Record d'épisodes de smog cet hiver - Poêles à bois: Montréal va de l'avant

L’Association des professionnels du chauffage avait installé une dizaine de poêles à bois en bordure de la rue, tout près de l’hôtel de ville, afin de sensibiliser les élus.
Photo: Jacques Nadeau L’Association des professionnels du chauffage avait installé une dizaine de poêles à bois en bordure de la rue, tout près de l’hôtel de ville, afin de sensibiliser les élus.

Veiller au coin du feu deviendra bientôt une activité réservée à un nombre restreint de Montréalais. Montré du doigt comme le principal responsable du smog hivernal, le chauffage au bois est dans la mire de l'administration Tremblay qui a déposé, hier soir au conseil municipal, un projet de règlement visant à freiner la prolifération des poêles à bois sur son territoire.

Applaudi par les environnementalistes, mais condamné par les vendeurs de poêles, le nouveau règlement de la Ville de Montréal interdira l'installation d'appareils de chauffage au bois dans les maisons neuves ou existantes. Mais il risque d'avoir peu d'impact sur le smog hivernal au cours des prochaines années puisque des milliers de Montréalais pourront continuer d'utiliser leurs vieux poêles sans se faire importuner.

Avec 32 avertissements de smog depuis le début de l'hiver, Montréal affiche cette année son pire bilan en matière de qualité de l'air. Le chauffage au bois contribue à 47 % des émissions de particules fines dans l'air, sources de maladies respiratoires.

Le règlement de la Ville épargnera les appareils à granules et au gaz qui pourront continuer d'être installés, car ils sont jugés moins nocifs. Des consultations seront menées au mois de mars par une commission du conseil présidée par la conseillère Josée Duplessis. Après son adoption par le conseil municipal, le règlement devrait entrer en vigueur en mai.

S'il aurait préféré que la Ville interdise tout usage du chauffage au bois sur son territoire, le directeur général du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Montréal, André Porlier, estime que le règlement constitue un «un pas dans la bonne direction». À plus long terme, M. Porlier croit toutefois que Montréal n'aura pas le choix d'aller plus loin. Le règlement tel qu'il est proposé aura peu ou pas d'effets sur les épisodes de smog au cours des prochaines années, et les pressions exercées par les Montréalais souffrant de problèmes respiratoires s'intensifieront, dit-il.

Les représentants de l'industrie du chauffage au bois eux, ne décolèrent pas. Ils accusent la Ville de se tromper de cible. Pour combattre le smog efficacement, Montréal aurait dû obliger les 50 000 propriétaires de vieux poêles — qui ne sont pas touchés par la réglementation — à se convertir aux nouvelles technologies: «C'est comme vouloir tuer une mouche avec une batte de baseball, mais rater la mouche», soutient Ghyslain Bélanger, directeur général de l'Association des professionnels du chauffage (APC).

Nouvelle technologie

L'APC aurait voulu que la Ville autorise les poêles à bois conformes à la certification américaine EPA phase II. Ceux-ci constituent une solution écologique, car ils n'émettent pas plus de 7,5 g/h de fines particules dans l'air alors qu'un vieil appareil rejette de 50 à 60 g/h, a-t-on fait valoir. Hier matin, l'APC a d'ailleurs installé une dizaine d'appareils en bordure du trottoir, à quelques pas de l'hôtel de ville, afin de démontrer l'efficacité de ces poêles.

De son côté, le responsable du développement durable au comité exécutif de la Ville, Allan DeSousa, soutient que c'est au gouvernement du Québec de légiférer sur la vente de poêles au bois et d'instaurer des programmes de subventions pour inciter les propriétaires de vieux poêles à changer leurs appareils.

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