Aménagement du territoire - Sauvegarder le caractère distinct de la nouvelle ville et de ses arrondissements

Quatre voix parmi les milliers de voix à intervenir lors des divers sommets. Unanimes toutefois pour défendre une politique de solutions globales. Les propos des Raphael Fischler, Dinu Bumbaru, Marc Gaudry et Robert Perreault.

Dans le cadre des consultations publiques que la nouvelle Ville mène afin de se doter d'un programme quinquennal qui puisse satisfaire aux attentes et aux besoins ressentis et exprimés par différents paliers d'intervenants, figure la question de l'aménagement du territoire visant à favoriser une vision intégrée pour un développement urbain durable. Dans les documents produits pour les rencontres des 4, 5 et 6 juin, la Ville explique que l'option d'aménagement privilégiée au sommet Aménagement du territoire s'appuie sur la consolidation des secteurs d'emploi et des secteurs résidentiels existants, et sur une amélioration du réseau de transport en commun pour les déplacements liés au travail.


Pour une approche intégrée

La qualité d'ensemble de l'environnement urbain, ainsi que celle des milieux résidentiels, représentent aussi des enjeux majeurs pour le devenir de la Ville. Une approche intégrée d'intervention (habitat, services collectifs, commerce, espaces verts, transport, etc.) dans les quartiers est proposée, en collaboration avec les partenaires publics et privés. On anticipe que d'autres secteurs stratégiques exigeront une intervention de la Ville et de ses partenaires sur la base d'équipes multidisciplinaires. La tenue d'un atelier devrait permettre de déterminer comment les politiques (plan d'urbanisme, politique de design urbain, etc.) et les actions municipales concrètes peuvent être réunies dans un plan de développement urbain durable.

Pour Raphael Fischler, professeur agrégé à l'école d'urbanisme de l'université McGill qui a participé à deux sommets sectoriels, et membre suppléant de la nouvelle commission d'aménagement, il ne s'agit pas simplement d'étudier les projets mais de conseiller la Ville en matière de programmes et de politiques à adopter. Il importe à ses yeux que les objectifs défendus se retrouvent dans les documents d'interventions multidisciplinaires pour les quartiers. L'urbanisme et l'aménagement ne doivent pas être vus comme des interventions techniques d'adoption de règlements, mais comme des domaines qui s'inscrivent dans des politiques et des programmes qui impliquent la ville dans son ensemble. «On agit sur des lieux et des milieux de vie qui comportent toutes sortes d'aspects: l'espace, les activités socio-économiques et culturelles font partie d'un tout. Nous privilégions une approche intégrée qui permettrait à la Ville de Montréal de se mettre en partenariat avec d'autres secteurs publics et privés comme les commissions scolaires et les CLSC, mais aussi les groupes communautaires qui contribuent au développement.»

Pour Raphael Fischler, professeur agrégé à l'école d'urbanisme de l'université McGill qui a participé à deux sommets sectoriels, et membre suppléant de la nouvelle commission d'aménagement, il ne s'agit pas simplement d'étudier les projets mais de conseiller la Ville en matière de programmes et de politiques à adopter. Il importe à ses yeux que les objectifs défendus se retrouvent dans les documents d'interventions multidisciplinaires pour les quartiers. L'urbanisme et l'aménagement ne doivent pas être vus comme des interventions techniques d'adoption de règlements, mais comme des domaines qui s'inscrivent dans des politiques et des programmes qui impliquent la ville dans son ensemble. «On agit sur des lieux et des milieux de vie qui comportent toutes sortes d'aspects: l'espace, les activités socio-économiques et culturelles font partie d'un tout. Nous privilégions une approche intégrée qui permettrait à la Ville de Montréal de se mettre en partenariat avec d'autres secteurs publics et privés comme les commissions scolaires et les CLSC, mais aussi les groupes communautaires qui contribuent au développement.»

Il croit que la revitalisation des quartiers doit se faire par des équipes qui rassembleraient des professionnels de différentes spécialisations. Il évoque aussi l'importance «d'agir en deçà de l'urbanisme. Il faut permettre à la Ville d'être accueillante, en bon état. Sans nécessairement entreprendre des grandes choses, les services d'entretien, de nettoyage et de réparation des chaussées doivent être à l'oeuvre. Ce n'est pas très sexy, et ça ne donne pas lieu à de grandes cérémonies, mais c'est très important».


