Contaminants toxiques dans le sous-sol d'un édifice - Verdun dans la mire de ses citoyens

Les copropriétaires de la Tour-5 du complexe immobilier Les Brises du fleuve ont accusé hier l'ancienne municipalité de Verdun «de ne pas avoir remis au ministère de l'Environnement [MENV] un rapport extrêmement accablant» établissant la présence de contaminants toxiques dans le sous-sol de l'édifice qu'ils possèdent aujourd'hui, préférant lui substituer un autre rapport qualifié de plus «favorable».

C'est ce qu'a affirmé hier au nom de ses clients le procureur du syndicat des copropriétaires, Me Yves Jolicoeur, qui a obtenu depuis confirmation écrite du ministère que jamais les fonctionnaires n'avaient vu les deux rapports réalisés successivement en 1987 et en 1999 par une filiale de Lavalin, la Compagnie nationale de forage et sondage (CNFS).


Pourtant, note le procureur des copropriétaires aux prises avec un immeuble dont le toit du garage s'est effondré sur les voitures en novembre dernier, la société Labexpress, embauchée au début des années 90 par Verdun pour évaluer la qualité du sous-sol du futur immeuble à condos, «connaissait le rapport» de la filiale de Lavalin puisqu'elle en cite des extraits textuellement dans le sien! Le procureur des copropriétaires a remis les deux rapports de CNFS au ministère pour lui demander si, à la lumière des constatations des experts de Lavalin, il aurait autorisé le projet de construction.


On lui a promis une réponse d'ici quelques semaines, dit-il.


«Mon impression, et c'est une impression, commente Me Jolicoeur, c'est qu'on a caché au gouvernement des conclusions qui auraient pu changer le cours des choses.» Et cette responsabilité incombe à Verdun, ajoute-t-il, ce qui explique ultimement qu'en plus d'énormes vices de construction — non-respect des normes anti-vents violents et de protection sismique —, les copropriétaires risquent de devoir «gérer à leurs frais un site contaminé», une facture potentiellement très élevée. Il explique ultimement le silence de Verdun par le fait que, grâce à la vente de son vieux dépotoir à un promoteur, la Ville «se débarrassait d'un site qui lui aurait coûté des millions à décontaminer».


Le syndicat des copropriétaires poursuit la Ville de Montréal en lieu et place de Verdun et le promoteur Rhéal Paquin pour 3,7 millions de dollars pour vices de construction majeurs, comme le révélait hier Le Devoir. L'ancien maire de Verdun, Georges Bossé, aujourd'hui membre du comité exécutif de Montréal, a acquis un condo dans la Tour-3 des Brises du fleuve.


Les rapports de CNFS de 1987 et 1989 décrivaient, selon Me Jolicoeur, une «contamination supérieure aux critères prévus pour la construction résidentielle et même pour la construction industrielle».


Le procureur se demande pourquoi Verdun, qui a agi comme requérant du certificat d'autorisation et à ce titre «copromoteur» du projet, soutient-il, a préféré présenter un deuxième rapport, celui de Labexpress, «plus favorable» au projet: «Était-ce parce que les taux [de contamination] étaient moins élevés que dans le premier?», se demande-t-il. Labexpress est aujourd'hui disparu du monde des consultants.


D'autre part, le procureur des citoyens a soutenu que le certificat d'autorisation émis par l'Environnement le 22 septembre 1992 «prévoyait l'excavation de sols et de déchets, le remblayage du terrain, la mise en place de mesures de mitigation relativement à la problématique des biogaz sur le terrain et la remise du rapport» qui devait authentifier le respect de toutes ces conditions.


L'ancien maire Bossé a pour sa part nié hier que l'Environnement ait jamais exigé d'enlever les déchets susceptibles de se retrouver sous la Tour-5. Il a déclaré dans un entretien téléphonique au Devoir que les entrepreneurs «n'ont pas enlevé les déchets: non, pas du tout. Ils ont gardé les choses en place telles qu'elles sont. Et ils ont ajouté un mètre de terre: c'est ça la restauration du site demandée par le ministère».


Le défaut de Verdun de produire à temps le rapport exigé par le certificat d'autorisation de 1992 a incité le 6 mai 1995 une professionnelle du service industriel du MENV, Guylaine Pépin, à recommander la révocation de l'autorisation. Me Jolicoeur n'a rien trouvé dans le dossier au ministère qui justifie que cette recommandation ait été renversée.


Les copropriétaires de la Tour-5 s'indignent aussi de ce que l'Environnement ait avalisé sans difficulté une demande de Verdun pour faire légaliser après coup les travaux de construction entrepris par Rhéal Paquin dans une portion du parc public voisin du complexe immobilier, avant que la Ville ne le lui cède par acte notarié.


Rhéal Paquin est présentement poursuivi par le Syndicat des copropriétaires des condominiums Jacques Viger, dans le centre-ville, pour vices de construction. Il se retrouve aussi au coeur d'un débat sur un autre projet immobilier à la place de la Colline, dans la rue Bates, à Outremont. En décembre 1996, il a plaidé coupable et a été condamné au printemps suivant à plus de 26 000 $ d'amendes pour avoir puisé à des fins personnelles entre 1990 et 1994 dans les fonds de Construction Jardins Papineau, une de ses sociétés, ce qui constituait pour Revenu Québec un revenu non déclaré de plus de 75 000 $