Vers le sommet de Montréal - Le Sommet des listes d'épicerie

En vue du Sommet de Montréal, qui débute mardi prochain, Le Devoir vous offre à compter d'aujourd'hui une série de quatre textes ayant pour but de présenter les principaux enjeux qui seront traités pendant les trois jours que durera l'événement. Aujourd'hui: l'urbanisme.

Le Sommet des listes d'épicerie: c'est ainsi que l'on pourrait renommer le Sommet de Montréal tellement il y aura d'intervenants autour de cette table où s'empilent déjà des centaines et des centaines de propositions, fruit des demandes de tout un chacun. Mais la question que tout le monde se pose est la suivante: y aura-t-il des suites concrètes à ce sommet? En urbanisme, oui.


Il est vrai qu'ils sont rares, les citoyens qui attendent avec une impatience fébrile l'ouverture du sommet, mardi. Tout aussi rares sont ceux qui nourrissent des attentes folles à l'endroit de cet événement. Comment les en blâmer?


Les quatre gros documents de réflexion sur lesquels se pencheront les 900 participants sont non seulement difficiles à comprendre, ils recèlent également quantité de voeux pieux et de banalités. Que penser par exemple de cette proposition: «Il faut consolider et développer les atouts compétitifs de Montréal»? Et de celle-ci: «Il faut solliciter la confirmation du droit de chaque arrondissement à la différence»? J'ajouterais personnellement celle-ci, histoire de faire avancer le débat: il faut manger plus de pommes, parce que les pommes, c'est bon pour la santé.


Il est donc difficile de voir en quoi le sommet permettra au maire Gérald Tremblay de répondre concrètement aux souhaits de ses citoyens... si ce n'est dans le dossier du développement urbain. Et si ce sommet de trois jours permet de faire progresser un seul dossier, on peut affirmer que ce sera celui-là.


D'une part, les propositions mises en avant sont éminemment concrètes (développer un réseau de tramways au centre-ville, investir massivement dans la construction de logements locatifs, créer des places publiques à tel ou tel endroit, etc.). D'autre part, le sommet arrive à point nommé puisque la Ville se doit d'élaborer rapidement les orientations et les priorités qui guideront l'aménagement de son territoire pour les années à venir.


En effet, l'administration Tremblay n'a d'autre choix que de s'atteler à la tâche de réviser le plan d'urbanisme de Montréal dès le sommet terminé; les prochains jours pourraient donc être cruciaux à cet égard. En deux mots, le plan d'urbanisme présente la vision de la Ville en ce qui a trait à l'aménagement et au développement de son territoire. Tout projet immobilier doit se conformer à ce cadre de référence.


Le travail qui doit mener à la naissance d'un plan d'urbanisme révisé est colossal. Surtout que dans ce cas-ci, le premier plan d'urbanisme de la nouvelle ville se fera à partir d'un plan désuet (celui de l'ex-Ville de Montréal, qui n'a pas été révisé depuis 1992) et d'une multitude de petits plans qui étaient en vigueur dans les ex-villes de banlieue.


De ce travail de révision résultera fort probablement un document principal et 27 plans directeurs d'arrondissement. Dans le premier cas, on pourrait retrouver les principales orientations de l'aménagement et du développement de l'île, tandis que les plans directeurs des arrondissements pourraient traduire, à l'échelle locale, les orientations et les stratégies en fonction des enjeux particuliers de chacun des arrondissements.


Jusque-là, tout va bien. Sauf que le gouvernement du Québec a décidé de presser le citron au point d'exiger, dans la loi sur les fusions, que la Ville ait complété la révision du plan d'ici le 31 décembre 2004! Il ne reste donc que 31 mois pour faire un travail qui, normalement, prendrait beaucoup plus de temps. D'où l'importance du sommet... et des listes d'épicerie.


En effet, dans un tel contexte, les propositions soumises au sommet risquent fort de se retrouver dans le plan d'urbanisme. N'est-ce pas la volonté du maire Tremblay que d'écouter ce que les groupes et les citoyens ont à dire pour ensuite traduire le tout en actions concrètes sur le terrain? Le cas échéant, il serait surprenant que son administration n'utilise pas les résolutions qui seront adoptées, en plus des propositions qui ont été faites lors des sommets sectoriels, comme autant d'articles d'une liste d'épicerie qui deviendra, à quelques différences près, le premier plan d'urbanisme de la nouvelle Ville de Montréal.


Cela a d'autant plus de chances de se produire qu'une des propositions soumises aux participants se lit ainsi: «Intégrer les orientations et les priorités d'action du sommet dans le plan d'urbanisme pour assurer une cohérence des interventions de la Ville.»








Si on suit cette logique, les document soumis à la réflexion lors du sommet offrent un avant-goût de ce à quoi le plan ressemblera. Est-ce de bon augure? Encore une fois, oui.


Les propositions finales qui seront validées, voire améliorées par les participants sont très représentatives de la nouvelle vision occidentale de l'aménagement du territoire, laquelle axe les interventions dans une perspective de développement durable et de qualité de vie.


Les idées contenues dans les documents brillent donc par leur pertinence: consolider les zones urbaines existantes, intervenir de façon prioritaire dans les secteurs désavantagés, instituer un processus de suivi des mesures de mise en oeuvre du plan d'urbanisme, renforcer le centre-ville, encourager les projets qui favorisent l'augmentation des déplacements par les transports en commun, etc.


Il faut ajouter à cela l'énumération de dix secteurs qualifiés de «stratégiques» et où on souhaite que l'administration cible ses interventions: le centre-ville, les abords de la rivière des Prairies, le mont Royal, le Havre de Montréal, les abords de l'autoroute 40, le canal de Lachine, la rue Notre-Dame Est, le quartier de la mode et l'avenue du Parc. Tout cela est donc bien beau, surtout qu'un large consensus semble avoir été recueilli. Mais le sommet est un couteau à double tranchant. Si le maire livre la marchandise, les Montréalais seront nombreux à l'applaudir après avoir passé l'éponge sur les multiples scandales qui ont ébranlé les colonnes de l'hôtel de ville depuis la création de la nouvelle ville.


Mais si le maire ne fait rien avec les conclusions du sommet, ils seront encore plus nombreux à lui faire part de leur mécontentement.