Le Spectrum a-t-il été démoli pour rien ?

La société immobilière SIDEV a fait démolir six immeubles, dont la salle du Spectrum, pour mettre en chantier un projet commercial aujourd’hui menacé.
Photo: Jacques Nadeau La société immobilière SIDEV a fait démolir six immeubles, dont la salle du Spectrum, pour mettre en chantier un projet commercial aujourd’hui menacé.

Le centre-ville de Montréal compte un autre grand terrain vague de plus. Le projet de construction à l'emplacement de l'ancien Spectrum est retardé. La salle de spectacle de la rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal, a été démolie l'automne dernier.

La crise économique force maintenant le promoteur, la société immobilière SIDEV, à différer son chantier immobilier, qui n'ouvrira pas au printemps comme prévu. Cette décision laisse un trou béant en plein centre-ville, en face de la future Maison du jazz et de la place des Festivals. L'inauguration des deux nouveaux équipements culturels se fera donc devant un terrain vague le 1er juillet prochain.

Cet échec prévisible s'ajoute aux problèmes d'autres grands chantiers montréalais. Le projet Griffintown, dans le Sud-Ouest, a été comprimé et ajourné. Le projet Viger, dans le Sud-Est, attend toujours son financement.

Le maire de Montréal a révélé le vacillement en ce qui concerne le projet sur le site du Spectrum au conseil municipal, lundi soir, après que Le Devoir l'eut interrogé à ce sujet, plus tôt dans la journée. «Le projet de SIDEV ne va pas de l'avant», a dit Gérald Tremblay en citant ce cas comme preuve des effets pervers et incontrôlables de la crise. «C'est facile de dire que,parce qu'il y a une crise économique, c'est la faute du maire de Montréal.»

Hier, en fin d'après-midi, son attachée de presse, Renée Sauriol, corrigeait un peu le tir. Le projet de la SIDEV est-il abandonné? «Ce n'est pas ce que voulait dire le maire», a-t-elle répondu, en ajoutant toutefois: «Il n'y a pas pour l'instant de signes concrets que le projet va lever.»

Gérald Tremblay a aussi rappelé au Devoir que le promoteur subira des pénalités financières s'il abandonne son projet.

En mai dernier, le conseil d'arrondissement a autorisé la démolition de six immeubles de la rue Sainte-Catherine Ouest (des numéros 298 à 320) et de la rue De Bleury (des numéros 1243 à 1255), y compris la vieille salle du Spectrum, moyennant une garantie de 1,25 million de dollars.

Ce montant correspond approximativement au double des taxes foncières annuelles à percevoir par la Ville à la suite de la nouvelle construction. En clair, si la SIDEV ne construit rien d'ici deux ans, l'entreprise perdra sa garantie bancaire. Malgré plusieurs appels au cours des dernières semaines, il a été impossible d'obtenir un commentaire officiel des dirigeants du promoteur.

La société a fait accepter la démolition des immeubles en misant sur l'érection d'un immeuble moderne, à façade de verre, devant abriter des commerces et des bureaux. Le principal locataire souhaité, la compagnie Best Buy, aurait installé un magasin de matériel électronique au deuxième étage de l'édifice, qui en compterait entre quatre et onze, selon les plans.

Pétition à la poubelle

La compagnie américaine se débat actuellement avec ce qu'un de ses porte-parole a décrit comme «l'environnement le plus difficile pour la consommation» de son histoire. Elle a remercié 250 employés à son siège social de Chicago il y a quelques jours.

Cette mauvaise nouvelle peine d'autant plus l'architecte Étienne Coutu qu'il a fait circuler l'an dernier une pétition contre la destruction du Spectrum. Le texte, signé par 15 000 personnes, demandait de refuser la démolition tant que le projet de substitution ne serait pas à vocation culturelle.

«Il n'y a malheureusement pas d'obligation de rendre des comptes de la part des élus, dit l'architecte. Notre pétition a été mise à la poubelle alors qu'en Californie elle aurait suffi pour déclencher un référendum. La Ville ne tient pas compte des appels des citoyens. En même temps, la Ville laisse son urbanisme dans les mains de promoteurs immobiliers.»

La valeur foncière du terrain et de ses immeubles vétustes maintenant démolis, dont le Spectrum, oscillait autour de 5,5 millions au total. Les plans les plus optimistes de la SIDEV prévoyaient la construction d'un immeuble commercial d'une dizaine de millions de dollars et d'une tour à bureaux nécessitant des investissements de 60 millions. Seule la phase 1, concernant l'immeuble commercial, figure toujours sur le site sidev.com.
1 commentaire
  • Jean-François Corbett - Inscrit 25 février 2009 10 h 44

    Qu'on instaure un conseil de citoyens pour le développement du centre-ville

    Maudite gang de taches de promoteurs. Ca se peut-tu, démolir une belle salle de spectacle aimée du public afin de pouvoir la remplacer par -- évidemment -- quoi d'autre qu'encore une autre tour à bureaux plate à en mourir... On démolit, et puis, oups! "Finalement, je ne sais pas trop si j'ai vraiment besoin du terrain, en fait! Je vais y penser, là..."

    Il est temps qu'on instaure un conseil de citoyens qui puisse coordonner ensemble du développement du centre-ville. Un conseil responsable, qui fonctionne, avec obligation de consulter et d'impliquer les citoyens en général dans l'élaboration des plans, et avec obligation de respecter les résultats de ces concertations.