sont à la base des propositions qui seront soumises à l'étude lors du Sommet de Montréal qui débute demain: le statut à accorder, le territoire à circonscrire et le type de gestion à privilégier.


Retour à la case départ? On peut le croire en regardant les problèmes rencontrés par la montagne au cours des dix dernières années: disparitions, transformations, constructions, etc. La même rengaine que dans les années 80. La montagne se fait gruger de toutes parts et les citoyens ne peuvent y faire grand-chose. Doit-on pour autant clouer au pilori les promoteurs de tout acabit qui sont derrière les projets du Monastère du Précieux-Sang, de la Ferme sous les noyers, de l'Église First Church of Christ Scientist, de l'îlot Trafalgar-Gleneagles? Oui, si on emprunte la voie de la facilité. Non, si on regarde la situation en amont.


Pour qu'un promoteur sans foi ni loi puisse faire main basse sur un magnifique terrain ou sur un bâtiment patrimonial d'une grande valeur, il a bien fallu que quelqu'un s'en départe. Il a bien fallu que quelqu'un décide de vendre le terrain aux plus offrants. Les coupables, dans bien des cas, sont des institutions très respectables: institutions religieuses, hospitalières, universitaires, etc.


Les communautés religieuses sont à bout de souffle. Sans effectifs, sans ouailles, elles peinent à joindre les deux bouts et se voient dans l'obligation de se départir d'une partie ou de l'entièreté de leurs propriétés. Le problème: «le mécanisme des accords de développement ne permet pas d'intervenir en faveur de la conservation des caractéristiques du lieu avant la vente», estime la Ville. Conséquence: ces terrains font l'objet de pressions de développement principalement à des fins résidentielles.


Les hôpitaux également, nombreux sur la montagne, sont actuellement mis en péril. Le problème: le soudain intérêt des gouvernements pour les gigantesques centres hospitaliers, construits de préférence sur un terrain vierge. La conséquence: les hôpitaux feront donc rapidement place nette pour accueillir de nouveaux propriétaires, les uns moins respectueux du patrimoine que les autres.


Les cimetières, les universités et l'Oratoire Saint-Joseph sont pour leur part aux prises avec l'ennui inverse. Ils ont besoin de prendre de l'expansion. Le problème: «Certaines politiques du gouvernement (normes, mode de financement, etc.) rendent difficile la conciliation entre les impératifs de leur développement et la protection du patrimoine architectural et paysager qui se trouve sur les domaines institutionnels», estime la Ville. La conséquence: la présentation de projets farfelus comme celui des propriétaires de l'Oratoire Saint-Joseph, les frères de Sainte-Croix. En août dernier, ils déposaient un projet visant à transformer l'honorable lieu de culte en un espèce de Disney World moins catholique que l'original, à Orlando...


Et ces problèmes rencontrés par tout un chacun sont décuplés par le fait qu'une nouvelle ville avec de nouvelles règles a vu le jour le 1er janvier dernier. Plutôt que de relever de la compétence d'une grande ville et de deux petites municipalités, comme c'était le cas jusqu'à l'an dernier, le mont Royal est maintenant divisé en cinq arrondissements autonomes qui ont loisir d'accepter ou de refuser les demandes de permis sur leur territoire respectif.


À cet égard, la situation du mont Royal a donc reculé puisque déjà, en 1987, on pressait l'administration de mettre en place des modalités de gestion découlant d'une pensée commune aux trois municipalités d'alors et d'harmoniser les stratégies particulières de gestion. Aujourd'hui, plutôt que trois villes qui regardent dans la même direction, on a cinq arrondissements qui n'en font qu'à leur tête.


Heureusement, le gouvernement du Québec a annoncé son intention d'agir dans ce dossier. Il recevra en effet d'ici à la fin du mois les recommandations de la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ) quant aux mesures de sauvegarde nécessaires à la préservation du mont Royal et, plus particulièrement, sur le périmètre à couvrir, les valeurs à préserver et les modes de gestion du territoire visé.


Mais cela ne sera probablement pas suffisant. Il faut en outre que les institutions qui forment la couronne du mont Royal soient partie prenante des décisions. Sans leur participation, tous ces efforts pourraient être vains. Il faut donc se réjouir que le Sommet de Montréal réunisse les institutions qui auront à s'engager en faveur du mont Royal en adoptant une proposition comme celle-ci: «garantir la protection et la mise en valeur du patrimoine naturel, paysager, bâti, culturel du territoire du mont Royal».


Mais puisque tout voyage commence par un premier pas, la Ville devra tout d'abord aller de l'avant avec la principale proposition qui sera débattue cette semaine, soit de débloquer une fois pour toutes les sommes nécessaires à la réalisation des projets... du Plan de mise en valeur de 1992.


Il n'est jamais trop tard pour bien faire, dit l'adage.