Pollution de la rivière du Nord -Sainte-Agathe fait amende honorable

«C'est pas un trophée qu'on vient de gagner mais on passe à l'action maintenant. Et c'est ce qui compte!» C'est dans ces termes et sans faire le tour de la question que le maire de Sainte-Agathe, Laurent Paquette, a commenté hier le jugement sévère de la Cour supérieure qui vient d'ordonner par injonction à sa municipalité de cesser de polluer la rivière du Nord, à la suite d'une requête des citoyens du lac Raymond.

La municipalité n'ira pas en appel du jugement, commence-t-il par dire, en ajoutant que les équipements exigés par le juge, soit l'installation d'un enregistreur de déversement, «étaient déjà en place et rodés depuis le début de l'hiver au moment où le juge rendait sa décision».

Le maire Paquette admet aussi sans ambages que le fait de remplacer cet enregistreur par une bouteille de plastique attachée à une corde pour savoir s'il y avait eu un débordement d'eaux usées non traitées «n'était pas la trouvaille du siècle», même si les inspecteurs des Affaires municipales n'y ont rien vu de répréhensible.

Sainte-Agathe, dit-il, a donné différents mandats pour explorer des solutions qui vont améliorer la performance globale de son système d'épuration. La Ville pense à s'attaquer aux infiltrations d'eau dans ses égouts, un apport qui représente 30 % des eaux traitées à l'usine municipale. Sainte-Agathe veut aussi installer des compteurs d'eau tarifés dans ses industries, commerces et institutions pour décourager ceux qui produisent du froid ou de la chaleur en piratant l'eau potable de la municipalité.

Sainte-Agathe, dit-il, va aussi appliquer plus rigoureusement l'été prochain son règlement sur la protection des berges, deux fois plus sévère que celui de la MRC car il exige une absence d'intervention en rives sur les 10 premiers mètres.

D'autre part, la directrice de la Fondation Rivières, Anne-Marie Saint-Cerny, voyait dans ce jugement «un verdict charnière, qui aidera les groupes à forcer à la hausse la rigueur des suivis des usines d'épuration par les ministères».

Ce verdict, ajoute-t-elle, met dramatiquement en lumière le fait que le Québec ne s'est pas encore doté, après 30 ans de gestion environnementale, d'un règlement sur les rejets maximaux aux cours d'eau.

«On fait encore, dit-elle, du cas par cas et Québec ajuste ses exigences à la capacité de dilution des cours d'eau, ce qui équivaut à se fermer les yeux sur les impacts cumulatifs à long terme. C'est d'autant plus inacceptable que les changements climatiques réduisent déjà la capacité de dilution de plusieurs cours d'eau. C'est une politique à courte vue qui doit impérativement être revue, et surtout quand on lit en plus sous la plume d'un juge que des ministères publics fabriquent des rapports "erronés", pour maquiller la vérité.»

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