Pour plus de transparence

Lors du sommet sectoriel, il rappelait le fait que l'île de Montréal regroupe un patrimoine très riche et diversifié (architecture, archéologie, espaces paysagers ou urbains, monuments, espaces naturels ou d'intérêt écologique, traditions urbaines ou ethniques) à l'image des gens et des communautés qui ont fait la métropole. Selon lui, ce patrimoine enrichit la qualité des lieux que nous habitons et les endroits où nous travaillons et fait que des visiteurs viennent apprécier précisément ce qui distingue Montréal des autres grandes villes d'Amérique du Nord. Cette richesse participe à l'identité des quartiers et des arrondissements tout en contribuant, par des emblèmes communs, à celle de la communauté montréalaise. Il soutient par ailleurs comme pistes d'action la nécessité d'établir des mécanismes permanents de concertation/réflexion avec les milieux universitaires et associatifs, d'établir des mécanismes indépendants pour la révision du plan d'urbanisme afin de le mettre à l'abri des aléas et des retards causés par la politique partisane, et aussi de maintenir des équipes centrales de professionnels pouvant oeuvrer sur la planification, la réglementation et la conservation en appui au conseil municipal et aux arrondissements dans l'exercice de leurs mandats.


Une agence routière pour Montréal

Marc Gaudry, professeur de sciences économiques à l'Université de Montréal, travaille de son côté depuis une dizaine d'années (à la suite d'une commission royale mise sur pied en 1992) à l'élaboration d'un modèle d'agence routière. Il pense que les problèmes des routes doivent être traités dans un contexte moderne d'agence. C'est ce qu'il a proposé au Sommet de Montréal sur les transports. Le maire lui aurait accordé une oreille attentive. «J'ai fait depuis 10 ans plusieurs vagues de travaux à la demande du ministère et développé une comptabilité qui se termine cette semaine avec la mise à jour des chiffres pour le réseau du Québec. Bien des sujets ont été abordés et j'ai proposé de créer une agence routière pour Montréal ou le Grand Montréal, suivant le cas. Les chiffres montrent que, regroupée, l'agence aurait des comptes en équilibre alors qu'actuellement, les trois divisions — fédérale, provinciale et municipale — donnent des résultats très différents.»

Ironiquement, M. Gaudry s'étonne qu'en 1992, personne ne se soit vraiment intéressé à la proposition. Il est aujourd'hui surpris de l'intérêt qu'elle suscite soudain. Mais il ne pèche pas par excès d'optimisme pour autant. «On n'a pas d'opinion publique qui s'exprime de manière continuelle sur les questions de transport. Il n'y a pas de courant d'opinion qui émerge à la surface ni de discussions continues. On agit par urgence, lorsque des problèmes graves surgissent. Je pense qu'une des raisons pour lesquelles il n'y a pas de discours public sur la question, c'est que cette comptabilité d'agence n'existe pas. Il manque de données parce que, traditionnellement, cette intimité politique sert de grosse machine à votes.»


Mettre un frein à la pollution

L'amélioration du réseau de transport en commun préoccupe aussi le directeur général du Conseil régional de l'environnement de Montréal, Robert Perreault, qui représente quelque 80 organismes pour qui l'environnement est un enjeu crucial. «Nous nous préoccupons de la situation de l'environnement, qui est celle de la qualité de l'environnement des Montréalais, mais cette notion dépasse évidemment les limites de la Ville de Montréal. Nous agissons sur l'environnement et sommes influencés par les choix des autres.» Il rappelle que les Canadiens comptent parmi les plus grands pollueurs en matière de gaz à effet de serre, et que la surutilisation de l'automobile comme mode de déplacement quotidien renvoie à la nécessité de faire un choix clair en faveur du transport en commun et d'autres moyens non polluants, comme la bicyclette ou la marche (bien que celle-ci s'applique moins à la banlieue). Le choix des moyens de transport quotidiens privilégiés constitue, selon lui, un élément important et déterminant qui engage toute l'orientation du territoire.

La question de la sauvegarde des espaces verts de Montréal préoccupe aussi bien sûr son organisme. «Il y a des pressions pour grignoter sur les acquis ou carrément spolier certains biens publics. La Cité du havre et son parc en est un exemple. Il ne faut pas dilapider le bien public. Nous faisons des pressions pour limiter le développement aux espaces déjà destinés à cette fin.» Par ailleurs, la question de l'eau potable reste un dossier à suivre de près pour l'organisme, qui ne favorise pas une privatisation du réseau d'aqueduc ni l'installation de compteurs.