Dépassements de coûts à Outremont - Le conseil d'arrondissement n'a pas été informé adéquatement par l'ex-maire Harbour

L’ancien maire de l’arrondissement Outremont, Stéphane Harbour.
Photo: Jacques Nadeau L’ancien maire de l’arrondissement Outremont, Stéphane Harbour.

Une enquête de la firme KPMG rendue publique hier par la Ville de Montréal révèle que l'ex-maire de l'arrondissement d'Outremont, Stéphane Harbour, et deux hauts fonctionnaires auraient omis d'informer adéquatement les membres du conseil d'arrondissement des dépassements de coûts du projet de Centre communautaire intergénérationnel (CCI). D'abord fixé à 7,4 millions de dollars, le coût du projet a grimpé à 11,4 millions.

La firme KPMG avait pour mandat d'assister le contentieux de la Ville dans l'examen d'une demande de compensation supplémentaire de 2,8 millions réclamée par la firme Dessau-Soprin, maître d'oeuvre de la construction du CCI. Mais KPMG avait également pour tâche d'évaluer l'ensemble du projet.

Au sujet de la réclamation de Dessau-Soprin, la mairesse de l'arrondissement d'Outremont, Marie Cinq-Mars, a annoncé hier qu'un règlement à l'amiable était intervenu entre les deux parties. La facture de 2,8 millions a été réduite à 720 000 $, un montant auquel il faut ajouter les taxes. Mme Cinq-Mars s'est réjouie de ce dénouement qui évite «de longues et coûteuses procédures» judiciaires: «Ça nous permet de tourner la page», a-t-elle dit hier en conférence de presse. Ces coûts seront à la charge des contribuables d'Outremont et seront financés à même le Programme triennal d'immobilisation, a indiqué le directeur de l'arrondissement, Pierre Beaudet.

Le rapport de KPMG révèle toutefois des détails troublants sur la gestion du dossier du CCI. De nombreux changements ont été apportés au contrat initial accordé à Dessau-Soprin et la majorité des changements ayant reçu l'aval du conseil d'arrondissement l'ont été après la réalisation des travaux. «L'ex-directeur de l'arrondissement [Yves Mailhot] et l'ex-maire de l'arrondissement [Stéphane Harbour] ont ainsi fait en sorte qu'un écran s'installe entre le conseil d'arrondissement et les intervenants impliqués dans la réalisation et le financement du CCI», souligne le rapport.

À compter du mois de mars 2005, Dessau-Soprin avait avisé le directeur exécutif du CCI, Pierre-Alain Chapuis, et l'ex-directeur de l'arrondissement, M. Mailhot, de l'existence de coûts excédentaires. Le service des finances avait alors enregistré une provision comptable d'un million de dollars en prévision d'une demande éventuelle de compensation. «Il va de soi que le conseil d'arrondissement aurait dû être informé de cette situation sur une base régulière, ce qui n'a pas été fait», indique KPMG.

Plus loin, KPMG écrit que «l'ex-maire de l'arrondissement avait en sa possession l'information nécessaire pour présenter les coûts réels du projet au conseil d'arrondissement», mais qu'aucun compte-rendu sur ce sujet n'a été retrouvé. «En fait, il appert plutôt que les informations sur les coûts totaux du projet ainsi que les échéanciers étaient épurés pour ne présenter que les informations reliées au budget d'immobilisation, ce qui donnait une vision tronquée de la réalité au conseil d'arrondissement.»

Vigilance

Conseillère municipale depuis 1999 avant de devenir mairesse d'Outremont en décembre 2007, Mme Cinq-Mars a affirmé avoir été vigilante dans ce dossier et avoir posé des questions à plusieurs reprises aux responsables du CCI. «Les conclusions du rapport de KPMG ne rapportent pas de malversations dans le cadre de la réalisation du CCI, mais confirment que les processus décisionnels [...] ont été contournés», a-t-elle résumé.

Membre du comité exécutif de Vision Montréal et candidat au poste de conseiller lors de l'élection partielle de décembre 2007, Marc Vanier Vincent estime que les élus s'en tirent à bon compte avec ce rapport de KPMG. «Je trouve ça questionnable. Ça fait longtemps que les élus sont là, mais ils ne semblent pas avoir réagi et ne se sont pas interposés. Je veux bien qu'on mette le blâme sur M. Harbour, mais M. Harbour n'est plus là», a-t-il commenté.

Rappelons que Stéphane Harbour avait démissionné de son poste de maire en octobre 2007 à la suite de la publication de deux rapports accablants sur la gestion de son arrondissement. Ces rapports faisaient état de dépenses exagérées et de primes de rendement non conformes. Les rapports visaient également deux anciens hauts fonctionnaires, dont Yves Mailhot, qui a quitté ses fonctions en septembre 2007.

De son côté, M. Chapuis est devenu directeur du service de l'aménagement urbain à l'arrondissement. Le récent rapport de KPMG remet-il en question son emploi à l'arrondissement? Mme Cinq-Mars a dit l'ignorer, mais elle a indiqué qu'elle entendait avoir une «bonne conversation» avec lui au cours des prochains jours.

Par ailleurs, la Sûreté du Québec mène aussi une enquête sur le dossier du CCI, mais ses conclusions ne sont pas encore connues.

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